17 avril 2008
La León
Sortie en France 11 juillet 2007
France, Argentine
Réalisateur : Santiago Otheguy
Scénariste : Santiago Otheguy
Chef Opérateur : Paula Grandio
Chef Opérateur Son : Abel Tortorelli
Chef Décorateur : Sergio Rud
Directeur de Casting : Valeria Otheguy
Monteur : Sebastian Sepulveda, Valeria Otheguy
Compositeur : Vincent Artaud
Drame
85 mn
Distribution :
Jorge Roman (Alvaro), Daniel Valenzuela (El Turu), José Muñoz (Iribarren), Daniel Sosa (Le Père De Gadea), Ana Maria Montalvo (La Mère De Gadea), Aida Merel (Libraire), Diego Quiroz (Julio Le Marin), Jimena Covaco (Laura), Alfredo Norberto Rivas (Misionero I), Juan Carlos Rivas (Misionero Ii), Mirta Rivas (Misionero Femme), Esteban Gonzalez (Misionero Roman), Alberto Rivas (Misionero Frère Ii), Lorena Rivas (Misionero Fille), Marco Woinski (L'Allemand), Elba Estela Vargas (La Mère De Laura).
Synopsis :
Dans un labyrinthe de rivières et de ruisseaux, monde sensuel et sauvage, Alvaro mène une vie humble et solitaire, la pêche et la coupe des roseaux constituant son labeur quotidien. Son homosexualité et sa passion pour les livres font de lui un personnage à part parmi les habitants de cette région d’Argentine perdue dans le temps. Le seul lien entre ce territoire sans frontières définies et la ville est constitué par "El Leon". Ce bateau-bus est piloté chaque jour par El Turu, un homme violent et autoritaire, devenu le relais incontournable de toute communication entre les habitants. El Turu voit la différence d’Alvaro comme une menace et semble déterminé à le harceler…
Critiques :
Splendeur et transcendance en Argentine
Voici un film intéressant. Une expérience, un exercice de style, un jeu - grave. Un poème en noir et blanc, un silence en forme de photographies sublimes. On contemple, on flotte, on s'insinue sinueusement dans le courant moite du delta du Parana. On pense au Nouveau Monde de Terrence Malick devant ces plans-séquences qui s'évaporent sur l'eau et cette nature qui végète, alors que grondent les moteurs, au loin. C'est d'une beauté infernale, d'un sublime sans égal.
On sent que c'est le premier film de Santiago Otheguy, réalisateur franco-argentin : il multiplie les techniques de réalisation et tente toutes les formes possibles de plans, tant qu'ils obéissent à un ordre de rêverie, d'ondulation. On sent un désir d'atteindre une forme de perfection esthétique, d'adéquation absolue entre la forme et le fond. Ce fond qui, pour certains, paraît absent, alors qu'il est lourd de son mutisme : le film est quasiment silencieux, et "il ne se passe rien" dans le sens premier du terme. En réalité, entre ce pêcheur homosexuel et ce navigateur qui le traque, il y a tout un univers de non-dits, de consciences qui s'affrontent en s'échangeant "juste" quelques regards.
On sent, au travers de la photographie sans couleur, que personne n'est pourtant tout à fait blanc ni tout à fait noir : le contour des corps, dans la lumière lunaire, scintille et fait disparaître les identités, tout comme il fait perdre les notions d'espace et de temps dans ce microcosme du delta, où les habitants n'ont de connexion avec le monde extérieur que par la voie des eaux. Il y a un magnétisme puissant dans ce film qui, à l'origine, devait être un court-métrage de plus dans le jeune parcours de Santiago Otheguy, parti en Argentine avec deux acteurs (Jorge Roman et Daniel Valenzuela, les deux seuls professionnels devant la caméra), et qui, au final, s'est laissé enivrer par cette région sauvage. Et l'on sent que, derrière ce premier long-métrage et la volonté d'expérimenter, au risque de perdre une grande partie des spectateurs (il faut bien reconnaître que le public pour ce film ne se compte pas par légions), un grand cinéaste est en train d'éclore sous nos yeux. (Bartholomé Girard, Comme au Cinéma.com)
Interview du réalisateur Santiago Otheguy :
La Leon époustoufle ou essouffle, force le respect ou la sieste. C'est ce qui arrive quand un inconnu prend une caméra, part avec trois sous dans la poche, tourne en noir et blanc avec très peu de dialogues, et expérimente. On peut trouver ça sublime ou éprouvant, mais la vivacité des réactions prouve bien qu'il se passe quelque chose avec ce petit film qui ne paye pas de mine. Remarqué au dernier festival de Berlin (mention spéciale pour le Teddy Award), le film de Santiago Otheguy ne laisse pas indifférent. Et son réalisateur non plus : un homme passionné et passionnant, qui parle d'art et de beauté comme il boit un verre de vin (rouge), allume une clope, et fait fi des protocoles d'interview pour directement entrer en dialogue avec l'autre. Un grand bavard, mais un bavard généreux, qui ne tourne pas en rond, et emmène la discussion toujours plus loin.
Comment s'est passée la réalisation de La Leon ?
A l'origine, ce film était un court-métrage ; il s'est fait en deux fois. Mais en réalité, je savais que pour réaliser un film comme ça, je ne pouvais pas le présenter à des producteurs sur un simple papier, mais qu'il fallait que je montre de quoi j'étais capable. Lorsque je leur ai présenté le court-métrage, je l'ai accompagné d'un scénario. C'est alors que des financements ont pu être décrochés, et le film a donc été tourné en deux fois, en 2005 et 2006.
Vous savez, trouver des financements pour le cinéma d’auteur, c’est vraiment plus dur. C'était impensable, pour un jeune réalisateur qui n'a rien fait avant, de présenter un scénario comme celui de La Leon et attendre que les gens mettent l'argent sur la table. Impensable. Il a donc fallu que je développe une stratégie, que je montre des images du court-métrage.
Vous êtes franco-argentin : pourquoi être revenu en Argentine pour votre premier long-métrage ?
L'Argentine est un pays qui a eu une crise économique très importante en 2001 : 20% de la population est tombé sous le seuil de la pauvreté. L'avantage de tourner là-bas, c'est que, du coup, le tournage ne coûte pas grand chose. Mais cela m'a donné aussi la chance de tourner dans une liberté totale : j'étais seul avec mon équipe là-bas, sans pression ; et même aujourd'hui on n'a pas de pression sur la sortie du film ! On parle de nouvelle vague du cinéma argentin, mais cela a lieu essentiellement parce que cela coûte très peu, et surtout parce que, du coup, il y a moins d'intervenants financiers, et par conséquent les réalisateurs sont plus libres ! J'aurais dit que je voulais tourner un film en noir et blanc, ça aurait presque été une insulte ! Et avec 7000 euros de budget, on aurait même pas pu prononcer le titre en France ! C'est donc pour des questions d'argent et de liberté que je suis retourné en Argentine, et puis aussi parce que je suis tombé amoureux de la région du détroit de parana et que je voulais le filmer.
Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le fait de tourner en noir et blanc ?
Je trouve que le noir et blanc est fondamentalement expressif, et quand on parle avec beaucoup de chefs opérateurs et de directeurs de photographie, ils disent tous la même chose : le noir et blanc parle plus que la couleur. Et puis les gens l'utilisent très peu, ce que je trouve dommage. D'autre part, cela me permettait de m'éloigner d'une forme de naturalisme : la nature omniprésente et la peinture de la société auraient pu m'amener à faire un documentaire, mais précisément ce n'est pas ce que je cherchais. Et puis le noir et blanc correspondait à ce qui se passe dans mon film également : c'est de la confrontation entre les deux personnages principaux, Alvaro et El Turu, qu'est né cette dychotomie des couleurs.
Pourquoi utiliser très peu de musique dans le film ?
Parce que la musique me gêne énormément au ciné. Je suis mélomane, je suis musicien, j'ai été chef d'orchestre même ! Et il y a de la musique, dans le film ! Mais on ne voulait pas faire de charge mélodique très forte. Il y avait tellement d'espace dans mon film pour laisser le spectateur rentrer, je ne voulais pas lui mâcher le travail. Tout en accordant une place importante au bruit, je voulais quand même rester dans quelque chose de très minimaliste.
J'ai l'impression que votre film sert à créer une ambiance, ou à partager un état dans lequel vous pouviez être à un moment donné ? Quel était votre état mental ?
En fait, si vous aviez fait partie du tournage, vous ne diriez pas ça : c'était l'hystérie totale ! les conditions de tournage étaient très dures, surtout avec la mise en scène que je voulais, très rigoureuse : fixité, travellings avant... mais tout ça sur l'eau, c'était l'enfer ! Cette ambiance vient plus des gens et des choses que j'ai filmé. Je voulais faire un film avec un spectateur actif. Que ce dernier fasse les liens de son côté, que la narration ne soit pas au premier plan... Parce qu'il est vrai que l'histoire est minime. Je suis plus sensible à ce que les images racontent, à ce qu'elles sont en soi. Je voulais que les spectateurs prennent leur temps. Je me reconnais beaucoup dans ce film, mais en même temps il a été conditionné par le peu de moyens que nous avions. Et puis, avec l'acteur principal, on voulait atteindre une certaine sensualité, une certaine fusion avec la nature. Ce qui m'intéresse dans le cinéma, c'est l'image et le son. Bien plus que l'aspect théâtral de la narration. Ce que je veux, c'est affecter les gens, peu importe leur nationalité, leur âge... juste par la forme, le cadrage, le jeu des comédiens. Je ne veux pas donner trop d'informations au spectateur, je ne veux pas qu'il soit passif. Je veux qu'il voyage.
Et le travail sur le film... c'est très dur. Les sensations que j'avais en écrivant le scénario, en imaginant l'histoire, il faut les retrouver dans un processus sauvage. Un tournage, c'est une bataille ! Le style d'un réalisateur, ça n'existe pas : il est toujours conditionné par l'environnement du film. Et même si c'était très dur... j'ai adoré tourner. On m'a beaucoup targué d'avoir fait un film hyper-millimétré, alors que pas du tout ! Je connaissais mon film, mais chaque jour je le découvrais ! Et la maîtrise que j'ai imposée était dure à tenir.
Qu'est-ce qui était le plus important pour vous, durant ce tournage ?
J'étais très préoccupé par la justesse. Celle de chaque plan, de chaque comédien. "Est-ce que c'est vraiment comme je l'imaginais ?" est une question que je me posais souvent. Je voulais que mon film soit cohérent. Bon ou pas bon, peu importe : faire croire que tout cela existe, faire croire qu'il y a quelque chose qui s'écoule. Et puis j'avais des comédiens professionnels et des non-professionnels, et ça c'était assez dur à gérer : travailler avec les non-comédiens était simple, avec les comédiens était infernal ! Ils ont tendance à jouer en permanence, ils ne savent pas s'arrêter. Et puis un autre souci : finir le film. Les questions étaient très pragmatiques aussi.
Parlez-moi du delta du parana.
C'est très étrange comme endroit. Complètement isolé. Pas loin de Buenos Aires, mais l'on met cinq heures en bateau pour arriver à destination. Et mon film est contemplatif parce que cette région mène à la contemplation ! Quand on navigue dans cette nature, on ne peut pas ne pas la contempler. J'aimais également le fait que c'était une mini-société, un microcosme social à une échelle minimale. Je me suis rendu compte de ce qui était inhérent chez l'être humain. En outre, c'était un terrain d'expérimentation très fertile. Sauvage, magnifique. Idéal pour la question que je voulais traiter : celle d'un affrontement entre deux forces contraires. Une autre difficulté était de filmer les habitants sans bousculer leurs habitudes leurs habitudes : comment poser une caméra sans changer leur dynamique ? Mais ce film n'a aucun aspect documentaire. Du moins ce n'était pas mon désir. Il y a des traces, évidemment, de ce que j'ai vu là-bas. (Propos recueillis par Bartholomé Girard (Paris, juillet 2007), Comme au Cinéma.com)
Notes :
Le Delta du Parana
Déjà mythique du temps de la conquête espagnole, car les navires l’empruntaient pour acheminer l’or et l’argent du Nouveau Monde vers l’Europe, le Rio Paraná est aujourd’hui encore un fleuve magnifique et mystérieux. Il prend sa source au Brésil et descend vers l’Argentine jusqu’à rejoindre le Rio Uruguay. Il devient alors, aux abords de Buenos Aires, le Rio de la Plata (Le Fleuve de l’Argent). Avec ses 220 Km de rive à rive, c’est le fleuve le plus large au monde. Lorsqu’il se déverse dans le Rio de la Plata, le Paraná se divise en d’innombrables ramifications plus ou moins larges. Il forme alors le Delta du Paraná, véritable labyrinthe aquatique. Ce réseau complexe d’îles et îlots inondables s’est constitué au cours des siècles grâce au dépôt incessant des sédiments charriés par les eaux du fleuve.
Le Delta atteint aujourd’hui une superficie totale de 17 500 Km2. Le Delta du Paraná est un monde vivant, constamment en mouvement. Les sédiments s’accumulent sans trêve dans le Rio de la Plata provoquant une avancée permanente de ses îles sauvages vers le Sud, vers Buenos Aires. Le Delta avance d’environ 70 mètres par an. On estime que vers l’année 2237 la luxuriante végétation subtropicale de ses îles atteindra les rivages de la capitale Argentine. À proximité de la ville, ses rivières forment, en quelque sorte, une “Venise subtropicale”, où les touristes et les habitants de Buenos Aires viennent nombreux les week-ends profiter des loisirs qu’offre cet endroit unique. Mais au fur et à mesure que l’on s’aventure dans les terres, les lieux deviennent de plus en plus sauvages et les habitants se font rares. L’accès y est possible uniquement par bateau, au prix de longues heures de navigation dans un labyrinthe inextricable de rivières et ruisseaux jonchés d’obstacles dont seuls les autochtones connaissent les tours.
Au début du siècle, 30000 personnes vivaient dans le Delta. Un bon nombre d’entre elles était des immigrants venus d’Europe, qui avaient fui la guerre, la faim ou la pauvreté. Le Delta a connu une période d’essor formidable lorsqu’il était le potager de Buenos Aires, prospère et florissant. Mais les conditions climatiques extrêmes, les inondations et les gelées soudaines ont peu à peu eu raison de sa population. Aujourd’hui, sur les bords des rivières, on peut voir, en nombre, de vieilles maisons familiales vidées de leurs habitants et livrées à la force corrosive du fleuve. Ils ne sont plus que 3000 à vivre dispersés sur ce territoire devenu proportionnellement immense. -
Les Islenos
Les Isleños (habitants de L’Île), forment une communauté renfermée sur elle-même, où tous les membres se connaissent entre eux. Toute personne venue de l’extérieur est perçue comme un danger potentiel. Leur vie simple et précaire se déroule à l’abri des regards d’autrui. De ce fait, ils ne soignent que rarement leur apparence physique et portent en général les mêmes habits de travail jour après jour. Ces hommes et ses femmes ont besoin les uns des autres pour survivre au quotidien. Néanmoins, ils gardent toujours une distance prudente envers leur voisinage.
La contemplation quotidienne du fleuve et la solitude de leur travail dans l’immensité du paysage les rend quelque peu mélancoliques. Ce sont par nature des êtres calmes et silencieux.
Les Isleños ne possèdent en général que des embarcations précaires et peu aptes à entreprendre de longs voyages. Les quelques bateaux-bus qui s’aventurent jusqu’aux confins du Delta sont le seul lien avec le monde extérieur. Les conducteurs de ces bateaux-bus sont donc de fait des figures centrales et puissantes dans la vie communautaire.
La plupart des Isleños survivent en récoltant les roseaux qui poussent abondamment sur les rives. Une fois séchés, ces végétaux servent en effet à la fabrication de produits artisanaux. Ils vivent aussi de la pêche et du bois des peupliers qu’ils coupent pour le revendre aux papeteries de la ville.
Note d'Intention de Santiago Otheguy
Je voulais écrire un film où la nature jouerait un rôle majeur.
J’ai choisi le Delta du Paraná en Argentine et son labyrinthe de rivières, sa nature luxuriante et indomptée, ses habitants épars et silencieux. Dans ce monde j’ai imaginé deux hommes, comme deux forces contraires, qui vont s’opposer jusqu’à l’affrontement. Mon but était de capter les pulsions qui animent les êtres. Je voulais une histoire qui avance comme les eaux du fleuve, comme un lent courant, irréversible, impossible à remonter.
La León a été filmé en noir et blanc pour établir d’emblée une certaine liberté dans la représentation du réel et nous éloigner d’une esthétique plus documentaire.
Le Delta du Paraná apparaît alors comme un territoire hors du temps, hors de tout référentiel géographique où le récit prend une autre dimension et révèle, sans pour autant forcer l’interprétation, des sujets comme la peur de l’autre, la discrimination, le pouvoir et la frustration. Le Delta est représenté comme un territoire à prendre, comme un pays à bâtir... J'ai construit le film comme un western dont l’action se situerait dans un désert d’eau. Ce désert, ce monde horizontal, m’est apparu comme devant être capté en format cinémascope, le seul à pouvoir rendre compte de l’immensité et de l’absence de limites de ce territoire. La fixité rigoureuse des cadrages dans un monde constamment en mouvement a été le point de départ de ma réflexion sur le langage du film. Le monde d’Alvaro et du Turu bouge et dérive sans cesse tandis que la caméra l’observe, immobile. J’ai, la plupart du temps, filmé à distance car je voulais perturber le moins possible l’objet filmé. Le support HD m’a permis de laisser les scènes se développer dans la durée, de ne pas forcer le jeu des acteurs professionnels et non professionnels, et de faire que le rythme même de l’endroit et des gens qui l’habitent détermine celui de la scène. J’ai pris le parti, dans l’écriture et par la suite dans le montage, d’une narration elliptique qui puisse rompre avec l’ambiance lente et hypnotique du Delta, accentuant parfois la brutalité de l’histoire.
Bande-annonce, Extraits
2h37
Sortie en France 29 novembre 2006
Titre original : Two Thirty 7
Australie
Réalisateur : Murali K. Thalluri
Producteur : Kent Smith, Nick Matthews
Producteur exécutif : Murali K. Thalluri, Gary Hamilton, Nick Selth
Scénariste : Murali K. Thalluri
Directeur de la photographie Nick Matthews
Compositeur : Mark Tschanz
Monteur : Nick Matthews, Murali K. Thalluri, Dale Roberts
Ingénieur du son : Leslie Shatz
Drame
85 mn
Distribution :
Jorge Roman (Alvaro), Daniel Valenzuela (El Turu), José Muñoz (Iribarren), Daniel Sosa (Le Père De Gadea), Ana Maria Montalvo (La Mère De Gadea), Aida Merel (Libraire), Diego Quiroz (Julio Le Marin), Jimena Covaco (Laura), Alfredo Norberto Rivas (Misionero I), Juan Carlos Rivas (Misionero Ii), Mirta Rivas (Misionero Femme), Esteban Gonzalez (Misionero Roman), Alberto Rivas (Misionero Frère Ii), Lorena Rivas (Misionero Fille), Marco Woinski (L'Allemand), Elba Estela Vargas (La Mère De Laura).
Synopsis :
2h37. Le corps d'un adolescent est retrouvé dans les toilettes du lycée. Le film remonte alors le temps pour suivre le début de journée de six lycéens et tenter de faire la lumière sur ce qui s'est passé.Fiction, interviews réalistes et points de vue opposés se mêlent, tandis que les adolescents se retrouvent confrontés à leurs problèmes. Des angoisses les plus banales (intégration, relations amoureuses, pressions scolaires), aux plus sombres..., l'adolescence se révèle être pour eux l'âge où il faut choisir entre vivre et mourir.
Critiques :
Quand le plagiat raté vire à la séance chez le psy
"L'adolescence est le moment où il faut choisir entre vivre et mourir.": dès l'affiche du film, le (trop?) jeune réalisateur Murali K. Thalluri sort les trompettes du tragique et veut nous en mettre plein les yeux et les oreilles en traitant, en 1h30 (faciiiiiile), de l'adolescence. Objectif atteint? Pas vraiment.
Rendons à César ce qui est à César: les jeunes acteurs jouent remarquablement bien, la mise en scène est honnête, l'idée de départ était prometteuse, la caméra à l'épaule suit dans un mouvement fluide les personnages les uns après les autres jusqu'à l'instant fatidique. Il faut ici préciser que ces derniers ont leur lot de problèmes existentiels: quand ce n'est pas de l'inceste, c'est un urètre en trop (!), c'est l'anorexie, c'est l'homosexualité (assumée ou refoulée), c'est une grossesse... Bref, autant de bonnes raisons de mettre fin à ses jours! Une question métaphysique s'impose alors à nous: Qui de Melody, de Sean, de Marcus, de Steven, de Sarah ou de Luke sortira du Loft? Euh pardon: se tranchera les veines? Nous ne le saurons qu'à la fin du long-métrage, quand le réalisateur aura l'extrême mauvais goût - cessant ses mouvements perpétuels de caméra - de faire un cadre fixe de 2 minutes (montre en main) sur ce poignet tranché et inondé de sang - à vous flanquer la nausée.
Le film a de trop nombreuses lacunes: d'une part, les personnages sont caricaturaux, et semblent catalyser à eux-seuls tous les maux de la période de vie entre l'enfance et l'âge adulte. Franchement too much. D'autre part, le film est désespéré au possible: pas une lueur de repentir possible pour les personnages, pas un seul moment positif, rien. Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir. Mais Thalluri se moque carrément de nous en ce sens que son film est purement et simplement un PLAGIAT de la palme d'or de Gus Van Sant, Elephant : longs plans-séquences, personnages suivis de dos pendant leurs déambulations, une même scène rejouée 3 fois avec chaque fois le regard d'un autre adolescent etc... Autant d'éléments qui font de cet exercice de style une pâle copie du film original, puisque là où Van Sant mettait en scène l'horreur par le sublime, Thalluri reste dans le glauque de bout en bout. Et le pire, c'est que la filiation n'est même pas énoncée ou reconnue! Il nous livre cette bizarrerie cinématographique d'une tristesse absolue en toute bonne foi, sans rien apporter de neuf, et même en ratant ce qui avait été un chef-d'oeuvre.
Murali K. Thalluri a lui-même connu l'expérience du suicide. De là à ce qu'on voie, dans la réalisation de ce long-métrage manichéen de qualité moyenne, une démarche purement thérapeutique (et rien d'autre), il n'y a qu'un pas. Espérons que ce jeune réalisateur parviendra, la prochaine fois, à faire du cinéma. (Bartholomé Girard, Comme au Cinéma.com)
Notes :
Face au suicide
2h37 nous plonge dans le quotidien lycéen de six adolescents, dont la journée va se terminer par un terrible suicide. Murali a rencontré le suicide pour la première fois lorsqu'un de ses amis a décidé que la vie était si insupportable qu'il valait mieux mourir. Il a choisi de le faire d'une manière incroyablement atroce et sanglante. Deux jours après qu'il s'était tailladé les poignets, Murali a reçu une cassette vidéo par la poste. C'était un message, une lettre de suicide en vidéo.
« Voir un être humain crier, pleurer, hurler et supplier alors qu'il se prépare à effectuer cet acte extrême, se supprimer, est une chose qui me hante encore à ce jour. Longtemps, j'ai haï cette personne pour avoir détruit sa propre vie et m'avoir, si cruellement, laissé un message qui me hantera jusqu'à mon dernier souffle. Je voyais le suicide comme quelque chose d'injuste, d'égoïste, un signe de faiblesse : je ne comprenais tout simplement pas. »
Solitude
« A cette époque, quantité d'ennuis m'étaient tombés dessus et ma propre vie s'effilochait. J'avais des soucis de santé, à la fois à cause d'un problème de reins dont je souffrais depuis l'enfance, et parce que je devais envisager de me faire réopérer de mon oeil, qui me faisait souffrir à la suite d'une agression qui avait eu lieu cinq ans plus tôt. J'avais rompu avec ma petite amie, et je travaillais aux impôts - ce qui est déjà déprimant en soi. L'attitude enjouée et insouciante qui avait toujours été la mienne semblait de plus en plus loin de moi, tandis que je m'enfonçais chaque jour plus loin dans la dépression. J'ai soudain commencé à comprendre ce qu'avait ressenti cette personne pendant ses derniers mois. J'étais acculé, sans aucun lieu de repli alors que le quotidien m'échappait et m'écrasait. Seul, cerné, la seule possibilité de fuite semblait résider hors de la vie... en me tuant. »
L’impasse
« Sur la table, il y avait 14 comprimés de codéine, qui étaient censés soulager la douleur de mon oeil, et à côté, une bouteille de Jim Beam. Dans mon champ de vision, il n'y avait que la codéine et l'alcool que je voyais distinctement, tout le reste était flou. Je ne pensais pas à me venger des gens que j'aimais, je ne pensais pas à me venger de ceux que je haïssais, ça n'avait rien à voir avec les autres. C'était moi et moi seul. Il n'y avait que moi et cette douleur indescriptible qui torturait mon corps. Mon esprit n'était pas en état de penser aux effets qu'aurait mon acte. Je ne me sentais pas faible en faisant ce que je m'apprêtais à faire. En fait, c'était même le contraire. Je me sentais fort, parce que finalement, j'avais du pouvoir sur quelque chose. J'avais le pouvoir de me donner la mort, et j'ai essayé de le faire. Ce soir-là, j'ai pris ces 14 comprimés de codéine, et j'ai bu la bouteille de Jim Beam. J'ai essayé de me tuer. Cela me fait drôle d'écrire ces mots, alors que je suis maintenant aussi heureux qu'on peut l'être, mais à ce moment-là, c'était ma seule option. »
Le réveil
Quelques heures plus tard, à sa grande consternation, Murali était réveillé. Mais il était paralysé. Murali K. Thalluri se rappelle : « Je pouvais à peine bouger, et j'étais forcé de pense : à la vie, à l'avenir, au passé, mais surtout, à mes rêves. Je me suis mis à penser à mes aspirations en tant que cinéaste. Je me suis dit que si je vivais, je suivrais ce rêve sans jamais plus renoncer. Des heures plus tard, alors que je retrouvais peu à peu l'usage de mes membres, j'ai vomi, j'ai rejeté tous ces produits chimiques que j'avais pris pour me tuer, et après avoir récupéré, j'ai écrit le premier jet de 2h37, intitulé alors « All In A Day », en trente-six heures. »
Le Tournage
Lorsqu'il prit la décision de réaliser son premier film, Murali K. Thallurientama un long périple pour rechercher des fonds, pour convaincre des interlocuteurs chevronnés du cinéma de travailler avec lui et pour faire tout son possible pour seretrouver en position de faire ce film.
Murali se souvient : « J'ai passé plusieurs semaines assis dans une librairie à lire tous les livres sur le cinéma, la télévision et le théâtre que j'ai pu trouver. Je suis entré en contact avec des cinéastes expérimentés pour les interroger sur les aspects techniques d'un film. J'ai étudié le système de taxes pour en exploiter toutes les failles, afin de pouvoir amener différents entrepreneurs immobiliers à placer de l'argent dans mon film, et j'ai voyagé dans le monde avec l'un de mes tout premiers collaborateurs, Nick Matthews, tout cela au nom de 2h37. Nous avons passé deux ans sur la production de ce film. Je l'appelle « le film qui a sauvé ma vie ». Et mon ultime espoir est qu'il en sauve beaucoup d'autres. »
Le jeune réalisateur ne prétend pas avoir la connaissance que peuvent avoir nombre de ses collègues de l'industrie cinématographique en matière de création de film. Mais il croit fermement que la connaissance humaine est faite de davantage de choses que la physique, les mathématiques et la chimie.
« La connaissance humaine est faite de toutes les connaissances gravées dans les coeurs, ciselées sur les âmes, inscrites dans notre psychisme, et en disant cela, je crois que malgré mon manque d'expérience, ce film pourra toucher beaucoup d'êtres humains. J'espère que 2h37 est un film qui saisira l'imagination, et touchera le coeur des spectateurs du monde entier. » Il ajoute : « Le film que j'ai fait avec mes deux coproducteurs, Nick Matthews et Kent Smith, est non seulement un film qui m'a sauvé la vie, mais quelque chose qui, je le crois, est un miracle en soi, et j'espère qu'il est le début d'une association qui durera toute une vie, le premier de nombreux films à venir. » (Comme au Cinéma.com)
Album Photos
Le Film
2h37 - Trailerenvoyé par abessolo

















