20 avril 2008
American Beauty
Sortie en France 02 février 2000
USA
Réalisateur : Sam Mendes
Producteur : Bruce Cohen, Dan Jinks
Coproducteur : Alan Ball, Stan Wlodkowski
Scénariste : Alan Ball
Directeur de la photographie : Conrad L. Hall
Compositeur : Thomas Newman
Monteur : Thomas Stanford, Tariq Anwar
Directeur artistique : Naomi Shohan
Drame
122 mn
Distribution :
Kevin Spacey (Lester Burnham), Annette Bening (Carolyn Burnham), Thora Birch (Jane Burnham), Wes Bentley (Ricky Fitts), Mena Suvari (Angela Hayes), Peter Gallagher (Buddy Kane), Allison Janney (Barbara Fitts), Chris Cooper (Colonel Frank Fitts), Scott Bakula (Jim Olmeyer), Sam Robards (Jim Berkley), Barry Del Sherman (Brad Dupree).
Synopsis :
Dans une banlieue résidentielle cossue, Lester Burnhamm, cadre sans histoires, vit avec sa femme, Carolyn, agent immobilier, et sa fille, Jane, une adolescente tumultueuse.
Malgré cet univers tranquille, Lester est lui-aussi en pleine crise : sa vie de famille l'ennuie, son boulot l'assomme.
Ses rapports avec son patron devenant de plus en plus houleux, Lester décide de faire le grand saut. Il se fait licencié en empochant au passage une belle prime.
Carolyn n'apprécie cependant pas ce nouveau départ. Le couple se désagrège peu à peu. Le fils du voisin d'en face, revendeur de cannabis, séduit Jane.
Lester se réfugie dans le culturisme, l'herbe, tout en dénichant un job de caissier au Mac Do d'à côté. Si cette nouvelle vie lui apporte une plénitude jamais égalée, elle le conduit pourtant inéxorablement vers la mort.
Site officiel
Le film
Secrets de tournage :
Sam Mendes, réalisateur :
En tant que metteur en scène de théâtre, Sam Mendes a connu de grands succès, dirigeant des stars telles que Nicole Kidman dans "The Blue Room" (d'après "La Ronde" de Schnitzler), Ralph Fiennes dans "Troilus et Cressida", ou encore Judi Dench dans "La Charrue et les Etoiles" et "La Cerisaie".
Il a obtenu l'Oliver Award de la mise en scène pour "Othello". Avec American Beauty, il réalise son premier film.
Sam Mendes, le réalisateur, distingue le théâtre du cinéma :
« Au théâtre, le processus est lent et progressif, la pièce naît et prend forme étape par étape, trouvant son rythme à force de répétitions. Un film se fabrique comme une mosaïque, le réalisateur doit agencer chaque fragment en ayant en vue le résultat final. Il travaille dans l'instant et n'a pas droit à l'erreur. C'est beaucoup plus risqué, mais c'est aussi très excitant. »
Thomas Newman, compositeur :
Ce disciple de Stephen Sondheim a notamment signé la musique des Quatre Filles du Docteur March (Gillian Armstrong), Evadés (Frank Darabont) et des Liens du Souvenir (Diane Keaton).
Parmi la multitude de ses compositions se distinguent les «scores» de The Player (Robert Altman), de Flesh and Bone (Steve Kloves), de Larry Flint (Milos Forman) et de L'Homme qui Murmurait à l'Oreille des Chevaux (Robert Redford).
Mena Suvari (Angela) :
Elle fait ses débuts sur grand écran en 1997 avec Le Collectionneur de Gary Fleder. La même année, elle apparaît au générique de Nowhere de Gregg Araki.
En 1999, elle a participé à Carrie 2 : La Haine (Katt Shea) et à American Pie (Paul Weitz).
Chris Cooper (Le Colonel Fitts) :
Chris Cooper est l'un des acteurs fétiches de John Sayles (City of Hope, Matewan et Lone Star).
Il a également joué sous la direction de Joel Schumacher (Le Droit de Tuer ?), de Robert Redford (L'Homme qui Murmurait à l'Oreille des Chevaux) et d'Alfonso Cuaron (De Grandes Espérances).
En 2000, il est à l'affiche de Ciel d'Octobre de Joe Johnston.
Thora Birch (Jane Burnham) :
Les spectateurs ont pu la remarquer dans Paradise (Mary Agnes Donaghue, 1991) aux côtés de Melanie Griffith et Don Johnson.
Thora Birch a également incarné à deux reprises la fille d'Harisson Ford, sous la direction de Phillip Noyce (Jeux de Guerre et Danger Immédiat en 1992 et 1994).
Annette Bening (Carolyn Burnham) :
De Milos Forman (Valmont, 1989), à Mike Nichols (Bons Baisers d'Hollywwod, 1990 et A Propos d'Henry, 1991), en passant par Stephen Frears (Les Arnaqueurs, 1990), Annette Bening a été dirigée par quelques-uns des meilleurs réalisateurs.
Ses partenaires masculins, quant à eux, comptent parmi les plus grands acteurs américains : Robert de Niro (la Liste Noire d'Irwin Winkler, 1991), Warren Beatty (Bugsy de Barry Levinson, 1991 et Love Affair de Glenn Gordon Caron, 1994), ou encore Jack Nicholson (Bons Baisers d'Hoolywood de M. Nichols, 1990 et Mars Attacks ! de Tim Burton, 1996).
Annette Bening est également apparue dans Couvre Feu d'Edward Zwick (1998) et Prémonitions de Neil Jordan (1999).
Kevin Spacey (Lester Burnham) :
Usual Suspects (Bryan Singer, 1995) marque un tournant dans la carrière de Kevin Spacey et lui permet d'acquérir le statut de star. Auparavant, il n'était apparu que dans quelques films, notamment Henry & June (Philip Kaufman, 1990) et Jeux d'Adultes (Alan J. Pakula, 1992).
Depuis, le public a pu l'apprécier dans Seven (Davif Fincher, 1995), Looking For Richard (Al Pacino, 1996), Minuit dans le Jardin du Bien et du Mal (Clint Eastwood, 1997) ou encore dans Le Négociateur (F. Gary Gray, 1998).
En 1996, Kevin Spacey a mis en scène son premier long métrage, Albino Alligator (avec Matt Dillon, Gary Sinise et Faye Dunaway).
Kevin Spacey définit son personnage :
« Lester est un Américain type, qui conforme sa vie à certains idéaux avant que la réalité ne le rattrape brutalement. Quelque chose se produit dans son existence, un choc qui lui rappelle ses aspirations premières. (...) Il se débat avec un trop-plein de sentiments longtemps refoulés et qui aujourd'hui se rappellent à lui. C'est plus qu'une crise de la quarantaine, c'est une renaissance. »
Dan Jinks, le producteur, donne les différentes significations du titre :
« On peut y voir une allusion à cette variété de rose, cultivée avec un soin maniaque par Carolyn/Annette Bening. Mais ce titre évoque également le personnage d'Angela/Mena Suvari, qui incarne les canons américains de la beauté. Enfin, il s'étend à tout ce qui se réfère au rêve américain et que nous considérons comme beau dans notre vie quotidienne. » (Allociné)
American Beauty (Le Film)
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Les Amitiés Particulières
Sortie en France 04 Septembre 1964
France
Réalisateur : Jean Delannoy
Scénariste : Jean Aurenche
Dialoguiste : Pierre Bost
D'après l'oeuvre de Roger Peyrefitte
Directeur de la photographie : Christian Madras
Compositeur : Jean Podromidès
Décorateur : René Renoux, Louisette Hautecoeur
Ingénieur du son : Jacques Lebreton
Noir et blanc
Drame
100 mn
Distribution :
Francis Lacombrade (Georges De Sarre), Didier Haudepin (Alexandre Haudepin), Michel Bouquet (Père De Trennes), Louis Seigner (Le Père Lauzon), Lucien Nat (Le Père Supérieur), Gérard Chambre (André Ferron), Henri Coutet (L'Employé De L'Institution), Dominique Diamant (Maurice Motier), François Leccia (Lucien Rouvière), Dominique Maurin (Marc De Blajean), Bernard Musson (Le Père Enseignant), Colette Regis (Une Religieuse)
Synopsis :
Georges et Alexandre, deux lycéens d'un collège de garcons sont attirés l'un par l'autre et ne peuvent vivre séparément. Responsable des enfants, le Père de Trennes s'aperçoit de cette histoire d'amour et pour mettre fin à cette relation, il sépare les deux jeunes gens. Mais Alexandre ne supporte pas cette séparation et en meurt.
Le Film
Les Amitiés Particulières (Le Film)
American Psycho
Sortie en France 07 juin 2000
USA, Canada
Réalisatrice : Mary Harron
Producteur : Christian Halsey Solomon, Chris Hanley, Edward R. Pressman
Coproducteur : Ernie Barbarash, Alessandro Camon, Joseph Drake, Clifford Streit, Rob Weiss
Producteur exécutif : Michael Paseornek, Jeff Sackman
Scénariste : Mary Harron, Guinevere Turner
D'après l'oeuvre de Bret Easton Ellis
Directeur de la photographie : Andrzej Sekula
Compositeur : John Cale
Monteur : Andrew Marcus
Chef décorateur : Gideon Ponte
Costumière : Isis Mussenden
Thriller
101 mn
Distribution :
Christian Bale (Patrick Bateman), Willem Dafoe (Donald Kimball), Jared Leto (Paul Allen), Josh Lucas (Craig Mcdermott), Samantha Mathis (Courtney Rawlinson), Matt Ross (Luis Carruthers), Bill Sage (David Van Patten), Chloë Sevigny (Jean), Reese Witherspoon (Evelyn Williams), Justin Theroux (Timothy Bryce), Cara Seymour (Christie), Guinevere Turner (Elizabeth), Stephen Bogaert (Harold Carnes), Reg E. Cathey (Al), Krista Sutton (Sabrina), Landy Cannon (L'Homme À Pierce & Pierce), Ross Gibby, Anthony Lemke (Marcus Halberstram).
Synopsis :
Au coeur des années Reagan, Patrick Bateman est un pur produit de la réussite américaine. Jeune, riche, il est un de ces golden boys qui triomphent à la bourse. Seul le nec plus ultra est digne de lui et il s'emploie à ne retrouver que des symboles qui lui renvoient une image de succès. Il accumule, avec une obsession maladive, les vêtements selects, les relations enviables. Son voeu le plus cher est de se fondre dans cette foule, de trouver sa place au milieu de ceux auxquels il s'identifie.
[Catégorie : Un ou plusieurs personnages secondaires sont homosexuels
Rapport à l'homosexualité :
Difficile de choisir entre les catégories "Personnage secondaire homosexuel" et "Personnage principal homosexuel" tellement le refoulement de Patrick Bateman est flagrant.
Il adore tuer des "pédés". Pourtant il en a aussi une peur maladive, et le simple fait que l'on puisse croire qu'il est pédé le rend physiquement malade. Un peu trop, non ?
Il adore aussi regarder des femmes faire l'amour, des femmes soumises bien entendu. Fantasme de domination de la femme objet entretenu par les cassettes pornos qu'il loue.
Notes :
Adapté du roman de Brett Easton Ellis, bien plus explicite dans les scènes sexuelles comme dans les meurtres et tortures. Le livre reste inadapté et sans doute inadaptable.
Beaucoup de tortures ignobles n'ont pas été représentées. Autres exemples de censure : vieillissement d'une des principales victimes féminines qui était mineure dans le livre. Suppression de certaines obsessions homosexuelles.
Enfin, le livre était parfois emprunt d'un homo-érotisme dont il ne reste pas grand chose dans le film.] ("Media-G")
American Psycho (Theatrical Trailer) envoyé par NakedBrotha2007
American Psycho - Je m'appelle Patrick.. envoyé par stefd_555
American psycho envoyé par jcvandamme
Amor de Hombre
Année de Production 1997
Espagne
Réalisatrice : Yolanda Garcia Serrano, Juan Luis Iborra
Producteur exécutif : Pastora Delgado
Scénariste : Juan Luis Iborra, Yolanda Garcia Serrano
Directeur de la photographie : Paco Femenia
Monteur : Jose Salcedo
Directeur artistique : Ana Alvargonzale
Drame
94 mn
Distribution :
Loles Leon (Esperanza), Andrea Occhipinti (Ramon), Pedro Mari Sánchez (César), Armando Del Rio (Roberto), Roberto Alvarez (Alvaro), Romà Sánchez (Victor), Jesus Cabrero (Quique), Sergio Otegui (Carlos), Martin Kuiper (John), Ángel Alcázar (Tony), Juan León (Chico), Carlos Ucar (Juanito), Daniel Gutiérrez (Javi).
Synopsis :
Ramon, un jeune avocat gay, a une vie sexuelle très débridée. Chaque soir, il rentre avec un nouveau partenaire. Esperanza, sa meilleure amie, commence à être jalouse du nouveau compagnon de Ramon, Roberto.
Bande-annonce
Victor, Victoria
Sortie en France 13 octobre 1982
USA
Realisateur : Blake Edwards
Scénariste : Blake Edwards
Directeur de la photographie : Dick Bush
Compositeur : Henry Mancini
Monteur : Ralph E. Winters
Directeur artistique : Tim Hutchinson, William Craig Smith
Chef décorateur : Harry Cordwell
Créatrice de costumes : Patricia Norris
Directrice du casting : Mary Selway
Comédie musicale
132 mn
Distribution :
Michael Robbins, Julie Andrews (Comte Victor/victoria Grant), Robert Preston (Carroll Todd), James Garner (King Marchand), John Cassady (Juke), Jay Benedict (Guy Langois), Peter Arne (Labisse), Michael Robbins (Le Manager De L'Hôtel), Lesley Ann Warren (Norma Cassady), Alex Karras (Bernstein), John Rhys-Davies (André Cassell)
Synopsis :
Paris, 1934. Après une nouvelle audition ratée, Victoria Grant fait la connaissance de Toddy, un homosexuel au grand cœur. Touché par sa misère, il lui offre l’hospitalité et élabore un plan des plus fous : puisque personne ne veut de Victoria en chanteuse, elle deviendra… chanteur ! Rebaptisée Victor, chanteur au passé de célèbre travesti polonais, Victoria va rencontrer le succès… Mais tout va se compliquer lorsque King Marchan, le roi des night-clubs de Chicago s’éprendra d’elle…
Victor Victoria - Le Jazz Hot (live)envoyé par guy-paul
Tarnation
Sortie en France 10 novembre 2004
USA
Réalisateur : Jonathan Caouette
Producteur : Jonathan Caouette, Gus Van Sant, Stephen Winter
Producteur associé : Jason Banker
Producteur exécutif : John Cameron Mitchell
Scénariste : Jonathan Caouette
Monteur : Jonathan Caouette
Documentaire
88 mn
Distribution :
Jonathan Caouette (Jonathan), Renée Leblanc (Renée), David Sanin Paz (David), Rosemary Davis (Rosemary), Adolph Davis (Adolph).
Synopsis :
Tarnation élabore une nouvelle écriture du documentaire.
Ce long métrage est l'autoportrait de Jonathan Caouette, 31 ans, qui dès l'âge de 11 ans, décide de filmer la chronique chaotique de son enfance dans une famille texane.
Avec Tarnation, il nous entraîne dans un tourbillon psychédélique à partir d'instantanés, de films d'amateur Super-8, de messages enregistrés sur répondeur, de journaux intimes vidéo, de ses premiers courts métrages et de bribes de la culture pop des années 80, accompagnés de scènes reconstituées, pour tracer le portrait d'une famille américaine éclatée par de multiples crises mais réunie par la force de l'amour.
Bande-annonce, Extraits
Site officiel
Critiques :
Un séisme visuel et émotionnel
Le voyage que propose Jonathan Caouette en racontant sa vie est plus que renversant. Ce réalisateur de génie nous transporte dans les méandres de son existence, de sa pensée psychédélique et traumatisée. Il faut être accroché pour regarder son film, mais l’effort en vaut vraiment la chandelle. Cette expérience cinématographique ne se résume pas au seul fait, asséné partout, que Jonathan Caouette a réalisé son film avec un budget ridicule et son ordinateur. L’intelligence de son travail ne se limite pas à cet « exploit » technique car le choix du montage et donc la maîtrise des images ainsi que la musique contribuent à faire de ce document un véritable film et pas un clip. TARNATION est un documentaire visuel et sensoriel violent mais cohérent. Les compositions musicales de Max Avery Lichtenstein, les chansons de Low et autres talents musicaux n’y sont pas pour rien.
Techniquement et artistiquement maîtrisé, le propos du film peut (et doit) déranger. Ce document autobiographique très intimiste flirte dangereusement avec l’exhibitionnisme. La gêne et la répulsion sont des sentiments qui nous interrogent alors : jusqu’où peut-on aller lorsque l’on fait une autobiographie ? Jonathan Couette ne s’encombre pas de ces questions et cherche, avant la pudeur et l’intimité, à raconter avec sincérité la vision de sa vie et son amour pour sa mère. Les thèmes évoqués dans son film sont très durs, voire insupportables. Mais ce sont finalement des images détournées qui témoignent cette pudeur. Emiettements de l’image, flashs, lumière, bruits sourds altèrent la dureté des scènes. La sincérité de son entreprise gagne alors le spectateur, et l’on perçoit son film comme un travail indispensable pour se soigner et témoigner de la souffrance mentale dont sa mère et lui sont victimes.
Jonathan Caouette est un véritable artiste, il saisit un matériau brut et le travaille pour en faire une œuvre inclassable et puissante. TARNATION est la preuve que cinéma et nouvelles technologies peuvent faire très bon ménage, l’art reste intact. (Samya Yakoubaly, Comme au Cinéma.com)
Entretien avec Jonathan Caouette
Vous tournez des vidéos d'amateur, des documentaires depuis l'âge de 11 ans. Comment vous êtes-vous mis à vous servir d’une caméra comme, selon vous, d’ un bouclier ?
Filmer n'a jamais été seulement pour m'amuser. C’était un mécanisme de défense. C'était une question de vie ou de mort. Il fallait me défendre contre mon environnement et me dissocier des horreurs qui m'entouraient. Il est certain que le cinéma m'a sauvé la vie. Si je ne devais pas manger ou dormir, je travaillerais sur des films jour et nuit. Dans le métro pour me rendre à Manhattan, mes écouteurs sur les oreilles, je vois, gravées sur chaque visage, des épopées mythologiques.
Vous n'avez pas fait d'études de cinéma, mais il est clair que vous avez vu beaucoup de films. D'où vous vient cet intérêt ?
J’ai toujours souhaité devenir cinéaste ! Même à 4 ou 5 ans, je filais derrière la maison pour échapper à tous les adultes. Je disais : « Je suis en train de faire un film », et je récitais un scénario improvisé. Vers 7, 10 ans, je me chantais des chansons. Parfois, je faisais semblant d'être un des personnages de mes films. J’y incorporais des gens de ma banlieue qui ne me connaissaient pas, et qui faisaient partie, à leur insu, des films que j’imaginais.
Il y a eu une période de mon enfance, avant l’invasion du magnétoscope, durant laquelle j'allais au ciné avec mon grand-père et j'enregistrais le son sur des cassettes. A la maison, avec un tas de marqueurs, je dessinais sur un brouillon le film image par image ; entre autres THE WIZ, L'EXORCISTE 1 et 2, et PHANTASM.
J'ai même eu un ciné-club chez mes grands-parents. Quatre rangs de sièges et une vraie cabine de projection installés dans notre grenier. Je projetais de grands classiques en 16 mm comme LES 5 000 DOIGTS DU DR. T et PHANTOM OF THE PARADISE dont j'empruntais les copies à la bibliothèque de Houston. Je projetais aussi le catalogue de mes films super-8. Ensuite j'ai assez économisé pour acheter un de ces dinosaures de projecteurs vidéo avec les trois grosses lumières, afin de visionner mes cassettes Beta et VHS.
Comment votre mère Renée a-t-elle réagi en voyant TARNATION ?
Renée adore le film. Elle est heureuse que son histoire soit connue. Renée n'est pas schizophrène. Le diagnostic est : désordre bipolaire aigu et désordre schizo-affectif, dans lequel la cyclothymie recouvre la schizophrénie. Autrement dit, Renée a des symptômes maniaco dépressifs, mais elle n'est pas schizophrène à proprement parler. Elle a survécu et surmonté des épreuves psychologiques épouvantables. Son mal, encore présent, entre en phase de rémission. En ce moment, Renée est heureuse. Notre relation progresse chaque jour. Malgré le chaos de la vie, nos liens n'ont jamais été si forts. D'ailleurs, dans ma famille, il y a de l'amour en chacun de nous. Même si nous avons connu le chaos, la folie, et la maltraitance émotionnelle, je n'ai jamais douté que nous nous aimions.
Y a-t-il eu des personnes en particulier qui vous aient guidé dans la bonne direction ?
A l’âge de 12 ans, je me suis inscrit à la Big Brothers Big Sisters Association of America et j'ai eu la chance d'avoir pour parrain Jeff Millar, le critique de films du Houston Chronicle. Comme j'étais super cinéphile, pendant quatre ans, Jeff m'invitait aux projections en avant-première des films dont il devait faire la critique comme MOONSTRUCK ou AU REVOIR, LES ENFANTS. Après, on allait dîner et on analysait le film ensemble. On avait des conversations très poussées à la manière de Siskel et Ebert. J'ai eu beaucoup de chance de trouver un adulte qui prenne au sérieux ma passion du cinéma.
Quels documentaires vous ont influencé et que pensez-vous de l’ évolution du genre ?
Parmi mes préférés : HELL HOUSE (George Ratliff, 2001), BROTHER'S KEEPER (Joe Berlinger & Bruce Sinofsky, 1992), STREETWISE (Martin Bell, 1984), KOYAANISQATSI (Godfrey Reggio, 1983), GREY GARDENS (Frères Maysles, 1975), CRUMB (Terry Zwigoff, 1994), WOODSTOCK (Michael Wadleigh, 1970) et ROGER & ME (Michael Moore, 1989).
Je crois que grâce à la prolifération de technologies peu coûteuses et faciles d'emploi, il va y avoir une révolution dans la manière de faire, de voir et d'apprécier le cinéma. Je crois que des personnes et des sujets jamais exploités à ce jour seront étudiés par des cinéastes. J'ai vu récemment un documentaire merveilleux sur la grande actrice africaine-américaine Beah Richards. C'était tourné en vidéo par une autre actrice que Beah avait rencontrée sur un plateau de télévision. Ce documentaire filmant avec sensibilité l'intimité de leur amitié était formidable. J'aime beaucoup l'idée que n'importe qui puisse prendre une caméra pas chère et un logiciel de montage afin de raconter son histoire. (Comme au Cinéma.com)
Shortbus
Sortie en France 08 novembre 2006
USA
Réalisateur : John Cameron Mitchell
Producteur : Michael J. Werner, Wouter Barendrecht
Coproducteur : Pamela Hirsch, Richie Jackson, Bobbi Thompson
Producteur associé : Morgan Night, Neil Westreich, Richard Wofford
Producteur délégué : Howard Gertler, Tim Perell, John Cameron Mitchell
Scénariste : John Cameron Mitchell
Directeur de la photographie : Frank DeMarco
Compositeur : Yo La Tengo, Scott Matthew
Compositeur (chansons du film) : Scott Matthew
Interprète (chansons du film) : Scott Matthew
Monteur : Brian A. Kates
Mixage : Lora Hirschberg, Brandon Proctor
Chef décoratrice : Jody Asnes
Costumier : Kurt, Bart
Directeur de l'animation : John Bair
Responsable des effets sonores : Ben Cheah
Directrice du casting : Susan Shopmaker
Interdit aux moins de 16 ans
Comédie dramatique
102 mn
Distribution :
Sook-Yin Lee (Sofia), Paul Dawson (James), Lindsay Beamish (Severin), Pj Deboy (Jamie), Raphaël Barker (Rob), Daniela Sea, Jay Brannan (Ceth), Peter Stickles (Caleb), Justin Bond, Yolonda Ross (Faustus), Rachael C. Smith (Zoey), Alan Mandell, Bitch, Shanti Carson, Jan Hilmer, Stephen Kent Jusick, Miriam Shor, Paul Oakley Stovall, Lex Vaughn, Ray Rivas, Justin Hagan, Adam Hardman.
Synopsis :
SHORTBUS suit plusieurs personnages new-yorkais dont les aventures tragi-comiques naviguent entre sexualité et sentiments. Tous fréquentent un club underground moderne, Shortbus, où s'expriment toutes les sexualités. Sofia est sexologue et n'a jamais connu l'orgasme. Avec son mari Rob, elle simule le plaisir depuis des années. Sofia croise Severin, une maîtresse dominatrice qui tente de l'aider. Parmi les patients de Sofia, James et Jamie sont un couple gay qui tente d'ouvrir ses relations sexuelles à un troisième partenaire. James propose une relation avec Ceth, mais Jamie reste sur ses gardes. James semble avoir un projet secret. Il est suivi par un mystérieux observateur, Caleb. Tous ces personnages se croisent au Shortbus, ce lieu extraordinaire où les arts, la musique, la politique et le sexe se côtoient.
Le film propose de réconcilier à nouveau les contraintes de la vie à New-York (après le 11-Septembre et sous la pression de Bush) avec l'épanouissement de la raison, les plaisirs de la chair et les impératifs du coeur.
Le titre évoque le célèbre car scolaire que connaissent tous les petits Américains. Les enfants 'normaux' empruntent le Schoolbus, le long bus jaune. Le Shortbus, plus court, le suit de près et est réservé aux enfants caractériels, surdoués ou handicapés, à tous ceux qui sont hors-normes et qui ont besoin d'une attention particulière.
Album Photos
Photos censurées
Bande-annonce, Extraits
Site Officiel :
France
USA
Critiques :
Un film érotique aux allures de drame psychologique !
Disons clairement les choses, Shortbus de John Cameron Mitchell se situe essentiellement, voir exclusivement, en dessous de la ceinture ! Le mot intellectuel, derrière cette réalisation peu inspirée, permettra au film d’éviter le rayon « X » de nos vidéos-club. Il n’en reste pas moins un tableau sans saveur d’une bande de New Yorkais enfermée dans des bavardages incessants.
Shortbus débute, pourtant, bien… Sous un fond de musique "jazzie", on est doucement emmené à travers les rues dessinées de New York. Petit à petit, les spectateurs font la connaissance des protagonistes de l’histoire, dont le destin n’est pas encore lié. Sophia est une sexologue qui n’a jamais connu l’orgasme et simule depuis des années avec son mari Rob (classique). Cette dernière rencontre Severin, maîtresse dominatrice, décidée à l’aider. James et son compagnon Jamie, deux patients de Sophia, songent à ouvrir leur sexualité à un troisième partenaire, Ceth… Tout ce petit monde se donne rendez-vous au « Shortbus », une espèce de club échangiste intello, dirigé par un drag queen reconnu !
Le nom de cet endroit n’est autre que l’appellation du bus, réservé aux handicapés, aux enfants caractériels et aux surdoués suivant de près le « Schoolbus » traditionnel (célèbre car scolaire jaune des jeunes écoliers américains). Les héros de l’histoire se retrouvent, donc, dans ce lieu où ils peuvent libérer leur « shakra » et donner libre cours à leurs fantasmes, sans éprouver la moindre culpabilité. La première demi-heure du film, bien que particulière, présente des personnages émouvants et des analyses intéressantes sur les rapports humains. Mais le réalisateur laisse, très vite, son œuvre s’embourber dans un scénario et des dialogues qui peinent à se renouveler. On peut, tout de même, reconnaître une tentative honnête de la part de John Cameron Mitchell qui désirait explorer de nouveau la sexualité avec franchise comme certains films des années 60 et 70. (Jeanne Tsekas Alberti, Comme au Cinéma.com)
Impressions Cannoises
Un samedi soir à minuit et demi on s'échange un clin d'oeil en parlant de choses un peu coquines. A Cannes c'est pareil, mais en plus on demande à sa voisine si elle sera de la partie. La rumeur s'est vite propagée: le nouveau film de John Cameron Mitchell Shortbus est plutôt du genre hot. On était curieux de le voir puisque qu'on n'avait pas vraiment de nouvelles de lui depuis Hedwig and the angry inch, mise à part son rôle de producteur pour Tarnation découvert à Cannes d'ailleurs.
John Cameron Mitchell monte les marches avec son équipe, et dès son arrivée dans le grand théâtre Lumière ce n'est que applaudissements et sifflements. La salle lui est déjà acquise avant que commence le film. Dès le début on est surpris par des images crues. Un homme dans un baignoire filme son sexe avec un camescope, on ne vous dit pas ce qu'il fait ensuite par pudeur. On découvre ainsi les principaux personnages : un couple gay, un voyeur, une sexologue (qui préfère conseillère conjugale), une dominatrice qui propose ses services, et d'autres encore. Shortbus parle dès le début de sexe, mais c'est avant tout de sexualité et surtout de relations amoureuses dont il est question. John Cameron Mitchell suit en particulier deux hommes ensemble et une femme qui se cherchent dans le Shortbus, un club underground de New-York. Il aborde des choses comme le mal de vivre ou la recherche du plaisir (à deux, trois ou plus) sans se départir d'humour. Une femme utilise un jouet vibreur incontrôlable, un trio nu entone même l'hymne américain. Quelques provocations mais le film parle avant tout d'épanouissement et d'amour. Shortbus se termine en chanson et en fanfare, et c'est toute la salle sécouée et émue qui applaudit. John Cameron Mitchell est son équipe face à cet acceuil des plus enthousiastes en ont même les larmes aux yeux. Pour eux comme pour nous cette projection de Shortbus a été mémorable. (Christophe Maulavé, Comme au Cinéma.com)
Interviews :
Notre rencontre avec l'équipe du film à Cannes !
A l’occasion de la présentation hors compétition de son nouveau film scandale, Shortbus, James Cameron Mitchell était en compagnie de tous ses acteurs Peter Stickles, Jay Brannan, Lindsay Beamish, Pj Deboy et Sook-yin Lee… Histoire de parler de sexe !
Il y a 5 ans sortait Hedwig And The Angry Inch qui faisait connaître ce nouveau cinéaste qui n’hésite pas à répondre à la question « Pourquoi tant de temps entre les deux films ? » « J’aime prendre mon temps et en plus si j’avais à utiliser le sexe, je voulais prendre mon temps pour générer le projet. » Et oui, Shortbus est l’événement Sexe du festival.
« J’ai auditionné les gens les plus intéressants, j’ai du me séparer de certain. Ça a pris du temps ». Puis James Cameron Mitchell ne cache pas la difficulté à monter un tel projet. « Aux Etats-Unis, la plupart des producteurs voulaient tous voir le film mais ne voulaient pas mettre un seul dollar pour que je le tourne ».
Il poursuit : « Aujourd’hui, aux Etats-Unis c’est vraiment trop puritain. On voulait provoquer. On voulait utiliser le sexe juste comme une métaphore, comme de la musique. L’érotisme ne nous intéressait pas. Ça a été fait des centaines et des centaines de fois. »
Evidemment on ne peut pas s’empêcher de penser à la pornographie. Il a voulu faire un film sur l’amour. L’équipe a longuement parlé de la préparation du tournage où pendant plusieurs semaines James Cameron Mitchell a réfléchi avec ses acteurs par rapport à ce qu’il voulait créer. Les acteurs jouaient à des jeux de société, faisaient l’amour…
« On a fait le film pour l’expérience. On ne sait pas comment il va marcher. On en aura déjà une idée tout à l’heure. » (Propos recueillis par Matthieu Perrin (Cannes, le 20 mai 2006), Comme au Cinéma.com)
Entretien avec John Cameron Mitchell
Vous souvenez-vous du point de départ de ce projet ?
Pendant les années de préparation d’Hedwig, je me réjouissais de voir le cinéma explorer de nouveau la sexualité avec franchise comme certains films des années 60 et 70. Mais je regrettais que la plupart de ces nouveaux films soient à ce point sinistres et dénués d'humour. Le sexe y semblait quelque chose d'aussi négatif que, disons, les chrétiens conservateurs. J'imagine que c'est compréhensible. J'ai moi-même été élevé dans une culture catholique et militaire stricte où le sexe était absolument terrifiant, ce qui bien entendu rendait la chose fascinante. J'avais l'idée de tourner une comédie new-yorkaise pleine d'émotion qui serait très franche sexuellement, qui ferait réfléchir et, si possible, qui serait drôle. Un film qui ne chercherait pas forcément à être érotique, mais qui essaierait plutôt d'utiliser le langage de la sexualité comme une métaphore des autres aspects des personnages. J'ai toujours considéré la sexualité comme la terminaison nerveuse de la vie des gens. J'ai toujours pensé qu'en observant deux inconnus qui font l'amour, on peut tirer des déductions assez précises sur ces personnes, sur leur enfance, ou sur ce qu'ils ont mangé au déjeuner. En même temps, j'avais envie de construire un film dont les personnages et le scénario seraient conçus à partir d'improvisations, en m'inspirant des différentes méthodes de John Cassavetes, Robert Altman ou Mike Leigh. D'ailleurs, et c'est intéressant, ces cinéastes ont manifesté tous les trois leur répugnance à l'idée de filmer des rapports sexuels "réalistes" ou "non simulés"… Je savais aussi que je voulais que l'action tourne autour d'un club underground moderne, une sorte de salon privé où toutes les sexualités sont permises, à l'image du modèle parisien de Gertrude Stein et des salons new-yorkais d'aujourd'hui que j'ai visités, un mélange assez dingue de musique live, de lectures, d'arts plastiques et même de sexe collectif.
Si je devais nommer des antécédents cinématographiques sexuellement explicites, je citerais le film autobiographique de Frank Ripploh Taxi zum Klo (j'aime la mélancolie qui se cache derrière l'humour, et sa manière de filmer la sexualité comme tout le reste dans sa vie) et peut-être Un chant d'amour de Jean Genet, le précurseur de tous les films intéressants sur la sexualité. Pour le ton et le style, je dirais que les grandes influences pour Shortbus sont Minnie et Moskowitz de Cassavetes, Les Nuits de Cabiria de Fellini, The Heartbreak Kid d'Elaine May, King of Comedy de Scorsese, Un après-midi de chien de Lumet, Un mariage d'Altman ainsi que trois films de Woody Allen, Annie Hall, Hannah et ses sœurs et Maris et Femmes.
Comment vous y êtes-vous pris pour rendre ce projet réalisable ?
Le producteur Howard Gertler, la directrice de casting Susan Shopmaker et moi-même avons commencé notre recherche d’acteurs au début 2003. Nous avons soigneusement évité les agents et les stars (les stars n'ont pas de sexualité, et puis je prévoyais un atelier de répétitions étalé sur une période d'un an, un temps que les stars n'accordent jamais). Nous avons plutôt donné des interviews (on n'avait pas d'argent pour passer des annonces) à divers journaux et magazines alternatifs en invitant les gens, comédiens expérimentés ou non, à visiter notre site Internet, à lire notre projet et à nous envoyer des cassettes d'audition. Je proposais qu'ils nous parlent d'une expérience sexuelle qui avait été émotionnellement importante pour eux. Je les encourageais à enregistrer tout ce qui pourrait nous aider à mieux les connaître. Plus d'un demi-million d'Internautes a visité le site et presque 500 personnes, surtout d'Amérique du Nord, ont envoyé un enregistrement. Certains parlaient directement à la caméra, certains avaient réalisé un court métrage, certains chantaient des chansons, il y en avait même qui se masturbaient. Nous en avons choisi quarante environ pour le casting. Nous avions très peu de moyens, ils sont tous venus à leurs frais. Tout le monde savait que les auditions seraient improvisées mais qu'il n'y aurait rien de sexuel — je ne tenais pas à les effaroucher. Je voulais de véritables auditions, un travail sérieux dans lequel les comédiens seraient partie prenante et à partir duquel une confiance mutuelle pourrait s'établir avec le temps.
C'était l'époque où j'organisais une grande fête mensuelle appelée "Shortbus" (avant que nous reprenions ce titre pour le film). Je cherchais à installer une ambiance lycéenne, sans prise de tête. On passait tous les genres de musique. Des amis ou moi choisissions nos disques avec beaucoup d'éclectisme. Je me spécialisais dans les slows. J'ai donc organisé une fête "Shortbus" pour nos quarante finalistes. On était une centaine et on a lancé des jeux de hasard. Les couples désignés devaient s'embrasser. Cela a brisé la glace.
Le lendemain, tous les comédiens avaient la gueule de bois. Ils ont visionné leurs cassettes ensemble, dans la même pièce. C'était un moment délicat, certains enregistrements étant très personnels. Mais cela permettait à tout le monde de prendre conscience que nous étions tous dans le même bateau. Nous n'avions que quelques jours et je devais aussi, le plus rapidement possible, établir qui était sexuellement attiré par qui ; autrement dit lesquels pourraient éventuellement interpréter un couple. Nous avons organisé un scrutin secret où chacun devait noter les autres, sur une échelle de un à quatre. J'avais donc des informations sur leur compatibilité. Tout cela était très étrange, et assez amusant. On a fini par dessiner un grand tableau sur le mur, une grille qui montrait qui était attiré par qui. Le nombre des possibilités était impressionnant, et cela nous a fait gagner beaucoup de temps. Nous avons rassemblé les couples qui s'étaient attribué un "4" et nous avons commencé nos premières improvisations. Très vite on a clairement vu qui était naturellement comédien, indépendamment de son expérience professionnelle. Nous voulions des gens qui sauraient improviser à partir d'une scène écrite tout en gardant sa structure. Ce n'est pas de l'improvisation pure, c'est plutôt de la digression. Nous cherchions des gens intelligents et charismatiques qui fonctionnaient bien ensemble. Ceux qui se la jouaient trop étaient éliminés. J'ai choisi les plus intéressants et nous avons immédiatement commencé notre premier atelier d'improvisation. C'est ensemble que nous allions déterminer les personnages et l'histoire.
Comment avez-vous abouti aux personnages et aux sujets qu’aborde le film ?
A l’époque de notre premier atelier d’improvisation de cinq semaines, nous avons rassemblé un peu d’argent auprès d’amis (parmi lesquels le musicien engagé Moby) pour payer les acteurs et les héberger. On a sous-loué un loft dans le Lower East Side et on a commencé par de simples jeux d’improvisation théâtrale. On regardait des films, on faisait des parties de whiffleball (un jeu de baseball avec des battes et des balles en plastique) et le soir on sortait au bowling. Puis nous sommes passés à des impros plus complexes qui prolongeaient des personnages ou des situations apparus pendant les auditions. J’avais pas mal lu sur le processus d’écriture chez Mike Leigh ou chez Cassavetes. On a adapté quelques unes de leurs méthodes. On s’intéressait au passé de chacun des protagonistes, à ses secrets, à ses désirs. On organisait des « conférences de presse » pendant lesquelles les acteurs étaient questionnés sur leur personnage. Toutes les répétitions étaient filmées, et donc à la fin de l’atelier j’avais un matériau très riche à partir duquel je pouvais écrire. Le cheminement des personnages s’inspirait directement du comportement des acteurs. J’ai puisé dans tout cela pour mettre en place l’intrigue et les thèmes sous une forme scénaristique traditionnelle. C’est devenu notre structure de travail : on répétait en atelier pendant quelques semaines, je travaillais sur le scénario pendant quelques mois, puis on se retrouvait pour un atelier, je réécrivais, etc. On a alterné ces périodes pendant deux ans jusqu’à ce que le financement du film soit assuré. Quand le tournage a commencé, le scénario tenait debout et nous étions totalement en confiance.
Pendant les ateliers, nous avons fait quelques séances d’improvisation autour des scènes sexuelles, en « équipe réduite », mais pas trop. Certains comédiens étaient immédiatement à l’aise, d’autres avaient besoin de temps. Chacun allait à son rythme. De mon côté je voulais qu’ils trouvent leurs propres solutions pour jouer ces scènes. Beaucoup souhaitaient les mettre de côté et les garder pour le tournage. Cette méthode a été très payante (tous les orgasmes du film sont bien réels !). Mon chef-opérateur, Frank DeMarco, était présent pendant toutes les répétitions, qu’il s’agisse de scènes sexuelles ou non, pour mettre tout le monde à l’aise. Aux comédiens, je ne cessais de répéter : « Je ne vous demanderai jamais quoi que se soit qui aille contre votre volonté, mais je vous encouragerai toujours à vous dépasser et à vous remettre en question. » Je voulais qu’on parle de leurs angoisses dès qu’elles apparaissaient, pour qu’on puisse les étouffer dans l’œuf. On discutait souvent de protection contre les risques liés aux pratiques sexuelles. Bref, s’il ne s’agit pas non plus de dire qu’on n’a pas eu de crises de nerfs sur le plateau, l’expérience a été fantastiquement enrichissante, autant pour l’équipe artistique que pour les techniciens, et nous sommes tous restés bons amis.
Pourquoi avez-vous décidé de faire de James un cinéaste ? Y a-t-il là une dimension autobiographique ?
L’idée vient en partie de l’interprète lui-même, qui photographie sa propre vie. Pour ce personnage, on s’est aussi inspirés de Jonathan Caouette, le réalisateur de Tarnation. En ce qui me concerne, mon père était commandant militaire du secteur américain de Berlin-Ouest juste avant la chute du mur. Ma mère est artiste, elle est née en Ecosse. J’ai été élevé dans une tradition très catholique, y compris dans un internat chez les Bénédictins, en Ecosse. J’ai donc grandi dans un milieu religieux, militaire, ouvert à l’art mais assez crispé dès qu’il s’agissait de sexe. Et puis j’étais gay. Toutes ces données sont entrées dans la fabrication d’Hedwig et de Shortbus. Oui, ce film dépasse certaines limites qui existent ici, aux Etats-Unis. Et si on parlait de cul dans un film américain dans un esprit à la fois souriant et réfléchi ? Pourquoi ce sujet nous effraie-t-il toujours autant ? Je peux comprendre que ce soit un sujet angoissant, mais comme disait mon ami Dan Savage : « Le sexe, ça peut certainement faire peur mais on ne peut pas l’éviter. » Ce que je vois aussi, c’est à quel point la phobie du sexe et en fait la peur maladive de tout ce qui tourne autour mène directement, dans notre culture, à la tristesse, aux conflits inutiles et à la violence. Je vois arriver une pruderie grandissante dans le cinéma américain (tout comme dans la politique américaine) sur laquelle je voulais attirer l’attention tout en lui tordant le cou. Naturellement, cette pruderie se défoule dans une pornographie de plus en plus triste et mécanique, devenue aujourd’hui la première source d’éducation sexuelle pour la jeunesse américaine.
Etait-il difficile de maîtriser la structure à la fois complexe et fragile du récit en travaillant collectivement ?
Je travaillais sur le scénario entre nos périodes d’atelier. Ces ateliers étaient nécessaires d’abord pour trouver une méthode de travail avec les comédiens, et puis aussi pour s’assurer que les personnages, les scènes et les répliques leur correspondaient bien. J’écoute toujours ce que me disent mes comédiens parce qu’ils ont souvent ont raison.
Si jamais j’essayais de forcer les personnages dans une direction peu crédible, ils me le diraient. Voici un exemple de comment nous avons gardé l’équilibre entre structure et liberté. Prenez la scène de Sofia et son mari après l’amour, quand elle lui parle d’une de ses clientes qui n’a jamais connu l’orgasme. Cette scène s’inspire d’une de nos improvisations. Je l’ai couchée sur le papier sous la forme d’une scène de, disons, vingt répliques qui correspondaient à vingt idées principales, vingt idées qui selon les comédiens fonctionnaient. Pendant nos répétitions, les acteurs lisaient la scène à voix basse, puis on mettait le scénario de côté et on filait la scène de mémoire. Ils n’avaient pas le temps d’apprendre quoi que ce soit par cœur, et à chaque filage les dialogues changeaient. On répétait jusqu’à ce qu’ils aient mémorisé les vingt idées principales, mais jamais les dialogues. Je leur disais sans cesse : « Je vous vire si vous dites ce qui est écrit ! » Voilà comment nous avons tourné. Chaque prise avait des dialogues différents. Cela a demandé beaucoup de dextérité à mon brillant monteur, Brian Kates.
Les séquences animées sont très différentes de ce qu’Emily Hubley avait créé pour vous dans Hedwig. Elles rattachent concrètement le film à la ville de New York, en soulignant l’emplacement concret de chaque scène…
Nous devions montrer une panne de courant générale dans New York, mais notre budget ne permettait pas de véritable black-out. J’ai d’abord pensé filmer une maquette de la ville. Cette possibilité s’est avérée trop onéreuse elle aussi, alors je suis allé trouver John Bair, un animateur qui avait conçu des images numériques sur Hedwig. Je trouve qu’il a merveilleusement réussi à donner une très jolie touche artisanale, un côté « peint à la main » à ces images. En fait, il a scanné beaucoup de ses propres dessins et les a reproduits sur des surfaces animées en 3D. Il a fait ça presque tout seul. Pour certaines scènes il nous a paru logique d’utiliser ce genre d’animations. Montrer la Statue de la Liberté était une bonne idée pour le début du film, quand on entend chanter “Is you is, or is you ain’t my baby?” (Es-tu bien ou n’es-tu plus ma chérie ?) tout en découvrant son visage. Beaucoup d’entre nous se sont posés cette question à propos d’elle, ces derniers temps.
A part le “Is You Is…?” interprété par Anita O’Day, les autres chansons sont-elles des reprises ?
Beaucoup de musiques ont été composées spécialement par des comédiens amis qui apparaissent dans le film. Je voulais que cela reste une affaire de famille. Il y a aussi des chansons de gens que je ne connais pas personnellement. Des groupes fantastiques comme Animal Collective ou Azure Ray, Yo La Tengo, nous ont composé des morceaux formidables. Il y a cinq chansons inédites du génial Scott Matthew (c’est lui le barbu qui chante dans le club). C’est lui aussi qui a écrit la chanson de la fin, “In the End”, que Louis Schwadron a arrangée en suite orchestrale, avec quintette à cordes et fanfare pour majorettes.
Existe-t-il des salons comme Shortbus dans la réalité ?
Oui. Il y a, ou il y avait, à New York ce genre de salons chez des particuliers où se mélangeaient musique, art, cuisine et politique. Un des plus influents s’appelait “Cinesalon”, et c’est un de nos amis, Stephen Kent Jusick, qui l’organisait. D’ailleurs c’est lui qui joue le majordome de la Sex Room. Il projetait des films en 16 mm, servait des plats végétariens et, plus tard dans la soirée, encourageait l’amour à plusieurs. Il a aussi organisé quelques soirées “Sex-Not-Bombs” (Du sexe, pas des bombes !) à l’origine de notre salle “Sex-Not-Bombs” dans le film. Les scènes du Shortbus ont été tournées à Brooklyn dans un atelier d’artistes gays rassemblés dans un collectif nommé « DUMBA », et où des soirées dans le genre du Shortbus ont été organisées. Mais les loyers du quartier montent en flèche et la survie du lieu est menacée. Le nom du club, Shortbus, évoque le célèbre bus scolaire jaune américain. Les enfants "normaux" empruntaient le Schoolbus, le long bus jaune. Les enfants qui avaient besoin d'une attention particulière, les handicapés, les enfants caractériels ou surdoués, utilisaient le petit bus, parce qu’ils étaient moins nombreux. J’ai l’impression que beaucoup de gens que je fréquente connaissent ce shortbus, d’une façon ou d’une autre.
New York est un condensé de ce que l’Amérique a de meilleur (et parfois de pire) et pour moi le club Shortbus représente le meilleur de New York. Traditionnellement, New York a toujours été un refuge pour les exclus bourrés de projets venant de tout le pays. Mais récemment la vie ici est devenue beaucoup plus chère, les artistes et les jeunes sont écartés. Quelques anticonformistes grisonnants et de plus en plus isolés s’accrochent à leur minuscule appartement à loyer bloqué. Je voulais que notre club représente le vieux New York et les valeurs traditionnelles de la famille qu’on se choisit : les valeurs de Walt Whitman, de Garcia Lorca et du mouvement punk. J’espère que la ville restera un lieu d’échange et d’évolution, un lieu où n’importe qui, depuis l’étudiante studieuse et réservée jusqu’au travesti chanteur de cabaret complètement blasé (et même un ancien maire un peu fatigué) peut expier ses péchés réels ou imaginaires et se racheter en faisant de belles choses avec ses amis ou ses amants.
Finalement, que voulez-vous dire quand le client de Severin éjacule sur une toile abstraite ?
Le sperme qui gicle sur le tableau et qui se fond dans la toile pour disparaître, c’est un peu l’idée maîtresse de ce film. Plein de gens me disent qu’ils ont oublié tout ce qui est sexuel lorsque le film touche à sa fin. Le sexe n’est rien qu’un élément parmi d’autres dans la vie des personnages. Voilà pourquoi il nous faut jouir dans le tableau. (Extrait d’un entretien avec Tony Rayns - New York et Londres, mars 2006, Comme au Cinéma.com)
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France
Réalisateur : Patrick Poubel
Producteur : Thomas Anargyros, Edouard de Vesinne
Scénario : Stéphane Giusti, Alain Robillard
Musique : Fabrice Aboulker, Pascal Stive
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