Ciné Gay & Lesbien

Cinéma gay

15 avril 2008

C

C'est le vent (1999)
Cabaret des hommes perdus (Le) (2007)

Cachorro (2003)
Cachorro (2003) (Le Film)
Café Com Leite (2007)
Caliente
Cavalcade of boys n°1
Can't Have It All
Caresses (1999)
Celluloid Closet (The) (1995)
Celluloid Closet (The) (1995) (Le Film)
Cerfs-volants de Kaboul (Les) (2008)
Chalk Lines (2006)
Chansons d'Amour (Les) (2007)
Chatboy17 (2005)
Cherish (1998)
Children of the Sun
Christophe Honoré
Chronique de l'Homophobie Ordinaire (2005)
Ciao (2008)
Ciao Bella (2007)
Clandestinos (2007)
Clapham Junction (2007)
Clapham Junction (2007) (Le Film)
Clara cet été là (2002)
Coeur simple (Un) (2008)
Coming out (1989)
Coming out (1989) (Le Film)
Coming out est-il plus facile aujourd'hui ? (Le)
Comme les autres (2008)
Comme un frère (2005)
Comment te le dire ?
Compania (2006)
Conséquence (La) (1977)
Corps d'élite
Country Teacher (2009)
Cowboy Forever (2006)
Crutch (2003)
Cuba et la nuit, mes deux patries (2007)

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18 avril 2008

Un Coeur simple

Coeur_simple__2008_

Sortie en France 26 mars 2008
France
Réalisatrice : Marion Laine
Producteur : Béatrice Caufman, Jean-Michel Rey 
Producteur exécutif : Philippe Liégeois
Dialoguiste : Marion Laine 
D'après l'oeuvre de Gustave Flaubert 
Adaptateur : Marion Laine
Directeur de la photographie : Guillaume Schiffman 
Compositeur : Cyril Morin 
Monteuse : Juliette Welfling 
Monteur : son Francis Wargnier 
Mixage : Dominique Gaborieau 
Chef décoratrice : Françoise Arnaud 
Costumière : Karine Charpentier 
Créateur de costumes : Anaïs Romand 
Maquilleuse : Fabienne Robineau 
1er assistant réalisateur : Rafaèle Ravinet-Virbel 
Ingénieur du son : Jean-Marie Blondel 
Régisseur général : Guinal Riou 
Directrice du casting Antoinette Boulat 
Scripte : Isabel Ribis 
Directeur de production : Christian Paumier
Drame
105 mn
Distribution :
Sandrine Bonnaire (Félicité), Marina Foïs (Mathilde Aubain), Pascal Elbé (Théodore), Patrick Pineau (Liébard), Thibault Vinçon (Frédéric), Noémie Lvovsky (Nastasie), Louise Orry-Diquéro (Clémence 9-11 Ans), Melissa Dima (Clémence 4 Ans), Antoine Olivera (Paul, 8 Ans), Romain Scheiner (Victor Enfant), Jean Senejoux (Paul 13-15 Ans), Marthe Guérin (Clémence À 15 Ans), Michaël Abiteboul (Fabu), Nicolas Bonnefoy (Le Copain De Théodore), Bruno Blairet (Le Prêtre), Johan Libéreau (Victor Jeune Homme), Herve Briaux (Dr Poupart), Pierre Louis-Calixte (Me Bourais), Swann Arlaud (Paul Jeune Homme), Elsa Tauveron (Léonie), Célia Bernard (La Petite Voisine), Sandrine Bonnaire (Félicité), Sandrine Bonnaire (Félicité).
Synopsis :
Félicité est une femme qui consacre sa vie aux autres. Sans abnégation mais avec l'amour immense dont elle est dotée et qu'elle offre à ceux qui ont la chance de la croiser et de la comprendre. Elle aimera successivement et avec une même intensité Théodore qui la trahira, Clémence dont l'affection lui est interdite, Victor qui va disparaître, Dieu qu'elle découvre tardivement et pour finir Loulou, un perroquet. Au centre de cet univers se tient Mathilde, sa maîtresse, la clé de voûte d'une vie qu'elle se construit avec détermination.
Critiques :
Une brillante adaptation du conte flaubertien
Ecrivain d’impression précurseur du naturalisme zolien, Flaubert a sans doute acquis l’intemporalité de son œuvre de par l’universalité qui s’en dégage. En tant que tel, Un cœur simple, sans doute le plus célèbre de ses contes, ne déroge pas à la règle et offre quelque chose de véritablement saisissant tant l’existence qu’il décrit puise dans les fondements intrasèques de la nature humaine. Il faut, à cet égard, souligner l’aspect risqué de la réalisatrice Marion Laine qui a précisément choisi l’adaptation de ce conte à l’écran comme point de départ de son premier long-métrage. Un pari réussi ! C’est, en effet, avec à la fois beaucoup de fidélité au texte et au style flaubertien mais aussi de réelles trouvailles, notamment visuelles, que la caméra de Marion Laine donne à voir les différentes étapes de la vie de Félicité. Ce « cœur simple », pour reprendre le titre du conte et du film, ne fonctionne que par passions. Capable de la plus grande abnégation, Félicité porte tours à tours son affection sans bornes sur un amant, une petite fille dont elle s’occupe, son neveu, puis un perroquet, compagnon de ses derniers jours. Abandonnée, trompée ou arrachée à ces êtres chers, la jeune femme du début se muera à la fin en écorchée par la vie, portant même les stigmates de ses aventures malheureuses. Sur cet aspect, il faudra, bien sûr, louer le choix scénaristique consistant à faire apparaître physiquement ces blessures de la vie (une jambe boiteuse, une cicatrice sur le visage, une surdité) sur le corps ou le visage de Sandrine Bonnaire. « Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même » disait Flaubert. Touché. (Nathalie Couturier, Comme au Cinéma.com)
Notes :
Entretien avec Marion Laine
Un Cœur Simple est votre premier long-métrage. Quel est votre parcours ?
Après le bac, je suis montée à Paris sous prétexte d’apprendre l’Arabe à la Sorbonne ; études que j’ai vite abandonnées pour m’inscrire à des cours de théâtre. Cela partait d’une envie de m’exprimer, une intuition. Je n’allais pourtant que très peu au cinéma, jamais au théâtre et la télé ne m’intéressait pas. J’étais d’une naïveté et d’une ignorance absolue en débarquant de ma province. J’ai appris et je me suis passionnée. C’est devenu ma vie. Il m’a fallu un certain temps pour comprendre que ce que je voulais vraiment, ce n’était pas jouer mais réaliser. J’ai tourné plusieurs courts-métrages, puis j’ai développé quatre scénarios de longs-métrages.
Et c’est alors que vous avez rencontré Béatrice Caufman...
Oui, ça a été une rencontre déterminante. Elle a porté ce projet pendant deux ans et s’est battue avec acharnement pour trouver le financement. Nous avons été dans un premier temps soutenus par Emergence et en particulier Elisabeth Depardieu, qui fut la première à croire au projet. Après la mort brutale de Béatrice - quatre mois à peine avant le début du tournage - son mari Jean-Pierre Guérin m’a présenté Jean-michel Rey et Philippe Liégeois (Rezo Productions), qui ont accepté de reprendre le projet malgré sa fragilité financière. C’est grâce à eux que le film existe aujourd’hui. Avec Philippe, nous avons retravaillé le scénario afin de trouver des solutions « économiques ». Les contraintes imposées n’étaient pas frustrantes car c’était déjà un miracle que le film se fasse compte tenu de la situation. Le budget de 3 millions d’euros pour un film d’époque a été un défi pour les producteurs. Sans parler des 8 semaines de pluie sur les 9 semaines de tournage qui nous ont obligés à tourner bon nombre d’extérieurs en intérieur et à revoir au jour le jour le plan de travail.
Vous dites avoir découvert ce conte de Flaubert à l’adolescence, en quoi avait-il alors touché votre sensibilité, et pourquoi avez-vous souhaité en faire une adaptation aujourd’hui ?
J’ai passé mon enfance dans une maison sans livres et à la bibliothèque communale, il n’y avait que la Collection Rose pour assouvir ma soif de lecture (la section adulte était interdite aux moins de 16 ans !). En classe de 3ème, Madame Bovary était au programme et ce fut mon premier coup de foudre ! Je suis passée sans transition de Fantômette à Flaubert. Un Coeur Simple faisait écho à mes origines familiales. Ma mère et mes tantes gardaient les vaches, enfants. J’appartiens à une famille de paysans et cette histoire me permettait de parler d’eux, de leur rapport au corps, à la mort, à l’animal, à la nature qui n’a pas vraiment changé depuis. Malgré le côté film d’époque, cette histoire est intemporelle et je pense que chacun de nous peut en partie s’y retrouver.
Flaubert disait à propos de ce conte : « Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même. » Et vous ?
Sans s’interdire la force des émotions contenues dans ce conte, nous ne souhaitions pas en faire une histoire triste et plombée. Ce que j’adore chez Flaubert, c’est qu’il est aussi très drôle, très cynique. Je n’avais pas envie que l’on s’apitoie sur le sort de Félicité. Je veux qu’on admire cette femme, parce qu’elle est « extraordinaire ». Elle n’a peur de rien. C’est une femme en marche, une femme qui avance malgré les épreuves. J’aime sa foi en l’existence et son besoin d’aimer.
Vous réussissez à être fidèle à Flaubert tout en imprimant votre propre écriture. Quels étaient vos partis pris en travaillant l’adaptation ?
Mon adaptation s’efforce de s’affranchir du conte. Si j’avais voulu lui être fidèle, j’aurais choisi une ligne directrice austère, une comédienne au visage ingrat ; Liébard et Frédéric n’existeraient pas et Madame Aubain resterait en arrière-plan. Or, je voulais du lyrisme, de la passion, et en ce sens je me sens portée par l’œuvre générale de Flaubert qui m’inspire et à laquelle je fais référence. Sa correspondance aussi m’a été d’une aide précieuse. J’adore sa violence, sa sensualité, sa trivialité. L’adaptation est également imprégnée de mes souvenirs, mes obsessions personnelles...
Comme cette scène magnifique où Sandrine Bonnaire essaye de saisir l’eau vive d’un ruisseau entre ses mains ?
Cette scène pourrait répondre à votre question sur mon désir d’adapter ce conte. J’ai traversé il y a quelques années une épreuve difficile et le fait de me ressourcer à la campagne à ce moment-là m’a été salutaire.
Le conte englobe toute une vie. Vous avez détourné les contraintes du passage du temps en jouant sur des ellipses, en recourant à des artifices de maquillages quasi invisibles.
L’un des défis consistait effectivement à réduire à vingt années les cinquante du conte. Il fallait donc toujours aller à l’essentiel. On dit que Flaubert est le précurseur du roman moderne et que dans son écriture, il a inventé, avant la naissance du cinématographe, le langage cinématographique. Je me suis donc laissée porter par ses propositions, son style incisif : « Elle avait eu, comme une autre, son histoire d’amour». Par cette formule elliptique, il banalise l’histoire d’amour. Je voulais arriver à synthétiser pareillement, à faire comprendre en quelques images la cristallisation de Félicité sur Théodore. Le travail de la monteuse, Juliette Welfling, a permis de redonner sens et rythme aux ellipses. Pour le passage du temps sur les personnages, j’ai travaillé avec une maquilleuse - Fabienne Robineau - qui rajeunit avec subtilité et vieillit les visages sans utiliser de prothèses. Le principal repère temporel se fait avec les enfants et le passage des saisons. L’idée était de jouer sur une fatigue générale, mise en valeur par le jeu des acteurs et la lumière de Guillaume Schiffman avec qui j’ai beaucoup parlé, lui expliquant mes craintes et mes envies. J’avais très peur du côté « tableau vivant », piège pour un film d’époque. Je me suis certes inspirée de certains peintres, mais mon but était de retrouver ce qu’ils avaient vu et non pas ce qu’ils avaient peint, tout en me servant de la façon dont ils l’avaient peint. Par exemple, lorsque Félicité et Clémence croisent cette enfant portant des mouettes mortes sur son bâton, je fais un clin d’œil à La Jeune Fille aux Mouettes de Courbet. Je ne voulais surtout pas imiter le tableau mais recréer le mystère, m’en nourrir.
A propos de la bonté de Félicité, Flaubert parle de « dévouement bestial ».
Oui, je voulais montrer le côté animal d’une femme de peu qui se construit uniquement à travers le dévouement. Félicité irradie la tendresse, la foi inébranlable, l’amour qui manque au monde. Cette soi-disant « idiote » s’avèrera une « voyante » en nous donnant une leçon d’humanité. Félicité est une femme d’instinct. Quand elle aime, elle se donne entièrement. Quand elle souffre, elle crache sa douleur et passe à autre chose. C’est sa façon à elle de survivre, de laisser le chagrin derrière elle, d’aller au devant du bonheur, même si ce dernier est fragile. C’est l’anti-Madame Bovary par excellence. Ne jamais s’apitoyer, ne jamais céder à l’esprit de vengeance, au ressentiment, éviter l’aigreur. C’est, au sens fort, une héroïne, mais son héroïsme gît dans sa simplicité. Félicité ne connaît que des bonheurs contrariés mais ne désespère jamais.
Elle caresse à peine le corps de cet homme qu’elle atteint l’orgasme. Son désir la déborde...
Ce n’était pas dans le conte mais je trouve ça cohérent dans l’univers de Flaubert. Je voulais que Félicité ait un orgasme mais il était important qu’elle reste vierge. Je pensais à Thérèse d’Avila sculptée par Le Bernin, à cet orgasme extatique. Félicité sait comment font les animaux mais elle est soudain dépassée par le plaisir qui la submerge au moment de toucher ce torse d’homme. C’est une femme exaltée sans en avoir conscience ; elle me fait penser aux hystériques de Charcot. Quand l’homme qu’elle connaît à peine la laisse tomber. Flaubert écrit : « Ce fut un chagrin désordonné ». Elle hurle comme une démente en courant dans les bois. Dans le film, elle fuit pour ne jamais revenir. Cinématographiquement, j’avais besoin d’ellipses brutales. Ce qui effraie bien sûr le pauvre Théodore, qui fait apparemment souvent l’amour mais n’a visiblement jamais vu de femme jouir. À propos d’exaltation, j’adore l’idée qu’elle finisse par tomber amoureuse d’un perroquet. Elle voit la beauté dans toutes choses et elle vouera à Loulou un amour aussi grand que celui qu’elle vouait à Théodore, Clémence, Victor ou Madame Aubain. C’est tellement inattendu, une femme amoureuse d’un perroquet.
À ce propos, le casting de Loulou ?
J’avais choisi un Eclectus, car son plumage est magnifique, il varie du rouge au grenat, du violet au bleu marine ; c’était une trahison car celui de Flaubert est jaune et vert. Ce que j’ignorais, c’est que c’est un perroquet qui s’apprivoise difficilement et il en existe très peu en France ; mais nous avons eu beaucoup de chance et sur le plateau, les scènes avec Loulou et Sandrine ont été des moments de grâce.
À propos de la foi de Félicité ?
Elle a une foi dont elle n’a pas conscience, n’ayant reçu aucune éducation (religieuse ou autre). Elle est plus panthéiste que chrétienne. Mes parents sont athées et je le suis aussi, mais quand j’étais adolescente, j’aimais aller à l’église avec ma grand-mère, j’étais fascinée par la sensualité du Christ dévêtu, je trouvais ça très érotique. J’avais d’ailleurs écrit une scène - quand Félicité entre pour la première fois dans une église – où elle s’approche d’une Piéta, fascinée. Elle caresse le ventre du Christ qui repose dans les bras de la Vierge avec les mêmes gestes qu’elle avait eus pour Théodore. J’aimais l’idée que dans un lieu saint, elle pense à la sexualité, qu’elle n’ait pas de tabou. Pour elle, tout se rejoint et tout finit par se mélanger...
Vous faites de Madame Aubain un personnage plus complexe que dans le conte. Une femme austère capable aussi de s’encanailler le soir autour d’un verre, d’apprécier les plaisanteries grivoises, ou de s’offrir une aventure avec un professeur de musique.
Pour Madame Aubain, je me suis inspirée d’Emma Bovary et aussi de Madame Arnoux dans L’Éducation Sentimentale. Il fallait que le personnage évolue, qu’elle ne soit pas qu’amertume. Quand elle supplie Félicité de rester, elle montre enfin une faille et je voulais qu’on finisse par la comprendre. Ce qui me plaisait aussi chez Emma Bovary et que l’on retrouve donc chez Madame Aubain, c’est cette impossibilité à être mère. Pour la première fois, quelqu’un disait que l’instinct maternel n’était pas inné. Madame Bovary est prête à abandonner sa fille pour un amant de passage, ce qui ne sera pas le cas de Madame Aubain, qui rejoint alors Madame Arnoux dans son esprit de sacrifice.
Comment voyez-vous l’évolution du rapport entre Madame Aubain et Félicité ?
Mathilde éprouve un sentiment ambigu pour Félicité, et ce dès leur première rencontre. Ce trouble se transformera vite en jalousie castratrice, puis en attirance physique. Sur la plage, elle gifle sa fille enlacée dans les bras de Félicité parce qu’elle n’ose pas, elle-même, prendre Félicité ou sa propre fille dans ses bras. Cette gifle, c’est le seul contact physique qu’elle se permet. Je ne voulais pas montrer la jouissance de Madame Aubain avec Frédéric. On devine en revanche qu’elle a une certaine expérience... Alors que pour Félicité, c’est à chaque fois comme une première fois, on ressent son plaisir, à l'église, avec Théodore, avec Loulou, et même avec la petite Clémence. Félicité n’a pas de tabou, pas de barrières, il n’y a aucune ambiguïté chez elle.
Ce rapport au corps est très naturel pour Félicité, même avec la mort.
Ce rapport physique à la mort, aujourd’hui, nous en avons peur. Adolescente, j’ai veillé le corps de mon grand-père toute une nuit, et c’était normal. Félicité sait d’instinct qu’il est vital de voir la mort pour l’apprivoiser. Elle fait avec Clémence le deuil qu’elle n’a pas pu faire avec son neveu. Elle n’a pas peur de la mort, c’est peut-être pour cela qu’elle est si vivante. Veiller le corps de Clémence est un cadeau (Mathilde ne s’en sent pas digne) et non un fardeau.
Dans ses derniers instants, vous faites dire à Félicité : « J’ai aimé, comme j’ai aimé... ».
Oui, ces paroles ne sont pas dans le conte. Félicité devait partir apaisée comme si elle avait achevé son « œuvre ». Et son œuvre, c’était d‘aimer. Ses derniers mots sont « que l’air est bon... » qui montrent bien qu’elle aime pleinement chaque instant de sa vie.
L’image de l’envol de Loulou à la fin vient en écho à la scène où Félicité qui entre pour la première fois dans une église écoute le curé lui parler de Saint François d’Assises. En fait, Loulou va accompagner l’âme de Félicité, comme les oiseaux de Saint François portent les prières jusqu’au Ciel !
À l’origine, j’avais repris la parabole de la graine (ce qui était dit en substance dans le conte) mais Bruno Blairet - qui joue le curé - a eu l’idée de Saint François et j’ai trouvé que sa proposition était bien meilleure. Cela fermait effectivement la boucle. Pour la mort de Félicité, je ne voulais pas d’une longue agonie comme c’est le cas dans le conte. Je me suis donc concentrée sur le tout dernier paragraphe. Je voulais que Félicité s’en aille apaisée comme si elle avait achevé son « œuvre ». Et quand Flaubert écrit : « Une vapeur d’azur monta dans la chambre de Félicité. Elle avança les narines, en la humant avec une sensualité mystique... ». Dans le film, la pluie s’arrête, la fenêtre s’ouvre, un vent léger se lève. Comme souvent, j’ai pu ici m’appuyer sur le travail remarquable de Francis Wargnier au montage son et introduire ainsi le vol du « perroquet gigantesque » de Flaubert.
Vous offrez à Sandrine Bonnaire, qui vous le rend bien, un de ses plus beaux rôles. Sûrement le plus intense.
J’ai écrit ce scénario en pensant à elle (et donc avant qu’elle ait accepté), j’avais besoin de l’imaginer dans chaque situation pour avancer dans l’écriture et je lui suis très reconnaissante de la façon dont elle s’est investie dans ce rôle. D’autant que le tournage a été particulièrement éprouvant. Le plan de travail l’obligeait parfois à enchaîner dans la même journée des scènes à des âges différents. Cela exigeait un travail constant sur le corps, des heures de maquillage, de coiffure, des changements de costumes... et précisons qu’elle était presque de tous les plans ! Je me souviens qu’elle me disait pour m’encourager : « tu commences par ce qu’il y a de plus difficile, tu verras, le prochain te paraîtra facile ! » Elle était toujours très disponible. Elle a épaté tout le monde par son professionnalisme, son intensité de jeu mais aussi sa générosité, sa simplicité et sa force : ce n’est pas une « championne » de tennis pour rien. Son revers lui a bien servi pour battre le linge !
Comment est venue l’idée de confier à Marina Foïs, dont on connaît le potentiel comique, le rôle austère de Mathilde Aubain ?
Antoinette Boulat, qui a fait le casting, m’a soufflé cette excellente idée. Je ne la connaissais pas et j’ai eu un coup de foudre immédiat. On s’est vues régulièrement pendant un an pour explorer son personnage. Et plus je la connaissais, plus j’avais envie d’étoffer son rôle (j’avais même eu l’idée de faire un deuxième volet qui aurait été le point de vue de Mathilde). Marina est très consciencieuse, elle a travaillé en amont en prenant des notes, on a répété. Elle était très heureuse de travailler avec Sandrine qu’elle admirait comme comédienne et elles se sont merveilleusement entendues. Je les trouve magnifiques dans le film et elles l’étaient le plus souvent dès la première prise. Pour conclure, je voudrais préciser – comme chacun le sait – qu’un film est une aventure collective, et c’est particulièrement vrai pour celui-ci. Sans l’équipe motivée et bienveillante qui m’a soutenue, je ne serais jamais parvenue à mes fins. 
Entretien avec Sandrine Bonnaire
Parlez-nous de votre rencontre avec Marion Laine. Comment vous a-t-elle parlé de son projet ?
Je connaissais Marion, elle m’avait présenté un projet que j’avais refusé. Quelque temps après, elle m’a proposé Un Coeur Simple. Je n’avais jamais lu ce conte de Flaubert, et la première version du scénario a retenu mon attention. J’étais touchée par cette histoire, et intéressée par l’évolution de la relation entre ces deux femmes, Félicité et Madame Aubain. Mais cette mouture avait ses petites faiblesses. Je trouvais le traitement de la première partie beaucoup trop long, on prenait Félicité à l’âge de 18 ans, et je me voyais mal incarner une jeune fille de cet âge. Nous avons eu quelques séances de réécriture, puis Marion a peaufiné une version définitive qui m’a beaucoup plue. Pourtant j’avais encore quelques réticences, Félicité me paraissait loin de moi. Je déteste la campagne, je ne me voyais pas tuer le cochon ou plumer une poule, et j’ai peur des vaches ! En même temps, j’étais attirée par la force qui habite cette femme, sa volonté à aimer la vie, malgré tout. Je me reconnaissais dans son optimisme sans failles. Continuer à se battre et à avancer, quoi qu’il arrive, ce pourrait être ma devise.
Malgré ses malheurs, Félicité déborde d’amour et de bonté. Comment souhaitiez-vous approcher ce personnage ?
Félicité a besoin d’aimer et pas forcément d’être aimée, c’est sa force. Elle est d’une générosité sans borne. Je la vois plus candide que naïve. Avec son côté fleur bleue, romantique, elle s’extasie facilement, mais il ne fallait surtout pas en faire une simplette. C’est difficile de jouer la candeur de façon juste, sans excès et sans mépris. J’avais peur aussi d’être ridicule ou artificielle quand Félicité est proche de l’extase. Ses grands moments d’innocence me touchent énormément, mais il me semblait qu’à 40 ans, j’avais presque trop vécu pour être crédible, car je n’ai jamais été une grande naïve ! Mais finalement, comme tout le monde, j’ai été jeune, alors cette innocence a fait partie de moi, et j’ai pu m’appuyer dessus pour la transposer dans mon personnage.
Il y a aussi une grande sensualité dans ce personnage, dans son rapport avec les autres, avec les éléments, la nature, la terre, les animaux... Son vocabulaire, c’est son corps !
Tout à fait, la scène dans la grange avec Théodore est magnifique. Même si Félicité ne se donne pas à cet homme, elle lui offre son orgasme. Elle lui fait cadeau de son plaisir, je trouve ça très beau. Elle reste vierge et évidemment Théodore ne comprend pas, habituellement ça ne se passe pas dans cet ordre-là... Félicité parle avec son corps. Ce rapport au corps m’a d’autant plus troublée que je venais de terminer la réalisation du film sur ma soeur, Elle S’appelle Sabine. Je retrouvais chez Félicité des points communs avec Sabine, cette forme d’innocence justement, de vraie naïveté, sa façon de s’exprimer avec son corps parce qu’elle n’a pas les mots. Et ce geste de se mordre la main, sa seule manière de dire sa colère, sa rage de ne pas pouvoir répliquer, de devoir se taire et d’accepter ce que les autres ont décidé pour elle... Ce qui me touche aussi beaucoup, c’est que Félicité n’est pas inquiète de ce que les autres pensent d’elle, même quand Madame Aubain la juge et la rejette constamment. Elle est nature, elle ne compose pas. Félicité donne sans rien attendre en retour. Quand elle dit à la fin : « J’ai aimé », elle fait référence à toute sa vie, à tous ses actes d’amour envers les autres. Dans ses derniers instants, elle ne juge pas, elle n’est même pas dans le pardon puisqu'elle ne condamne personne. Pas même le facteur qu’elle a accusé de la mort de Loulou.
Comment définiriez-vous son côté mystique ?
Ce n’est pas une vieille fille triste et frustrée, une bigote qui se réfugie dans la foi. Sa foi est comme une foi d’enfant. D’ailleurs son rapport à la religion commence par un jeu, lorsque le prêtre lui mime l’envol d’un oiseau vers le ciel. Elle retrouve dans la religion le devoir d’aimer la vie et son prochain, ce qui est déjà ancré en elle. L’amour fait partie de sa nature. Elle fait cadeau de son amour à Dieu comme elle le fait avec tout le monde.
A un perroquet par exemple!
Cette femme, restée vierge, reporte sur un perroquet toute la tendresse et l’amour qu’elle éprouvait pour Théodore. Son Théodore retrouvé aussi dans la personne de Victor qui devient un homme et porte une moustache comme celui qu’elle a tant aimé. Et quand elle perd ce perroquet, qui représente finalement tout l’amour de sa vie, elle en meurt. Et ce perroquet vient la chercher pour monter avec elle au Ciel... On est dans le symbolique, comme dans de nombreuses autres scènes du film que je trouve très belles : la scène de l’église, la scène de la communion, celle du lavoir, celle du cimetière, la scène de la plage aussi...
Parlez-nous de son rapport avec sa maîtresse Madame Aubain.
Ces deux femmes mettront du temps avant de se reconnaître vraiment et tomber dans une grande embrassade. J’adore cette scène, tout était beau ce jour-là, le lieu, le décor... Chacune attendait ce geste de la part de l’autre. Là, elles sont vraiment sur le même plan, il n’y a plus de hiérarchie, ni de codes sociaux, plus de maîtresse et de servante. Elles sont unies dans un même chagrin, un même besoin de tendresse qu’elles se donnent mutuellement, comme deux grands blessés pansent leurs plaies. Félicité a gagné l’amour de Madame Aubain grâce à sa patience. Cette femme l’a toujours brimée, et malgré tout Félicité a vu quelque chose de positif en elle. Elle a compris que cette femme avait une fêlure. Elle pouvait lui apporter une forme de réconfort, mais elle n’en avait pas le droit, tous ses élans étaient immédiatement refusés par Mathilde Aubain. Félicité et Mathilde finiront par se découvrir et même se ressembler. Cette image de ces deux femmes avec leurs robes noires, cheminant l’une contre l’autre, enveloppées dans un même châle, je la trouve superbe ! Toutes deux ont connu des destins tout aussi tragiques. Madame Aubain qui a vraiment raté une bonne partie de sa vie mettra fin à ses jours, alors que Félicité, qui a encaissé pas mal de coups durs, partira en paix.
Comment s’est passée votre rencontre avec Marina Foïs ?
Quand Marion Laine a évoqué le nom de Marina Foïs pour le rôle de Madame Aubain, j’avoue avoir été assez sceptique, je la pensais un peu trop jeune pour le personnage, aussi je craignais que le rapport d’autorité entre maîtresse et servante manque de crédibilité. En plus, ce que je connaissais du travail de Marina était tellement éloigné de cet univers ! Marina a très vite balayé mes doutes. Marina a dans la vie, dans sa manière jouer et de dire les textes, quelque chose de décalé, de totalement atypique qui convient très bien au personnage. Il y a en Marina à la fois quelque chose de bon et de dur. On est devenues complices très vite, en s’entraidant et en faisant des propositions dans les moments de doute de Marion. Il n’y avait aucun rapport de force entre nous. Au contraire, il pouvait nous arriver de nous isoler pour chercher ensemble, puis on allait montrer ce qu’on avait répété à Marion. C’est une belle rencontre avec Marina.
Ce rôle offre une gamme de variations intenses. Félicité est un de vos plus beaux rôles, sans doute celui où vous donnez au spectateur des émotions les plus poignantes.
C’est vrai que ça fait longtemps que je n’ai pas eu un rôle comme ça. Je me souviens d’avoir dit à Marion, ce film me rappelle « Sans Toit ni Loi ». Je me suis revue 20 ans en arrière, lancée dans un personnage où il faut totalement faire abstraction de son image, et ne pas hésiter à s’abîmer. Mais cette femme est belle dans sa brisure.
Oui, malgré la fatigue de son corps et sa folie, c’est la beauté intérieure de Félicité et l’énergie de sa bonté qui sont présentes à l’écran.
C’est drôle, pendant le tournage, on avait l’impression que chaque technicien était imprégné du dévouement de Félicité ! J’ai rarement vu une équipe aussi investie, et je tiens à tous les saluer. J’affectionne particulièrement ce film parce qu’il m’a offert de découvrir à nouveau ce métier dans sa forme la plus artisanale et la plus passionnée. Ce film a été riche en bonnes surprises... Et il y a eu aussi des difficultés, des contraintes. Sur ce tournage, on était tous animés du même courage que Félicité !
Entretien avec Marina Foïs
Connaissiez-vous le conte de Flaubert dont s’inspire ce film ?
Non. Je l’ai lu après avoir lu le scénario. Je ne connaissais que Madame Bovary et L’Éducation Sentimentale, que j’ai relus avant de tourner. J’ai lu aussi Bouvard et Pécuchet, et feuilleté la correspondance. J’ai découvert chez Flaubert ce qui m’avait échappé à l’adolescence, beaucoup d’ humour et une certaine trivialité. Ce qui m’a autorisé une forme de liberté dans le jeu, dans le sens où, si lui s’accorde dans son écriture de la légèreté, de la drôlerie, quelques impolitesses et des choses pas jolies, alors j’y ai droit pour l’interpréter. Ca m’a sans doute servi pour me défaire du poids « film d’époque avec beaux costumes »... J’ai aimé dans l’adaptation de Marion Laine tout ce qu’elle y a mis de personnel, faisant sienne cette histoire. Au fond, son scénario est une « interprétation » du Coeur simple, ce qui lui évite d’être dans l’illustration. Son écriture des deux personnages et de leur parcours témoigne de cette liberté. En développant l’histoire, elle enrichit Félicité et Madame Aubain de contradictions et de nuances, elle les rend « psychologiquement » plus complexes (je sais que le mot psychologie est considéré comme porno dans le monde du cinéma et du théâtre, mais je n’en vois pas d’autres pour évoquer de quoi sont faites ces femmes...). J’ai été notamment sensible à tous les contrepoints qu’elle offre à Madame Aubain. Àu-dela de la froideur décrite par Flaubert, on découvre une femme murée dans ses contradictions et ses empêchements. Le carcan social n’est rien à côté de son propre carcan. On perçoit mieux comment cette femme s’est enfermée en elle-même, comment elle est empêchée par sa propre histoire.
C’est ce qui donne une universalité à ce personnage, une modernité...
Oui, le carcan social n’est plus le même à présent. En revanche, les classes sociales existent toujours, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire. Aujourd’hui, même si on tutoie les nounous de nos enfants, elles restent des employés qui n’ont pas les mêmes vies, les mêmes activités, le même pouvoir d’achat, la même part travail-loisir que nous. La hiérarchie sociale est réelle. Evidemment, à l’époque, la relation entre ces deux femmes était plus compliquée, aussi ce qui se passe entre elles est d’autant plus beau. Le peu de différence d’âge apporte encore plus de violence à la non-rencontre entre ces deux femmes. Si Madame Aubain avait 60 ans, Félicité 30, la distance existe toute seule. Là, il est question de deux femmes du même âge, avec deux histoires qui se ressemblent et deux douleurs qui pourraient se comprendre; deux femmes que tout rapproche, mais que tout sépare, à commencer par la naissance.
Pour Flaubert, Madame Aubain n'était pas « une personne agréable... ». Il écrit, « Peu d'amis la regrettèrent, ses façons étant d'une hauteur qui éloignait ». Il semble que vous ayez souhaité lui donner plus d’humanité. Vous en faites une femme davantage dans la douleur et le déchirement que dans le mépris ?
Oui, c’était le point de vue de Marion Laine, et je trouvais également plus intéressant de voir le personnage sous cet angle-là. Même si je me suis autorisé le mépris avec grand plaisir... Dans le conte, la rigidité de Madame Aubain est donnée d’emblée. Elle est décrite comme une femme qui n’aime pas ses enfants et la tendresse, le plaisir, le jeu ne font pas partie de son vocabulaire. Je me suis dit, tout cela ne serait-il pas plus intéressant si ce n’était pas donné au départ ? Si elle devenait incapable de vivre tout cela. Si on la voyait dans un conflit à l’intérieur d’elle-même. J’ai donc imaginé une femme qui a brûlé de passion pour son mari, avec qui elle a fait des enfants par amour, et brusquement, sa disparition prématurée la prive de l’être qui lui était le plus cher au monde. Sa douleur de la perte est tellement forte à supporter qu’elle s’insensibilise, elle se coupe de ses sensations et ses sentiments. Cette perte la prive de sa part vivante. Elle vit la perte de son mari comme un abandon.
C’est exactement ce que l’on perçoit dans votre jeu. Vous n’en faites pas une femme figée, vous laissez deviner des failles, des douleurs intimes. Ce n’est pas une femme sèche, mais une femme qui s’est asséchée.
Tant mieux si c’est ressenti comme ça. La scène où Madame Aubain gifle sa fille à la plage exprime son malaise. Si son geste était provoqué simplement par le fait que Félicité ne respecte pas les conventions sociales, parce que cela ne se fait pas, la violence serait forcément moindre. Je crois plutôt qu’elle aimerait avoir accès à cette liberté d’émotions, et pouvoir se comporter avec sa fille comme se l’autorise naturellement Félicité, c’est pour cela que cette gifle est très violente. Quand elle voit l’amour et la tendresse qui existent entre Félicité et sa fille, elle voit ce dont elle est privée, et ce dont elle prive les autres. Elle ne peut pas ignorer qu’elle est responsable de cette vie de sécheresse. Ces comportements extrêmes participent de sa lutte intérieure. La violence qu’elle doit ressentir à l’intérieur est à la hauteur de celles qu’elle leur inflige. Elle est tellement impuissante et incapable avec sa fille que la mettre au couvent devient une solution. Au lieu de résoudre le problème, on enlève le problème. On sent aussi cette injustice terrible, sa préférence pour son fils. Sans doute qu’elle se reproche d’avoir mis au monde une fille, car elle sait ce qui attend la petite Clémence, la contrainte et la souffrance d’une femme dans la société auxquelles elle est obligée de la préparer. Elle-même souffre d’être une femme. Vous parliez de modernité, Mathilde Aubain est une femme en avance sur son temps, paradoxalement pas une femme « coincée ». On le voit dans la séquence où, légèrement ivre, elle joue aux cartes avec des hommes.
Dans son conflit intérieur, il y a aussi son admiration pour Félicité.
Leur relation est faite d’attraction-répulsion. Par moments, Mathilde voudrait être Félicité et en même temps, Félicité et son trop plein d’amour est tout ce qu’elle déteste. Ces deux contraires s’attirent. Ces deux personnes abandonnées se reconnaissent, mais c’est une réaction chimique, organique, rien de raisonné ou de conscient me semble-t-il. Je me suis imaginée ce que devait être la maison de Madame Aubain à la mort du mari, une demeure triste, vide, sans vie, on ne sait pas qui prépare les repas, le précepteur vient de temps en temps mais il est mis à distance. Et tout d’un coup, avec l’arrivée de Félicité, il y a de la vie, des odeurs dans la cuisine, les rires de la petite Clémence, une respiration nouvelle. Félicité comble un vide affectif chez Madame Aubain. Aussi parce que Félicité la regarde avec respect, chaleur, douceur, toutes ces choses si rares dans sa vie. Oui, je pense que Félicité, sans qu’elle ne s’en rende vraiment compte, lui fait du bien, tout simplement. Et Madame Aubain ne va pas assez mal pour se priver de ça...
Elle va s’autoriser une « aventure » avec son professeur de musique Enfin un peu de vie et de chair !
Ca fait quand même dix ans qu’elle n’a pas été touchée par un homme ... Là encore, je pense que c’est Félicité et son appétit de la vie qui l’encourage à goûter au plaisir.
Pourtant, elle se détache de son amant quand il devient trop pressant.
Elle autorise son corps à s’exprimer, et tant mieux pour elle, puis elle retire ses billes parce qu’elle sait très bien qu’elle n’est pas socialement assez insolente pour installer ce mec chez elle. Elle est lucide sur la vérité de cette relation, elle est plus âgée que lui. Et puis, le laisser-aller de Madame Aubain a forcément ses limites. C’est une femme qui veut tout contrôler, toujours. Elle mets des distances partout, tout le temps. Elle se protège aussi des abandons. C’est une attitude dangereuse au fond. Frédéric finira par partir et elle n’en souffrira pas moins. Et Clémence, à sa manière part aussi... en tout cas, elle ne revient pas vers sa mère quand elle-même, se sent prête à « refaire » la relation. Clémence a comblé ses manques auprès de Félicité, qui, de fait, a pris la place de Madame Aubain. C’est d’une violence extrême, pour tout le monde.
Et pourtant, Madame Aubain offre sa fille à Félicité.
Madame Aubain a raté sa relation avec sa fille. Elle le sait et le dit en parlant de Félicité : « Elle seule mérite de veiller le corps de Clémence ». Plus tard, en l’amenant au cimetière, Félicité permet à cette mère de mettre une fin à sa relation avec sa fille. Félicité la met face à sa responsabilité, face à son échec terrible, face à sa douleur. Elle l’oblige à avoir enfin ces émotions qu’elle s’interdit - et c’est ainsi, qu’à mon sens, elle la sauve. C’est un geste très généreux de Félicité qui devine que Madame Aubain crève de ne pas se laisser aller à la douleur de la perte de sa fille.
Quelle est votre interprétation sur la fin tragique de cette femme ?
Je n’ai pas de réponse, une autopsie permettrait peut-être de conclure à une overdose de Laudanum, mais peu importe. Au fond, je crois qu’on est tout sauf dans un conte. Ces deux femmes se sont rapprochées, se sont aidées, se sont fait du bien, mais à un moment, elles se retrouvent seules face à elles-mêmes. Au fond, personne n’est jamais la solution pour personne. Et puis on dit qu’il n’est jamais trop tard... en est-on sûr ?
Quelles étaient les difficultés de ce personnage, et comment avez-vous souhaité l’approcher ?
Je n’étais pas très sûre d’avoir l’autorité exigée par ce personnage, ni comme personne, ni comme actrice face à Sandrine Bonnaire. Au début de la préparation, j’ai eu tendance à m’enfermer dans une apparence d’autorité, une tension. Je cherchais au mauvais endroit, j’avais la trouille tout simplement. Antoinette Boulat, qui a fait le casting et qui a suggéré à Marion de me rencontrer, m’a conseillé de bosser avec un coach, Armelle Sbraire, qui travaille avec pleins d’acteurs. Elle les aide en gros, à se défaire de leurs peurs. Pendant un mois, on s’est vues tous les matins, simplement pour discuter, lire le scénario, parler des scènes. J’aime bien aller dans tous les sens, explorer toutes sortes d’idées et surtout me détendre et oublier. C’est-à-dire faire le rôle suffisamment mien. Et alors, je ne suis plus dans l’énergie de me prouver à moi-même que je suis capable de le faire. Et puis, c’est passionnant de confronter son imagination sur le scénario au point de vue de quelqu’un d’autre, mon imagination étant forcément limitée par ce que je suis. Un regard autre ouvre de nouvelles perspectives. Par exemple, nos échanges nous ont amenées à envisager Madame Aubain non pas comme une femme qui n’a jamais été capable d’aimer, mais qui n’arrive plus à aimer, un personnage dans le mouvement d’une lutte intérieure. Cela m’a permis une autre liberté dans le jeu. Enfin, techniquement et comme je suis un peu claustro, je me suis habituée à porter un corset dans la vie pendant quinze jours pour ne plus le sentir sur le plateau !
Comment avez-vous travaillé avec Sandrine Bonnaire ?
Très simplement et dans le plaisir. J’ai vu A Nos Amours en salle à sa sortie, vous vous doutez bien que je n’étais pas indifférente à l’idée de travailler avec elle. C’est une incroyable fille, je me suis sentie « accueillie » par elle, elle m’a fait de la place tout de suite. Et j’ai le sentiment qu’on a vraiment « joué » ensemble, autant à ricaner comme des cruches à la cantine, qu’à se tordre le cervelet pour comprendre comme faire une scène difficile, ou comment raconter à deux un moment de la vie de ces deux femmes. Sa présence et son regard sur moi très chaleureux m’ont tenue pendant tout le tournage. Je dois aussi parler de sa force. Elle m’a prise dans ses bras pour la scène du cimetière, j’ai eu la même sensation qu’écrasée dans les bras de Depardieu, une même puissance, et pourtant ce n’est pas le même gabarit, il me semble...
Quel souvenir gardez-vous de ce tournage ?
Je dirais intense, avec des moments qui me resteront où tout le monde cherche en même temps. Disons que si l’expression « formidable travaille d’équipe » n’était pas galvaudée, ça vaudrait le coup de l’utiliser. (Comme au Cinéma.com)
Bande-annonce, Extraits

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21 avril 2008

Caramel

Caramel__2007_

Date de sortie : 15 Août 2007
Liban, France
Réalisatrice : Nadine Labaki
Producteur : délégué Anne-Dominique Toussaint
Scénariste : Nadine Labaki
Directeur de la photographie : Yves Sehnaoui 
Chef décoratrice : Cynthia Zahar 
Costumière : Caroline Labaki 
Superviseur des effets visuels : Christophe Legendre 
1er assistant réalisateur : Elizabeth Marre 
Ingénieur du son : Pierre-Yves Lavoué 
Scripte : Florence Mettler 
Directeur de production : Stéphane Riga
Comédie dramatique
95 mn
Distribution :
Nadine Labaki (Layale), Yasmine Elmasri (Nisrine), Sihame Haddad (Rose), Joanna Mkarzel (Rima), Aziza Semaan (Lili), Gisèle Aouad (Jamale), Ismaïl Antar, Adel Karam, Fadia Stella (Christine), Siham Fatmeh Safa.
Synopsis :
A Beyrouth, cinq femmes se croisent régulièrement dans un institut de beauté, microcosme coloré où plusieurs générations se rencontrent, se parlent et se confient. Layale est la maîtresse d'un homme marié. Elle espère encore qu'il va quitter sa femme.
Nisrine est musulmane et va bientôt se marier. Mais elle n'est plus vierge et s'inquiète de la réaction de son fiancé. Rima est tourmentée par son attirance pour les femmes, en particulier cette cliente qui revient souvent se faire coiffer. Jamale est obsédée par son âge et son physique. Rose a sacrifié sa vie pour s'occuper de sa soeur âgée. Au salon, les hommes, le sexe et la maternité sont au coeur de leurs conversations intimes et libérées.
Bande-annonce, Extraits
Site officiel
Critiques :
Vénus Beauté Institut à Beyrouth…
« Caramel » c’est le nom donné à cette pâte dépilatoire orientale, à base de sucre, d’eau et de citron. Caramel c’est une gourmandise que les femmes dévorent en riant avant de l’appliquer sur leur corps, de tirer d’un grand coup sec et de souffrir. Un résumé de la vie en quelque sorte, sucré mais aussi brûlant…
Layale est la maîtresse d’un homme marié. Nisrine, musulmane, doit se marier mais n’ose pas avouer à son futur mari qu’elle n’est plus vierge. Rima est attirée par les femmes. Jamale a peur de vieillir et Rose sacrifie sa vie pour s’occuper de sa sœur Lily. 5 destins de femmes qui se croisent et se confient au sein d’un institut de beauté au cœur de Beyrouth au Liban. 5 femmes entre émotions, rires et larmes qui nous emportent dans le tourbillon de leurs vies.
Tourné avant la guerre du Liban, Caramel ne porte de sucré que le titre. Et même si certaines scènes sont drôles, c’est bien avec tendresse et sans tabou que la réalisatrice Nadine Labaki (qui joue aussi Layale dans le film) nous dévoile cette société libanaise qui oscille encore entre convention et modernité. Une société encore trop souvent contradictoire dont les femmes sont les premières prisonnières. Comme Nisrine musulmane qui doit se résoudre à recoudre son hymen par peur de décevoir sa famille, ou encore Layale qui doit justifier d’un acte de mariage pour réserver une chambre d’hôtel.
Rose sans cesse culpabilisée par sa sœur est la plus touchante des 5, voir la plus pathétique, elle sacrifie sa joie, son amour de la vie et d’un homme pour un autre amour beaucoup plus encombrant celui de sœur.
Le poids de la société et le regard des autres pèsent sur ses 5 femmes qui tentent à travers leur connexion avec l’institut de beauté d’oublier, en se rassurant et en se dorlotant mutuellement.
C’est une autre image du Liban, un peu plus légère en apparence mais pourtant tout aussi désarmante que nous donne à voir Caramel. Le Liban pourtant considéré comme un modèle de modernité au sein du monde oriental et qui pourtant plie encore sous les préjugés dont les femmes sont les premières cibles.
Un film lumineux comme la couleur doré du caramel qui vous laisse un petit goût suave et délicieux… (Claire Salères, Comme au Cinéma.com)
Interview de Nadine Labaki
Comment résumeriez-vous votre film ?
En une phrase, je dirais : «C’est l’histoire de cinq femmes libanaises, cinq amies d’âges différents, qui travaillent et se croisent dans un institut de beauté à Beyrouth». Si je développe un peu, j’ajouterais : «Dans cet univers typiquement féminin, ces femmes - qui souffrent de l’hypocrisie d’un système traditionnel oriental face au modernisme occidental - s’entraident dans les problèmes qu’elles rencontrent avec les hommes, l’amour, le mariage, le sexe...».
Aujourd’hui, dans cette partie du monde, le Liban apparaît comme un exemple d’ouverture, de libération et d’émancipation. Mais ce n’est pas toujours vrai. Derrière cette façade, nous subissons encore beaucoup de contraintes, la crainte permanente du regard des autres et la hantise de leur jugement. Dans ce contexte, la femme libanaise est minée par les remords et la culpabilité.
Dans ce salon de coiffure et d’esthétique, mes héroïnes se sentent en confiance. C’est un lieu où, même si l’on est regardé dans ce qu’on a de plus intime, on n’est jamais jugé. La femme qui nous épile nous voit toute nue, au sens propre comme au sens figuré, car c’est un moment où l’on ne triche pas. Peu à peu, on lui raconte notre vie, nos peurs, nos projets, nos histoires d’amour etc.
Pourquoi ce titre Caramel ?
C’est la pâte épilatoire faite à la manière orientale : un mélange de sucre, de citron et d’eau que l’on fait bouillir jusqu’à ce qu’il devienne du caramel. On étale ce mélange sur du marbre pour qu’il refroidisse un peu. Et l’on en fait une pâte qui sert à épiler.
Mais Caramel, c’est aussi l’idée du sucré-salé, de l’aigre-doux, du sucre délicieux qui peut brûler et faire mal.
Parlez-nous des personnages. Layale d’abord, le rôle que vous interprétez.
C’est la propriétaire du salon. Une jeune femme de 30 ans, chrétienne, qui vit encore chez ses parents comme pratiquement toutes les filles qui ne sont pas mariées au Liban. On voit à travers ses bijoux, son amour de la Sainte Vierge, son vocabulaire qu’elle est très attachée à sa religion. Layale est amoureuse d’un homme marié dont elle est la maîtresse. C’est l’exemple même de la contradiction.
D’un côté, sa famille qu’elle ne veut pas décevoir, sa religion, un cocon protecteur et de l’autre, cet homme dont elle est complètement dépendante et qui représente l’interdit total, la transgression.
Pour un premier long métrage, cela ne devait pas être simple de réaliser et de jouer en même temps ?
Je reconnais que j’ai beaucoup hésité. L’idée de jouer me tentait, mais je craignais de faire du tort au film. Finalement, j’ai pris le risque car cela m’a permis de diriger les scènes de l’intérieur. Les actrices n’étant pas des professionnelles, je pouvais impulser le rythme en étant au plus près d’elles. D’autant plus que, voulant que chacune garde sa manière de parler, je ne leur donnais pas de dialogues à mémoriser.
C’est un choix délibéré ou un hasard d’avoir des actrices non professionnelles ?
Je voulais des femmes qui, dans la vraie vie, ressemblent à leur personnage. J’avais une idée très précise de leur physique, de leur personnalité, des mots qu’elles devaient employer et je ne voulais pas de rôles de composition. Il a fallu chercher dans les rues, les magasins, chez des amis... Cela a pris du temps, mais elles collent toutes à la réalité des rôles.
Qui est Nisrine ?
Une musulmane de 28 ans, amie de Layale, qui travaille dans le salon de coiffure. Elle prépare son mariage avec un garçon musulman qui ne sait pas qu’elle n’est plus vierge. C’est un très grand problème pour elle. Doit-elle le lui dire ou se faire recoudre, comme beaucoup de filles libanaises dans cette situation ? Yasmine Al Masri qui interprète ce rôle n’est pas actrice. Elle est née au Liban d’une mère égyptienne et d’un père palestinien. C’est une grande amie que j’ai rencontrée à Paris où elle suit des études aux Beaux-Arts et de la danse orientale. Tout son travail, son combat même, est autour du corps de la femme. Nisrine ne pouvait être qu’elle.
Et Rima ?
C’est une jeune fille de 24 ans, un peu garçon manqué, qui travaille comme shampouineuse au salon. Silencieuse et introvertie, elle n’est pas voluptueuse et coquette comme les autres. Rima se cherche. Peu à peu, on découvre qu’elle a un penchant pour les femmes. Mais, le sait-elle vraiment ? Joanna Moukarzel s’occupe de gestion dans une grande entreprise d’électroménager. J’ai été très vite convaincue et séduite par son côté spontané et vivant.
Et Jamale, la cliente ?
Jamale est l’amie de toutes les filles du salon. On ne connaît pas vraiment son âge, ni sa confession. Elle a tellement peur de vieillir qu’elle cache avec des subterfuges qu’elle est ménopausée. Elle ne vit que dans l’apparence. Beaucoup de femmes dans mon pays sont dans cette situation car la séduction est très importante dans l’existence de la femme libanaise. Jamale veut devenir comédienne car, après avoir consacré sa vie à ses enfants, elle veut briller et exister, surtout qu’on comprend que son mari l’a plaquée pour une fille plus jeune qu’elle. Dans la vie, Gisèle Aouad est secrétaire de direction. Elle a une personnalité généreuse et extravertie qui correspond bien au rôle.
Et Rose, la couturière ?
Rose est une Chrétienne de 65 ans qui habite à côté du salon et qui connaît bien toutes les filles. Elle n’a jamais été mariée car elle s’est dévouée à sa sœur un peu folle. Quand elle rencontre un homme, Charles, elle laisse passer l’amour, par sacrifice sans doute, mais aussi par autocensure. Au Liban, quand on est veuve, divorcée ou «vieille fille» on n’a plus le droit d’être amoureuse passé un certain âge. Sinon, on est tourné en dérision, on devient ridicule et l’on fait honte à son entourage. Dans cette société fermée, la culpabilité vient d’un attachement très fort à la famille et à la religion quelle qu’elle soit. Sihame Haddad, qui incarne Rose, est femme au foyer. J’ai tout de suite beaucoup aimé sa personnalité, très touchante malgré sa retenue.
Et Lili qui joue le rôle de la grande soeur de Rose ?
Lili est un cadeau du ciel ! Pour écrire ce personnage, je me suis inspirée d’une femme dont on m’a raconté l’histoire. Quand elle était jeune fille, elle est tombée amoureuse d’un officier français qui, lorsqu’il est parti, lui a écrit des lettres tous les jours qui ont été confisquées par sa famille. Quand elle l’a découvert, c’était trop tard. Depuis elle cherche ces lettres partout... Lili est une vieille fille un peu folle qui ramasse tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à un papier. Aziza Semaan doit avoir dans les 85 ans. J’étais désespérée de ne pas la trouver quand Je l’ai aperçue dans la rue un Vendredi Saint. Tout de suite, je me suis dit que c’était la Lili dont je rêvais. C’est une Chrétienne qui ne parle qu’arabe et dans la vie, elle est à la fois très sage et très rigolote.
Et puis, il y a cette femme, belle et mystérieuse, qui ne fait que passer et dont on ne sait rien.
Même pas son nom ! C’est l’exemple même de la femme parfaite. Cheveux, silhouette, vêtements... elle est tout ce qu’un homme souhaite. Comme dans les pubs américaines des années 60, cette mère de famille au foyer incarne le stéréotype de l’idéal féminin. Mais on comprend qu’elle vit une énorme frustration, comme beaucoup de Libanaises qui s’oublient pour coller à ce que l’on souhaite d’elles. Entre cette femme et Rima naît une véritable attraction. Siham Fatmeh Safa est une musulmane chiite mariée à 13 ans qui vit seule aujourd’hui. Elle dégage ce mystère dont j’avais besoin pour le personnage.
Ces personnages sont-ils représentatifs des femmes libanaises aujourd’hui ?
Assez, oui. Mais je n’ai pas voulu faire un travail sociologique et je n’ai pas résumé, loin de là, la société libanaise. J’ai fait ce film parce que je me pose beaucoup de questions sur les femmes libanaises. Obsédées par leur apparence, elles cherchent leur identité entre l’image de la femme occidentale et celle de la femme orientale... La libanaise a toujours l’impression de voler ses instants de bonheur. Elle doit sans cesse ruser pour vivre comme elle veut. Et quand elle y arrive, elle se sent coupable. On se leurre en pensant qu‘elle est libre. Même moi, qui suis émancipée et qui fait le métier que je veux comme je le veux, je me sens conditionnée au plus profond de mon être par les traditions, l’éducation et la religion.
Les petites filles libanaises grandissent avec le mot arabe «aayib» qui, accompagné par un geste du doigt un peu menaçant, veut dire : «C’est honteux...». C’est honteux ceci ou cela. On a sans cesse peur de faire quelque chose qu’il ne faut pas faire. Avec cette idée de sacrifice pour contenter ses parents, ses enfants, son mari, sa famille. À toutes les étapes de la vie on nous présente un exemple à suivre, qui, bien sûr, ne correspond pas à ce qu’on a envie d’être. La femme libanaise, musulmane ou chrétienne, vit une contradiction entre ce qu’elle est, ce qu’elle a envie d’être et ce qu’on lui permet d’être.
Dans le film Jamale est obsédée par la chirurgie esthétique. Est-ce le reflet d’un état d’esprit dans le pays ?
Comme partout ailleurs, je pense. Mais comme nous sommes un pays très extraverti c’est une véritable explosion à Beyrouth. On commence très jeune. Nez, bouche, liposuccion, sourcils, lifting, seins... tout y passe. Je ne suis pas contre tant que cela fait du bien. Je le deviens face aux excès, car la femme libanaise s’est créé sa propre échelle de beauté qui ne ressemble à aucune autre dans le monde : sourcils très haut, nez minuscule, lèvres charnues, pommettes saillantes etc. On veut ressembler à la femme occidentale, mais avec nos propres critères qui ne sont pas des plus discrets.
Se faire recoudre l’hymen avant le mariage est aussi une pratique courante ?
Chez les musulmans comme chez les chrétiens, la virginité reste une valeur. C’est là encore très représentatif de la société libanaise. Toujours privilégier l’apparence avec cette peur de ne pas correspondre au modèle. Cela se fait en cachette mais dans des cliniques qui ont pignon sur rue. Les hommes ne sont pas très clairs sur cette question. Du coup, on ne sait jamais ce qu’ils pensent vraiment. Même s’ils prétendent avoir les idées larges, devant la réalité, comment vont-ils réagir ? Entre la modernité et la tradition, les hommes sont souvent aussi perdus que les femmes. Mais, là encore, il ne faut pas faire de généralités.
L’homosexualité est-elle encore un tabou aujourd’hui ?
Oui, certainement. Dans le film, Rima ne vit pas son homosexualité. Cela se limite à des sensations pendant les shampoings qu’elle fait à la belle inconnue. Et d’ailleurs, ses amies s’en aperçoivent, mais elles n’en parlent pas.
Quand Layale cherche un hôtel pour passer un moment avec son amant, on lui demande de prouver qu’elle est mariée. C’est aussi une réalité ?
Pas dans les hôtels touristiques. Mais dans les autres oui. Ou alors, on vous regarde avec un regard suspicieux. Légalement, on n’a pas le droit d’aller à l’hôtel si on n’est pas marié. La société libanaise est encore très puritaine.
Et les hommes, tous des machos ?
Pas du tout. Dans le film, ils sont tous sympathiques, le flic, le fiancé, le vieux monsieur... Le seul salaud, c’est l’amant dont on ne voit jamais le visage. C’est volontaire car le modèle du mari qui a une maîtresse existe dans tous les pays du monde. Les autres hommes sont, en fait, comme j’aimerais qu’ils soient. Le policier romantique surprend par sa sensibilité. Charles, l’homme âgé qui tombe amoureux de Rose est élégant, touchant et son regard sur Rose est plein de tendresse. En réalité, l’homme libanais connaît lui aussi une crise d’identité.
L’humour est très présent dans ce film. C’est une qualité libanaise ou une des vôtres ?
L’autodérision est très présente chez nous. C’est une manière de surmonter tout ce que nous avons vécu. Les Libanaises sont des survivantes. Comme toutes les femmes arabes, elles sont passionnées et dotées d’un fort tempérament. Mais elles refusent de dramatiser et de se laisser emporter par la tristesse. Leur manière de se défendre, c’est de tout tourner en dérision. Lorsqu’on a connu la guerre, comme nous, on relativise beaucoup de choses.
Quand en 1990, la guerre s’est arrêtée, vous aviez 17 ans. Caramel est le premier film libanais qui n’en parle pas. Pourquoi ?
Quand j’ai fait ce film, j’avais envie d’écrire l’histoire à venir et de ne plus regarder en arrière. Je fais partie d’une génération qui veut raconter autre chose, des histoires d’amour par exemple, plus en rapport avec les sentiments que nous connaissons et les expériences que nous vivons qu’avec la guerre. On a tellement vu, analysé, revu, décortiqué les événements passés que j’éprouvais le besoin de ne pas en parler. Malheureusement, huit jours après la fin du tournage, on nous faisait revivre des événements dramatiques.
Après la guerre de l’été dernier, pourriez-vous écrire le même scénario, aujourd’hui ?
Quand cette guerre a éclaté, je venais à peine de finir le tournage. J’ai connu alors un sentiment de culpabilité très fort : «À quoi rime ce film coloré, qui parle de femmes, d’amour et d’amitié ?». Pour moi, le cinéma devrait remplir une mission et aider à changer les choses. Mais qu’est-ce que mon film allait apporter ou changer ? J’ai même été tentée de tout abandonner.
Finalement, je me suis dit que Caramel est, une fois encore, une manière de survivre à la guerre, de la dépasser, de la gagner et de se venger. C’est ma révolte à moi et mon engagement. Alors oui, si je devais écrire aujourd’hui ce film, je ferais le même.
Pensez-vous que les relations entre les différentes communautés pourraient s’arranger grâce aux femmes ?
Je crois que oui. Les femmes possèdent plus de passerelles entre elles que les hommes : les enfants, la préservation de la vie, la complicité, les histoires d’amour... musulmanes ou chrétiennes, on ne peut pas nous enlever ça, même sous les bombes. Je crois à l’universalité de ces sentiments.
Pourquoi avoir tourné en libanais ?
C’est la langue de mon pays ! Je ne peux pas imaginer un film libanais, qui parle du Liban et qui est joué par des Libanais autrement que dans cette langue qui est la mienne ! C’est un hasard ou un choix d’écrire ce scénario avec deux hommes ? C’était essentiel. Comme je ne voulais pas un film purement féministe, j’avais vraiment besoin du regard des hommes.
Quel genre de lumière avez-vous demandé au chef opérateur ?
Yves Sehnaoui est un jeune libanais très talentueux. Je lui ai demandé une lumière sensuelle, chaleureuse, colorée, douce et caressante sur la peau et couleur... caramel.
Et pour les décors ?
On s’est inspiré avec Cynthia Zahar d’un très beau salon à Beyrouth. Mais, je voulais, en plus, qu’à l’intérieur, on sente un lieu qui a vécu. Pour la maison et l’atelier de Rose, je souhaitais aussi susciter cette impression que des époques avaient défilé. Et Cynthia a su, avec talent, inscrire ce sentiment du temps qui passe.
Et les costumes ?
C’est ma sœur, Caroline, qui les a imaginés. Elle a donné au film un univers tout à fait particulier grâce à ses mélanges de styles et d’époques et à son sens aigu de l’observation. Sa précision dans le choix des matières et des couleurs a très bien réussi à nous convaincre du réalisme des personnages...
La musique est très présente dans le film. Comment avez-vous procédé ?
Khaled Mouzanar le compositeur me connaît très bien... C’est mon futur mari ! Auteur compositeur, il sort son premier album de chansons françaises chez Naïve. Sa musique m’a toujours évoqué des images. Il a un univers tout à fait particulier, mais sait très bien se mettre au service d’un scénario et d’une histoire. Il a vécu avec moi toute l’aventure du film et je n’avais pas besoin de parler pour qu’il comprenne ce que je voulais. Je lui ai fait écouter des chansons qui me font voyager et rêver et il a réussi ce mélange difficile entre la musique orientale et occidentale qui fonctionne formidablement bien dans Caramel. Grâce à lui, la musique est un véritable personnage.
Finalement, Caramel est-il un film politique ?
Ce n’était pas dans mon intention quand je l’ai écrit. Mais maintenant, à cause des événements, je dirais que oui. Au Liban, tout est devenu un acte politique, la politique se faufile jusque dans l’intimité de nos vies ! J’ai cru y échapper, mais la réalité de la guerre m’a rattrapée.
Aujourd’hui, avec les tensions qui règnent au Liban, Caramel porte malgré lui un message : en dépit de l’opposition entre les différentes religions, réactivées par cette guerre, la cohabitation et la coexistence sont naturelles. Du moins, c’est comme cela qu’il faudrait vivre. (Comme au Cinéma.com)

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Le Ciel sur la Tête

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Année de Production 2006
France
Réalisateur : Régis Musset
Comédie
90 mn
Distribution :
Arnaud Binard, Charlotte de Turckheim, Olivier Guéritée, Bernard Le Coq, Chantal ladesou, Franck de la Personne, Stéphane Boucher, Thierry Desroses, Pierre Deny, Chantal Ravalec, Frédéric Kneip, marc Samuel
Synopsis :
Un dimanche, Jérémy, jeune golden boy parisien, débarque à l’improviste chez ses parents dans le Bordelais, pour faire son coming-out : il vit avec Marc, oui c’est un homme ! Il lâche sa bombe in extremis sur le quai de la gare et laisse sa famille sous le choc. Cette révélation va provoquer chez ses parents un cataclysme tel que personne n’aurait pu l’imaginer… et surtout pas Jérémy qui file innocemment le parfait amour à Paris, alors qu’à Bordeaux un tsunami familial s’apprête à déferler sur sa vie.

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Cowboy Forever

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Date de sortie 2006
France

Réalisateur : Jean-Baptiste Erreca
Documentaire-fiction
118 mn
Distribution :
Govinda Machado de Figueiredo, Jones Carlos Fialho de Araujo, Ronald Rosa
Synopsis :
Si les héros du "Secret de Brokeback Mountain" avaient gardé les moutons dans ce ranch brésilien, ils auraient pu vivre pleinement leur amour sans se cacher. Dans le monde machiste des cowboys, les héros de "Cowboy Forever" revendiquent leur homosexualité et manient à merveille le lasso, et pas seulement pour attraper le bétail... Voici l’histoire de la passion entre Jones et Govinda, interprétée par deux authentiques cowboys brésiliens de vingt ans...
« Une œuvre originale. Douceur charnelle, érotisation complice. » (Têtu)

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22 avril 2008

Comme des voleurs (à l'Est)

Comme_des_voleurs____l_Est___2006_

Sortie en France 05 décembre 2007
Suisse
Réalisateur : Lionel Baier
Producteur : Robert Boner
Scénario : Lionel Baier, Marina de Van
Chef opératrice : Séverine Barde
Son direct : Benedetto Garro
1er assistante réalisation : Marie-Eve Hildbrand
Directeur de production : Jean-Paul Bessire
Assistante de production : Agnieszka Kowalski
Montage image : Christine Hoffet
Montage son : Raphaël Sohier, Vincent Guillon
Mixage : Stéphane Thiébaut
Drame
102 mn
Distribution :
Natacha Koutchoumov, Lionel Baier, Bernabé Rico, Alicja Bachleda-Curus, Michal Rudnicki, Stéphane Rentznik, Luc Andrié, Anne-Lise Tobagi, Lech Dyblik, Barbara Dembinska
Synopsis :
Un couple s'enfonce dans la nuit au volant d'une voiture ''empruntée'' à la Radio Suisse, comme des voleurs. C'est Lucie et son frère Lionel, enfants d'un pasteur vaudois, et potentiellement descendants directs d'une famille polonaise. Mais rien n'est moins sûr. Ce qui est sûr, c'est la course-poursuite en Slovaquie, les usines désaffectées de Silésie, la voiture volée, le mariage blanc, l'étudiant de Cracovie, les faux passeports, les vrais ennuis, la route pour Varsovie, l'aventure, enfin. Et quelque part en Pologne un cheval qui se noie, nuit après nuit.
Critiques
Entretien avec le réalisateur
Bande-annonces, Extraits
Site officiel
Critiques :
Une véritable petite merveille...
Qui aurait pu se douter qu’une histoire aussi banale se transformerait en une véritable petite merveille ? Le début laisse pourtant un peu perplexe. On en vient même à s’inquiéter, l’impression que les acteurs jouent mal, que la caméra manque d’assurance et laisse trop peu de place à l’improvisation dans un film qui se veut spontané. La bande-son est aussi perturbante, allant parfois jusqu’à l’insupportable (pour certaines scènes du moins). Mais très vite tout cela se renforce. La mise en scène osée surprend, la musique convient enfin et l’histoire se consolide et apporte tout son intérêt au film. Lionel Baier, jeune écrivain homosexuel, semble bien dans sa peau et dans sa vie jusqu’au jour où il apprend par hasard qu’il a des origines polonaises. Il en est complètement bouleversé et se sent polonais corps et âme. Pour lui éviter la dérive, sa sœur décide sur un pur coup de tête de l’emmener en Pologne, « comme des voleurs », le temps pour eux de se découvrir et de se trouver.
On décèle dans ce second long-métrage la difficulté de se filmer. Lionel Baier en est le scénariste, le réalisateur, l’acteur et le personnage principal. La difficulté est physique, il faut savoir jouer la comédie et juger son jeu d’acteur ensuite, mais elle est aussi dans le fond. C’est pourquoi Baier prend la peine de justifier le contenu de son film et la construction de son personnage. Il lui fait parler d’autofiction, d’une autobiographie fictive où l’on prend des éléments de sa propre vie comme point de départ pour une histoire. Il est vrai que la critique est facile concernant ceux que l’on pourrait accuser de narcissisme à trop mettre d’eux-mêmes dans leur œuvre.
Lionel Baier dépeint à merveille la beauté de la complicité fraternelle. Le frère et la sœur en quête de ce qu’ils sont. Chose magnifique et rare, il a fait de son personnage principal un homosexuel sans jamais tomber dans le cliché, ni s’engager pour la cause gay. Il n’envisage aucune complexité dans la condition homosexuelle. Enfin un film qui traite de l’homosexualité dans toute sa normalité ! Ah !... quand tout le monde aura compris cela…
Le plus touchant dans ce film, c’est de voir à quel point le réalisateur prend plaisir à mettre en scène le destin de ses personnages, comme si chaque hasard avait été programmé. Le film est une véritable compilation de pensées profondes et d’émotions pures. Lionel Baier a réussi à exprimer la poésie du réel, à reproduire sa vision enchantée du monde dans un film étonnant qui a le sourire aux lèvres. Plein d’espoir, il fait passer dans ce « road movie » sincère et burlesque sa propre interprétation du « carpe diem ». (Lorraine Creaser, Comme au cinéma.com)
Entretien avec Lionel Baier
Comme des voleurs est sous-titré « A l’Est ». Qu’est ce que cela signifie ?
Ce film est le premier d’une tétralogie liée aux quatre points cardinaux. Il y aura donc un Au Sud, A l’Ouest, etc... L’idée est de cartographier une Europe des sentiments. Ou plutôt de raconter notre territoire commun qu’est ce continent à travers la petite histoire de ses habitants. C’est aussi une façon de défier la vie et l’adversité que de s’imposer ce genre de programme. Par contre, je n’ai pas dit que je tournerai les 4 films à la suite, ni quand ils seront tous terminés. Sur Comme des voleurs, nous avons tourné dans 7 pays différents (Espagne, France, Suisse, Allemagne, République Tchèque, Slovaquie et Pologne). Mon équipe réunissait 5 nationalités, on parlait français, polonais, espagnol, anglais et allemand sur le plateau. C’était un joyeux bordel! Mais c’était aussi l’addition de plein de sensibilités, d’habitudes professionnelles différentes. Une vraie bouffée d’air frais pour moi.
Quel est le lien de parenté entre Lionel Baier le réalisateur, donc vous, et Lionel Baier que l’on retrouve dans Comme des voleurs?
Le lien de parenté est assez ténu : disons que l’on partage vraiment quelque chose en commun, puisque j’ai des origines polonaises lointaines. Mon arrière grand-père était polonais. Le reste de l’histoire est complètement fictionnel. Même si je suis véritablement fils de pasteur, et il y a véritablement un cheval noyé...
Je n’ai pas envie de dire que c’est mon histoire, parce que le personnage que je joue dans le film, même s’il porte le même nom que moi, ce n’est pas moi. C’est un personnage de fiction, avec qui je partage un certain nombre de vérités. Dans une certaine mesure, le même phénomène se produit pour tous les acteurs. Quand Anthony Hopkins interprète Nixon, l’acteur britannique se mélange avec le président américain. Et le film raconte quelque chose sur ce mélange. Dans Comme des voleurs, le personnage de Lionel Baier est une construction. Reste à savoir quelle pierre appartient au vrai Lionel. Mais c’est le cas de tous les films d’auteur qui racontent quelque chose sur leur auteur.
Pour ma part, c’est vrai que j’aime bien brouiller les pistes : même si le spectateur se dit « peut-être que c’est sa vie », j’aime bien qu’il oublie cela et qu’il se retrouve juste dans le temps qui est celui du récit. L’important n’est pas de dire la vérité, mais quelque chose de vrai, non ?
Une des belles relations du film c’est celle entre Lionel Baier et sa sœur qui est interprétée par Natacha Koutchoumov. Cette relation de confidence, très proche, existait déjà dans Garçon Stupide entre le héros et son amie Marie. Quelle est l’importance de cette relation fraternelle pour toi ?
J’aime bien la relation entre frère et sœur parce qu’elle n’est pas forcément hiérarchisée.
Avec ses parents, on est lié par une relation de dépendance affective et matérielle, ou simplement par l’autorité que les parents doivent avoir sur leur progéniture. La relation frère-sœur est habituellement une relation transversale matinée à la fois de pudeur et d’impudeur.
Il y a beaucoup de choses que l’on n’ose pas dire à sa sœur ou à son frère et que l’on dira peut-être à des amis ou à des gens qui sont moins importants. Mon frère aîné, ma sœur cadette et moi partageons beaucoup de choses impudiques, sur notre famille, sur notre enfance, sur notre relation au monde. Mais il y a des pants entiers de leurs vies que je ne connais pas et que je n’ai pas forcément envie de connaître. Le niveau d’intimité est très fluctuant. Ça permet de faire vivre aux personnages un grand huit émotionnel en peu de temps.
Pierre Chatagny n’avait pas d’expérience de comédien préalable avant Garçon Stupide, dans lequel il interprète le rôle principal de Loïc. Pour Comme des voleurs vous avez choisi à nouveau quelqu’un sans expérience cinématographique préalable pour interpréter l’ami polonais de Lionel Baier. Qu’est-ce que ça apporte de travailler avec des néophytes?
Le choix de Micha? Rudnicki est un choix complètement fortuit. On a cherché un acteur professionnel à Varsovie pour jouer ce rôle, soit celui d’un jeune homme de 21-22 ans. Je n’a trouvé personne qui avait autant de mystère, de pudeur, et de retenue que lui. J’aime sa façon de jouer « à distance » sans tomber dans l’austérité. Je lui ai donné le scénario en lui demandant de le lire et de revenir le lendemain. Le jour d’après, j’ai rencontré Micha? qui m’a immédiatement dit : « moi je trouve que le personnage n’est pas bien du tout ». Ce qui m’a surpris. En général, un jeune comédien qui se présente pour la première fois à un casting joue la séduction, de façon même un peu grossière et déclare que le rôle a été écrit pour lui, qu’il sera parfait, qu’il est né pour interpréter ce genre de personnage. Pas Micha?. Lui-même avait été étudiant en France, dans une sorte d’échange Erasmus pendant une année, et il m’a donc donné son avis sur ce qu’il avait vu de la France en tant que Polonais, quelle idée il s’en faisait, et surtout son sentiment sur sa propre patrie lors de son retour en Pologne. Je l’ai donc écouté, j’ai trouvé ça extrêmement intéressant et cela a beaucoup apporté au personnage. Dans le scénario Stan était plus festif, un peu plus décalé dans sa façon d’être, underground, ce qui n’est pas forcément le cas de Micha? dans la vie. Encore une fois, j’aime qu’un personnage soit la rencontre de deux entités : une créature fictionnelle et un être bien réel.
Il y a également d’autres comédiens non professionnels. D’abord Luc Andrié qui joue le rôle du père de Lionel. Dans la vie Luc Andrié est peintre, de talent d’ailleurs, et j’ai tout de suite pensé que ce type était un comédien né. En plus, étant fils de pasteur lui-même, je me suis dit que je n’aurais pas besoin de lui expliquer la dualité émotionnelle de cette profession.
Anne-lise Tobagi, qui joue la mère de famille, est également une comédienne non professionnelle. Par contre, elle se produit depuis des années dans une troupe amateur neuchâteloise. Anne-Lise écrit également des pièces de théâtre. C’est une amie de ma vraie mère. Depuis tout petit, j’ai eu l’habitude d’aller la voir sur les planches. Je trouve qu’elle a quelque chose de très entier, une vérité du corps qui trancherait avec une sorte de fausse naïveté dans ses propos.
Stéphane Rentznik, qui joue le rôle de Serge, est un comédien que l’on a vu au théâtre ainsi que dans quelques courts métrages. C’est un acteur physique, ce qui est assez rare en Suisse romande. Je trouve qu’il a quelque chose de très terrien, les pieds dans la terre, un centre de gravité très bas. Stéphane donne l’impression de quelqu’un contre lequel on peut s’appuyer. J’avais bien envie que le personnage de Serge soit présenté comme quelqu’un de solide, à l’inverse de Lionel. Ce personnage a un vrai boulot, désire vivre une relation stable, s’affirme en tant qu’homosexuel, et n’a aucun problème avec cela. Tout l’inverse de son compagnon. Stéphane est quelqu’un d’incroyablement concentré sur le plateau. On a l’impression que tourner une scène, même anodine, lui demande une dépense d’énergie considérable. Même si Comme des voleurs était son premier long métrage, j’avais l’impression de travailler avec un acteur qui avait une longue expérience derrière lui. C’était très rassurant de l’avoir pour partenaire de jeu.
Il y a aussi un acteur andalou, Bernabé Rico. C’est un acteur de comédie en Espagne, qui fait du théâtre et de la télévision. C’était un vrai plaisir de travailler avec lui, de jouer sur son côté macho. Le personnage de Liberto était beaucoup plus développé dans le scénario et nous avons tourné plusieurs scènes coupées au montage. C’était un peu un crève-cœur de devoir réduire son rôle. Mais on retrouvera assurément Bernabé Rico dans A l’Ouest !
Et puis il y a une star polonaise dans le film : Alicja Bachleda-Curu?, qui joue le rôle d’Ewa .
C’est une actrice très connue en Pologne parce qu’elle a joué dans un film de Wajda, Pan
Tadeusz, qui est une sorte de Manon des Sources pour les Polonais. Le film est tiré d’un roman homonyme de Adam Mickiewicz. Ce fut un énorme succès. Alicja y jouait le rôle de la jeune première. Elle tourne actuellement aux Etats-Unis. Elle a donc l’habitude des grandes équipes et a été, dans un premier temps, quelque peu choquée par la petitesse de notre équipe, par notre méthode de travail qui est un peu une « méthode de pirates ». Mais nous avons rapidement réussi à trouver un terrain d’entente. C’était un peu comme deux univers
de cinéma qui se rencontrent et qui crée une zone neutre pour travailler ensemble. Un truc très Suisse !
Et puis Natacha Koutchoumov évidemment ! C’est une collaboration qui perdure, qui se poursuit depuis Garçon Stupide. C’est très agréable de retrouver des actrices ou des acteurs avec qui l’on a déjà travaillé. Il y a une confiance réciproque, un regard bienveillant de chaque côté. Après Garçon Stupide, j’étais un peu frustré parce que je me disais que j’ai eu entre les mains une actrice formidable et que je n’avais pu montrer que 5% de son talent. Natacha est assez secrète. Je devrais plutôt dire surprenante. J’entends par là qu’elle donne des choses assez imprévisibles dans le jeu. Moi, j’adore ça. Rien n’est jamais bétonné dans son interprétation. Tout est toujours suspendu, en tension. Elle peut trouver un truc de jeu très juste dans la dernière prise d’une scène et d’un coup, elle me donne envie de retourner l’ensemble de la séquence. Ce que nous avons parfois fait. Nous avons commencé à travailler ensemble dès l’écriture du scénario. Je pensais naïvement pouvoir ainsi circonscrire le domaine des possibles du couple Lucie-Natacha Koutchoumov. Sur le tournage, qui s’est étalé sur plus de 8 mois, elle n’a pas arrêté de déjouer tous mes plans.
Quel bonheur d’être contré avec autant d’intelligence. La seule chose dont j’étais sûr avec elle, c’est que je n’étais sûr de rien. Pour moi, c’est une force de travailler avec une comédienne qui en sait plus que moi sur son personnage. Il s’établit alors une vraie discussion, et le réalisateur que je suis se sent moins seul pendant quelques minutes. Je n’ai jamais imaginé de confier le rôle de Lucie à une autre comédienne que Natacha. Nous ne sommes pas des amis intimes, nous ne nous voyons pas beaucoup en dehors du travail. Et je trouve cela très bien. J’ai l’impression que nous condensons toutes nos émotions réciproques lors du tournage. Elle joue pour moi et je fais le film pour elle. Le cinéma est le lieu privilégié de ce que l’on veut se dire. Je trouve d’ailleurs assez insupportable de la voir jouer dans d’autres films. Je guette ce qu’elle donne aux autres réalisateurs qu’elle ne m’aurait pas encore donné. Jaloux et troublé, un peu comme un mari cocu chez Blier. Malgré tout, je me réjouis de la voir évoluer dans d’autres univers de cinéma et de télévision pour mieux la retrouver dans quelques temps.
Vous êtes le comédien principal, vous portez la casquette de scénariste et de réalisateur. C’est difficile de jongler avec tous ces rôles ?
Comme réalisateur, j’ai énormément de plaisir à regarder les gens que je filme, que ce soit en fiction ou en documentaire. J’aime les entendre parler, j’aime les mettre en scène, les toucher physiquement. Je dois les désirer, c’est assez animal. Alors, se retrouver seul devant sa propre caméra. J’avais parfois l’impression d’être un taulard à qui il ne reste plus que son codétenu de cellule de 200 kilos comme objet de désir ! Et puis, il est très difficile de se voir, de se percevoir soi-même comme un acteur. Mon travail de réalisateur est de révéler de la beauté, de la force, de l’humanité là où personne n’en avait vu. On arrive tous à faire cela quand on est en face de quelqu’un que l’on aime. On est toujours moins lucide sur soi-même. C’est un peu l’effet que nous avons tous quand nous regardons une photographie de soi que l’on trouve très belle mais qui déplaît à nos proches « Ce n’est pas toi sur la photo ! Je ne te reconnais pas du tout». On vous montre ensuite un autre cliché où vous vous trouvez monstrueux mais devant lequel tout le monde dit : « là, tu es formidable, c’est tellement toi ! »... Arriver à comprendre ce qui est « tellement vous » sur la photo qui vous déplaît, c’est un travail qui est dur quand il y a 24 images par seconde! C’est un travail qui est affectivement très pesant. J’ai appris énormément de choses sur les acteurs en essayant moi-même d’être acteur, et le respect que je leur portais avant a été encore amplifié par 100 après être passé moi-même devant la caméra! Etonnamment, je pense que lorsqu’on écrit pour soi et que l’on se dirige, on s’auto-censure plus que l’on ne se donne la part belle, alors qu’il faut se traiter comme un personnage. En ce qui me concerne, c’est peut-être un réflexe de protestant face à mon égocentrisme. (Comme au Cinéma.com)

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Carandiru

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Sortie en France 02 juin 2004
Brésil
Réalisation : Hector Babenco
Scénario : Hector Babenco, Fernando Bonassi et Victor Navas
Musique : André Abujamra
Photo : Walter Carvalho
Montage : Mauro Alice
Interdit aux moins de 12 ans
Drame
146 mn
Distribution :
Luiz Carlos Vasconcelos (Le Médecin), Milton Gonçalves (Seo Chico), Ivan De Almeida (Moacir, Alias Ebony), Ailton Graça (Highness), Caio Blat (Deusdete), Gero Camilo (Sem Chance), Maria Luisa Mendonça (Dalva), Rodrigo Santoro (Lady Di), Lazaro Ramos (Ezequiel).
Synopsis :
La prison de Carandiru, à São Paulo, est la plus grande d'Amérique latine. Dans cet endroit surpeuplé et délabré, un célèbre médecin doit mener un programme de prévention contre le sida. Habitué à la médecine haut de gamme, il va devoir apprendre à se débrouiller en se fiant à son instinct.
Peu à peu, il découvre les détenus, leur monde à part, leur humanité et leur fabuleuse envie de vivre. A force de contacts et de temps, il gagne leur respect et partage leurs secrets.
A travers son regard, c'est toute la tragédie sociale d'un pays qui se révèle, jusqu'au jour du terrible massacre de Carandiru...
Site officiel
Bande-annonce, Extraits
Album Photos

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23 avril 2008

Les Chansons d'Amour

Chansons_d_Amour__2007_

Sortie en France 23 mai 2007
France
Réalisateur : Christophe Honoré
Producteur : Paulo Branco
Scénariste : Christophe Honoré
Directeur de la photographie : Rémy Chevrin 
Compositeur (chansons du film) : Alex Beaupain 
Monteuse : Chantal Hymans 
Décorateur : Samuel Deshors 
Costumier : Pierre Canitrot 
1er assistant réalisateur : Sylvie Peyre 
Ingénieur du son : Guillaume Le Braz, Valérie Deloof, Agnès Ravez, Thierry Delor
Comédie Musicale
100 mn
Distribution :
Louis Garrel (Ismaël), Ludivine Sagnier (Julie), Chiara Mastroianni (Jeanne), Clotilde Hesme (Alice), Grégoire Leprince-Ringuet (Erwann), Brigitte Roüan (La Mère), Jean-Marie Winling (Le Père), Alice Butaud (Jasmine), Yannick Renier (Gwendal), Esteban Carvajal Alegria (L'Ami D'Erwann), Annabelle Hettmann (La Serveuse Du Bar), Sylvain Tempier (Un Policier), Guillaume Clerice (Un Policier).
Synopsis :
Le cinéma de Christophe est très moderne dans ses idées et dans ses personnages, qui sont à la pointe des aventures et des tristesses d'aujourd'hui. La mélancolie est un sentiment très actuel. Christophe est quelqu'un de moderne dans sa façon d'être et de vivre et cela se reflète dans Les Chansons D'amour, qui met en scène une liberté sexuelle - et aussi sentimentale, avec beaucoup de simplicité.
Site officiel

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Chansons_d_Amour__2007__022Chansons_d_Amour__2007__023Chansons_d_Amour__2007__024
Chansons_d_Amour__2007__025Chansons_d_Amour__2007__026Chansons_d_Amour__2007__027
Chansons_d_Amour__2007__028Chansons_d_Amour__2007__029


Film annonce Les Chansons d'amour envoyé par cinemaleclub


Les chansons d'amour envoyé par maneb40


Extrait "Les chansons d'amour" envoyé par GayClic


Les Chansons d'amour envoyé par
skins-dandy


Les Chansons d'amour - J'ai cru entendre envoyé par halcionR


Les Chansons d'amour envoyé par skins-dandy


Les chansons d'amour - J'insiste pas envoyé par halcionR

Critiques :
Impressions Cannoises
 
Ah, l’amour ! Après tant de drames, de larmes, de films aux sujets lourds, sociaux, durs, quoi de mieux qu’une comédie musicale romantique pour nous remonter l’moral ? Certes, le film de Christophe Honoré n’est pas spécialement drôle, certes, l’histoire est très mélancolique, mais d’une telle beauté qu’on oublierait presque d’être triste. C’est d’ailleurs là tout le pouvoir de la musique, réussir à parler avec légèreté de choses graves, en transmettant néanmoins beaucoup d’émotions. Les Chansons D'Amour soulève ainsi des thématiques lourdes comme celles du ménage à trois, du deuil, de l’homosexualité. Le film a des airs de rite initiatique pour Ismaël (Louis Garrel), qui vit un véritable apprentissage dans l’expression de ses sentiments. Au-delà de l’amour, Honoré réussi à faire de son film une œuvre complète, avec ça et là quelques allusions parfaitement discrètes aux dernières élections. De même, le réalisateur nous offre une belle plongée dans le 10ème arrondissement de Paris où se déroule le film, quartier qui en devient même un personnage à part entière.
Le film d’amour, la comédie musicale, des grandes premières pour Christophe Honoré qui résume son ambition à une phrase d’Ismaël dans son film : « Je ne manque pas de bonnes raisons pour t’aimer mais je ne vois pas quelle raison te les donner. » Christophe Honoré : « C’était vraiment l’idée principale du film : des personnages très romantiques, à leur manière, mais tous dans une incapacité, une impuissance à exprimer leur sentiment aux autres. Et les chansons allaient vraiment être le lieu où ils pourront partager leurs sentiments. C’est autour de cette idée-là que le film s’est construit. Je n’avais jamais abordé le sentiment amoureux auparavant et on est toujours un peu méfiant par rapport à ça. On a peur d’être mièvre… »
Après avoir déjà présenté deux de ses précédents films à Cannes - 17 Fois Cecile Cassard à Un Certain Regard en 2002 & Dans Paris l’an dernier à la Quinzaine des réalisateurs – Christophe Honoré réussi plutôt brillamment son passage dans « la cour des grands »….
La comédie musicale est un exercice assez délicat au cinéma, notamment lorsqu’il s’agit d’un film français. Si François Ozon avait parfaitement réussi l’exercice il y a quelques années avec 8 Femmes, on ne peut s’empêcher en voyant le film d’Honoré de penser à celui de Jacques Demy, Les Parapluies De Cherbourg. La Palme d’or de 1964 fait en effet office de référence en matière de comédie musicale française… Et, drôle de coïncidence, Chiara Mastroiani (fille de Catherine Deneuve, vedette des Parapluies De Cherbourg) joue dans Les Chansons D'Amour… Autre coïncidence, ces mêmes Parapluies De Cherbourg sont projetés ce soir à 21h30 au cinéma de la plage…
Décidément, tous les chemins mènent à Cannes ! (Amélie Chauvet (Cannes, le 18 mai 2007), Comme au Cinéma.com)
Notes :
Entretien avec Christophe Honoré

Christophe_Honor_Les Chansons D’amour s’est élaboré à partir d’un matériel musical préexistant : des chansons signées Alex Beaupain...
Je connais Alex depuis qu'on a vingt ans. Il a fait la musique de tous mes films, je lui ai moi-même écrit quelques paroles de chansons. Après l'accueil de Dans Paris, qui me permettait de proposer vite un autre projet, je lui ai demandé si je pouvais me servir de ses chansons - certaines issues de son dernier album, d'autres beaucoup plus vieilles - et je les ai intégrées dans un scénario qui racontait une histoire assez douloureuse qui nous était commune. J'ai fait ensuite un travail d'adaptation sur ses textes, et lui ai demandé d'écrire de nouvelles chansons.
C’est la première fois que vous vous confrontez aussi frontalement au sentiment amoureux...
Dans Dans Paris, j'ai osé présenter des gens qui étaient dans l'amour l'un de l'autre, mais il s'agissait surtout d'amour fraternel, je restais gêné par le sentiment amoureux. Pour moi, ce n'était pas rien de mettre le sentiment au cœur d'une histoire, je n'ai jamais su faire ça. D'où l'idée de faire un film où les personnages se mettent à chanter dès qu'ils sont dans un état amoureux parce qu'ils sont dans l'incapacité de l'exprimer autrement. J'ai toujours aimé la chanson, cette manière d'être dans un sentiment intense, mais fugitif, avec un souci permanent de légèreté. J'ai toujours été très fan des chansons d'amour, je peux être bouleversé par une variété française qui a priori ne m'intéresse pas musicalement simplement parce que je suis touché par un refrain, une voix, une émotion que je trouve très justement exprimée.
Vous aviez envie de faire une comédie musicale depuis longtemps ?
Oui, mais je voulais que le choix du genre soit justifié, ne pas être dans la parodie des codes. L'ironie est souvent très flatteuse parce qu'on a l'impression d'être malin mais ça n'a strictement aucun intérêt. Il n'était pas question pour moi de parodier le genre, juste me dire : «Ce film est une comédie musicale parce que les personnages ne peuvent pas exprimer leurs sentiments autrement qu'en chantant.» J'aime l'esprit de la comédie musicale, proche de celui de la pop : ne jamais se plaindre, ne jamais s'appesantir, s'offrir la possibilité du lyrisme à partir d'une tragédie quotidienne.
Être parti d’un matériau chanté préexistant a modifié votre façon d’écrire le scénario ?
Les Chansons D'amour raconte une histoire tellement personnelle que je la connaissais par cœur. La question de l'histoire ne s'est pas posée en fait, seulement l'idée de comment l'affronter sans être pétrifié, comment la raconter, la faire fonctionner dans une structure musicale qui rejaillisse sur l'ensemble du film. Les lieux, comme l'appartement des parents, reviennent comme des refrains, avec une tonalité changée selon ce qui s'est passé dans le couplet précédent. Et comme dans les chansons où certains instruments reviennent ou disparaissent pendant que d'autres s'ajoutent, les personnages secondaires viennent relancer la fiction et d'autres finissent par en être évacués.
Comment s’est passé le travail musical sur le film ?
On a réarrangé les chansons d'Alex avec Frédéric Lo, qui a notamment travaillé avec Daniel Darc - en ne perdant jamais de vue qu'on n'avait pas un an devant nous, ni le budget pour faire venir un orchestre. Nous avons essayé de faire correspondre notre désir avec nos moyens, et je pense que cela finit par créer une esthétique, une justesse. On parle souvent de la justesse des comédiens, de la bonne distance d'une mise en scène mais l'esthétique générale d'un film doit elle aussi être juste. Alex et moi ne voulions pas que les chansons sonnent «cheap». Les acteurs ont beaucoup répété avec Alex. On a fait les premières lectures tous ensemble début novembre, puis enregistré les chansons juste avant Noël pour avoir les play-back sur le tournage, qui commençait en janvier.
Filmer des personnages qui chantent a-t-il modifié votre rapport à la mise en scène ?
Filmer des personnages qui chantent est très compliqué en termes d'incarnation. Il faut arriver à ce que le passage du parlé au chanté, puis le retour au parlé, paraisse naturel... Mais qu'en même temps, il se passe quelque chose de l'ordre du «pas naturel». Il faut que la mise en scène accepte de s'affranchir d'un réalisme, mais sans tomber dans le clip. La peur de transformer mon film en 13 clips me donnait des sueurs froides. À tel point que la première chanson que j'ai tournée, je l'ai faite en plan séquence, en m'interdisant tout découpage. Mais je me suis aperçu tout de suite que c'était une très mauvaise idée, parce que j'allais me retrouver au montage avec des plans séquence que je ne pourrais absolu- ment pas couper. Je suis donc allé dans une mise en scène et des découpages de plus en plus complexes au fil des chansons et selon l'émotion qu'elles expriment.
«Le départ», «L’absence», «Le retour»... Une structure en trois parties...
C?est au montage que je me suis aperçu qu'il y avait trois parties dans le film. C'est la structure classique de toute comédie ou drame sentimental. Dans Les Chansons D'amour, le retour du sentiment amoureux passe par un tiers extérieur au drame, et par l'arrivée d'un fantôme. Peut-être d'ailleurs que le désir fondateur du film était d'offrir à ce fantôme là un retour sur terre le temps d'une chanson.
Chacun des personnages réagit très différemment à l’irruption du tragique...
J'ai l'impression qu'ils réagissent surtout à des vitesses différentes. Ismaël (Louis Garrel) marche à l'aveugle mais il continue à marcher, malgré tout. Dès le début du film, je l'ai filmé en mouvement, et ce mouvement, je refusais de le suspendre malgré le surgissement de la catastrophe. Et puis Erwann (Grégoire Leprince-ringuet) accélère un peu plus sa course. Jeanne (Chiara Mastroianni), elle, est condamnée à l'immobilité : elle reste un point fixe. La catastrophe la fige. Quant à Alice (Clotilde Hesme), elle marche à côté d'Ismaël, puis elle prend une parallèle, part dans une autre histoire avec ce garçon breton qu'elle rencontre. Souvent dans mes films, la tragédie naissait de l'attente de la catastrophe. Les Chansons D'amour est plus dans la conséquence, la résistance. C'est un film plus au présent finalement. Ici la catastrophe offre de nouveaux territoires à parcourir.
Notre époque aussi a droit à ses tragédies ?
La tragédie ne prévient pas, on n'a pas besoin de la Guerre de Troie pour qu'elle fasse irruption dans notre vie. L'idée a été d'incarner l'histoire dans la ville... Sans pour autant faire un film documentaire et militant, je tenais à une dimension d'actualité, d'où l'idée que le personnage d'Ismaël soit secrétaire de rédaction, c'est-à-dire en charge de l'actualité du monde. La fin de son idylle et de son insouciance ne se fait pas hors du monde.
Vous assumez la dimension d’être un cinéaste des années 2000, qui filme le monde d’aujourd’hui, en fait partie...
Oui, je ressens très fort cette nécessité de faire avec le monde, aujourd'hui. Je crois que cette nécessité est aussi liée aux conditions de production de ce film et du précédent. Il s'est écoulé très peu de temps entre le moment où j'ai exprimé le désir de faire ces films et celui où on les a tournés. Paulo Branco peut être très réactif, décider en octobre de faire un film en janvier. Du coup, tu n'as pas le temps de te construire un autre monde dans ta tête, tu ne peux qu'être dans le présent de ce que tu vis personnellement, dans le présent de ce que vivent les acteurs, la ville, la société...
Cet ancrage dans le réel est d’autant plus frappant que le film relève de la comédie musicale...
Dans les comédies musicales, on a souvent la sensation d'être dans une bulle un peu kitsch, avec des références acidulées, des chansons qui produisent un décollement du réel. Quand le monde extérieur est là, il est convoqué. Dans Les Chansons D'amour, je convoque moins le monde que je ne fais avec. Je pense que le fait de filmer la ville où je vis change profondément les choses. Dans Dans Paris, il s'agissait d'un Paris «musée». Pour Les Chansons D'amour au contraire, j'ai choisi de me limiter au Xème arrondissement de Paris. Le Xème est l'un des rares arrondissements où l'on travaille dehors, avec des gens qui déchargent des camions de livraisons... Il ne s'agissait pas de bloquer des rues pour tourner, je voulais que la vie s'infiltre le plus possible dans les plans, et aussi respecter la géographie des lieux. Je m'étais donné cette contrainte non pas tant pour produire un effet de réel que pour m'empêcher de fantasmer un film.
Comment s’est passé le casting ?
La première qui s'est imposée à moi, c'était Chiara. J'avais envie de travailler avec elle depuis longtemps et je l'avais entendue chanter. Travailler avec elle a été une révélation. J'ai eu l'impression de trouver mon double féminin, je compte bien refaire de nombreux films avec elle. Quant à Ludivine, je lai croisée de manière imprévue, je l'avais aussi entendue chanter. Humainement, quelque chose s'est vite installé entre nous, comme une confiance. Mais je n'avais pas encore le personnage masculin à l'époque de cette rencontre, je ne pouvais pas vraiment m'engager. Ça ne l?inquiétait pas, elle m'a juste répondu «sache que je suis là si t?as besoin de moi». Et évidemment, j'ai eu besoin d'elle. Besoin et envie. Clotilde Hesme, on avait travaillé ensemble au théâtre il y a longtemps, avant même qu'elle fasse Les Amants Réguliers.
Cela m'amusait de recomposer, différemment, le couple qu'elle formait avec Louis dans Les Amants Réguliers. Et surtout, j'avais envie de la faire jouer sur un registre pétillant. Son personnage vient continuellement redonner du carburant au récit. À mon avis, Clotilde va bientôt débarquer dans le cinéma français avec la force d'un bulldozer délicat.
C’est la troisième fois que vous travaillez avec Louis Garrel...
Oui, mais j'ai failli ne pas le prendre ! Je croyais qu'il ne savait pas chanter. Et puis au départ, je cherchais un Ismaël plus vieux que Louis. J'ai donc commencé à voir des comédiens, et je me suis aperçu que la manière dont parlait le personnage, c'était Louis, sa musique. Pendant ce temps-là, Louis m'appelait régulièrement pour savoir où j'en étais du casting, il me conseillait des acteurs. Puis il m'a demandé de lire le scénario. Il me laissait des messages sur mon répondeur : «Tu sais, je chante un peu, moi aussi...» Je n'imaginais pas faire un troisième film avec lui mais il était très insistant ! Alors je lui ai envoyé une chanson d'Alex en lui proposant de la répéter. Un jour, il est venu chez moi pour nous présenter son travail, à Alex et à moi. Il nous a demandé de nous retourner pour qu'il puisse chanter sans nous voir, et il s'est lancé... La peur faisait trembler sa voix, mais pour Alex et moi, ça a été une évidence. En fait, ce rôle était pour lui dès le départ, je crois que sans m'en rendre compte, je l'avais écrit pour lui. Quelque chose s'est construit entre nous avec tous ces films, quelque chose qui nous échappe mais qui nous a tous les deux construits et changés. Il m'a permis de trouver ma manière, mon identité de cinéaste.
Et Grégoire Leprince-ringuet dans le rôle d’Erwann ?
Il jouait dans Les Égarés d'André Téchiné. Je me souvenais très bien de sa voix, très particulière comme celle de Chiara ou Ludivine. On a d'ailleurs appris ensuite qu'il avait été repéré par André dans une chorale. Grégoire représente une certaine jeunesse sans être du tout dans les clichés, ni dans le fantasme sexuel d'aujourd'hui. Sa beauté est franche, pas tapageuse. Je tenais à représenter un jeune qui ne doute pas de son homosexualité mais qui n'a pas encore eu d'aventure. Erwann n'est pas tourmenté par sa sexualité mais par ses sentiments. Grégoire avait une simplicité, une sorte de bonté qui m'a très vite convaincu.
À notre époque, on peut encore mourir d’amour...
Oui, le sentiment n'est pas sans danger. J'appartiens à une génération où le «mourir d'amour» était forcément lié au Sida et j'avais envie de remettre ce danger sur le terrain des sentiments, sans passer par le sexe. Le Sida est toujours là, mais le danger réside aussi dans la manière de ne pas se sentir aimé ou de ne pas savoir aimer.
Avec aussi l’idée de devoir trouver son rythme. «Aime-moi moins mais aime-moi longtemps», réclame Ismaël...
Dans les années 80, l'un des personnages de Carax demandait : «Est-ce qu'il existe l'amour qui va vite mais qui dure toujours ?». Vingt ans plus tard, Les Chansons D'amour traduit ce même sentiment, mais avec une lucidité ajoutée. Ce que réclame Ismaël, ce n'est plus des preuves d'amour, il aimerait mieux être aimé de manière clandestine mais avec persévérance. En fait, aujourd'hui je pense à l'inverse de Cocteau : «Les preuves d'amour n'existent pas, seul l'amour existe».
Entretien avec Alex Beaupain
Définiriez-vous Les Chansons D’amour comme une comédie musicale ?

Pas vraiment. Quand on parle de comédie musicale, on pense aux films de music-hall, à l'entertainment, comme les américains savent faire, avec des numéros chorégraphiés, des chansons qui commentent l'action. Ou alors aux films de Jacques Demy, qui a inventé un nouveau langage musical : les paroles chantées. Il me semble que Les Chansons D'amour relève davantage d'une tradition française des années 60/70, comme Jules Et Jim de Truffaut par exemple, où tout d'un coup, les personnages se mettent à chanter «Le tourbillon de la vie». Sauf qu'au lieu d'avoir une ou quelques chansons, comme c'était aussi le cas de Dans Paris, on a ici 13 chansons qui structurent le film.
Comment avez-vous travaillé les arrangements musicaux ?
Pour nous, il était évident qu'il fallait réarranger les chansons pour créer une homogénéité entre celles issues de mon premier album et celles qui existent par ailleurs. Et puis c'était plus excitant ! Mais je connais trop ces chansons, j'avais besoin d'un regard extérieur. Très vite, nous avons eu envie de travailler avec Frédéric Lo, réalisateur de «Crève-cœur» de Daniel Darc, un album très lyrique et ample malgré le minimalisme des arrangements. Frédéric avait réussi à faire «parler-chanter» Daniel Darc, ce qui se rapprochait de notre problématique d'adaptation des chansons pour des acteurs : rechercher l'interprétation plutôt que la technique vocale.
Contrairement à une chanson que l’on écoute et réécoute sur un album, une chanson dans un film doit avoir un effet immédiat sur le spectateur et s’inscrit dans une histoire...
Il y a une idée de parcours dans ce film, les chansons et le moment où les personnages les chantent ne sont jamais anodins. Ni comment : seul, en duo, en trio, en famille... Le film commence sur des chansons assez légères. Et on avance petit à petit vers une musicalité plus intense et lyrique. On a beaucoup travaillé les ambiances sonores en fonction de comment allaient se structurer les scènes, si elles se déroulaient en extérieures ou dans une chambre. Mais ces orientations se sont dessinées de manière naturelle,sans doute parce que Christophe, en écrivant son scénario, avait déjà pensé précisément à la manière d'intégrer les chansons dans les scènes.
La décision que les acteurs ne soient pas doublés mais chantent vraiment s’est imposée d’emblée ?
Oui, du fait de l'expérience d'avoir fait chanter Romain Duris dans Dans Paris, qui nous avait convaincus qu'un acteur, même quand il n'a aucune technique vocale, a une qualité d'interprétation et d'intention qui le rend dix fois plus émouvant qu'un chanteur professionnel. Mais comme il y avait 13 chansons, et non plus une seule comme dans Dans Paris, on ne pouvait plus jouer sur l'effet de surprise d'entendre l'acteur chanter, qui rend les spectateurs moins critiques, moins attentifs aux limites vocales.
C’est vous qui avez fait répéter les chansons aux acteurs ?
Oui, on a fait trois semaines de répétitions chez moi avant d?entrer en studio. Je les faisais travailler juste en piano/voix. Comme c'étaient des acteurs, je m'étais dit qu'on allait travailler sur le «parler/chanter» mais en fait, ils avaient tous beaucoup de facilités, ils chantaient vraiment, ils osaient se lancer dans la mélodie, dans le rythme.
Dans «Pourquoi viens-tu si tard ?», chantée par le fantôme de Julie, il y a l’idée qu’une chanson peut être adressée par-delà le temps...
Je n'avais pas écrit cette chanson dans cet esprit. Pour moi, c'était une chanson «d'après», qui n'avait plus du tout de lien avec l'histoire racontée dans le film. Je l'avais écrite pour quelqu'un d'autre. J'ai donc été très surpris, à la lecture du scénario, que Christophe l'utilise de cette façon là. On pouvait penser qu'à partir du moment où Julie disparaît, elle ne chantera plus. Et voilà qu'elle réapparaît avec cette chanson. Je trouve que c'est une très belle idée, d'autant plus dans ce film qui a été écrit pour continuer de faire exister une personne, quelque part...
Entretien avec Louis Garrel
Louis_GarrelChristophe Honoré ne pensait pas à vous pour Les Chansons D’amour. Pour vous, c’était important de le convaincre de faire ce troisième film ensemble ?

Oui, j'aime travailler avec Christophe, c'est facile et amusant, naturel. J'ai joué le destin, l'adage «Jamais deux sans trois» ! Un jour, je suis allé chez Christophe pour leur prouver, à Alex Beaupain et à lui que je savais chanter. Pour moi, chanter devant eux était plus impudique que ce que je faisais dans Ma Mère ! Chanter... C'est quelque chose qu'on ne contrôle pas, c'est tellement anti-naturel de se mettre à chanter devant les autres. La plupart du temps, on chante tout seul... Pour moi, chanter relève du féminin, cela fait partie de la séduction des femmes, de leur côté sirène !
Sur le film, comment avez-vous abordé ces scènes chantées ?
La grande difficulté du film a été de jouer à l'écran les chansons que nous avions pré- enregistrées. Comment rendre à l'image l'effort de chanter alors qu'on ne chante pas vraiment ? Pour moi, c'était insoluble comme un problème de maths ! Ca me rendait fou, même si Christophe me disait de me laisser aller, d?assumer le côté anti-naturel du chant dans un film...
Selon vous, qu’est-ce que la chanson permet d’exprimer de singulier ?
Au Conservatoire, j'ai compris en chantant Don Giovanni que le chant a un caractère divin. Il est une adresse possible au ciel, il permet de sortir de la filiation terrestre. En chant, on communique avec des temps très reculés. Chanter dans un film, c'est faire se rencontrer un art très ancien et un art qui a 110 ans, un immense vieillard et un nourrisson... Je crois que la chanson permet d'exprimer la tragédie de vies apparemment banales. La chanson est celle par laquelle la tragédie peut arriver dans l'histoire.
Vous qui travaillez avec Christophe Honoré depuis 3 films, vous voyez une évolution dans son cinéma ?
Dans Dans Paris, on était beaucoup parti en improvisations. La mise en scène Des Chansons D'amour était plus réglée, c'était comme un vieux film pour Christophe, il portait cette histoire en lui depuis longtemps. Je sentais que son désir venait de loin, c'était comme un accouchement tardif. Dans Ma Mère, j'étais le fils ; dans Dans Paris, j'étais le frère ; dans Les Chansons D'amour, je joue un père potentiel qui n'assume pas cette place. On ne voit jamais la famille d'Ismaël, on ne sait pas d'où il vient. Je me demandais pourquoi Christophe avait fait de lui un Juif... Peut-être justement parce que le peuple juif est celui qui erre toujours, qui n'a pas d'attaches. Je connais des histoires de Juifs qui ne se sentent jamais autant chez eux que chez les autres, comme Ismaël dans le clan familial de Julie.
Et le cœur de Julie...
Dans le scénario, le couple se disputait parce que lui ne veut pas d'enfant. Cet aspect est moins présent dans le film mais je me racontais cette culpabilité-là pour jouer mon per- sonnage : tuer une femme parce qu'on ne lui donne pas un enfant. Si Julie fait un arrêt du cœur, c'est parce qu'elle ne pouvait pas continuer à vivre sans enfant. Je ne pense pas que c'est un hasard si Ismaël rencontre ensuite un garçon. Ismaël tombe amoureux de quelqu'un qui ne peut pas faire d'enfant, quelqu'un de complètement différent de Julie, qui n'empiètera pas sur son amour avec elle. Erwann arrive très rapidement dans la vie d'Ismaël. Le désir et le rire font fi de la mort...
Même en plein cœur du drame, vous faites planer un souffle de légèreté sur votre personnage...
La scène de la marionnette dans la cuisine, à la lecture du scénario, me semblait vraiment délicate... Comment arriver à être léger avec la famille de Julie alors que celle-ci vient de décéder ? Le rire n'est pas moral et j'essaye de l'aborder comme un clown. Ismaël vit une tragédie, mais il essaye d'être dans la légèreté, sans pour autant perdre la conscience du drame...
Dans Les Chansons D’amour, votre complicité de travail avec Christophe Honoré vous plaçait-elle dans une position particulière ?
On appelle «l'hôte», celui qui reçoit et qui est reçu... Eh bien, j'étais l'hôte de ce film : j'étais reçu par Christophe dans son film et je recevais les autres qui tournaient avec lui pour la première fois. Cette position est plutôt agréable : je laissais la responsabilité des désagréments à Christophe, et en même temps, je me sentais responsable du plaisir.
Entretien avec Ludivine Sagnier
Ludivine_SagnierComment êtes-vous arrivée sur le projet de Chansons D’amour?
Depuis 17 Fois Cécile Cassard, Christophe faisait partie des gens avec qui j'avais envie de travailler, il était sur ma «liste». On s'est rencontrés par hasard dans un café, et puis mon agent m'a obtenu un rendez-vous... Au début, il hésitait un peu et finalement tout s'est fait très vite. Un mois plus tard, on enregistrait les chansons. Ce film s'est fait dans l?urgence, avec un petit budget, de manière assez légère et impromptue.
L'expressionnisme des chansons renforce cette spontanéité, notamment dans la façon d'aborder les dialogues. Les chansons sont suffisamment explicites pour que l'on n'ait pas besoin d'appuyer le jeu. Elles permettent d'être plus direct, de mettre en place une situation sans longue exposition. C'est très agréable de faire un film où la musique est un personnage en lui-même, qui donne l'impulsion des situations. Avant de commencer le film proprement dit, on était déjà dans le jeu, grâce aux chansons qu'on avait pré-enregistrées. On avait chacun notre CD, toute l'équipe baignait dans cette ambiance musicale comme dans une bulle.
Vous aviez une appréhension à interpréter un rôle chanté ?
C'était plutôt un plaisir... J'avais déjà chanté dans les films de François Ozon, et puis ces chansons ne demandent pas une technique incroyable. On ne pousse pas la voix, on est dans quelque chose de très intime. Et l'intimité, ça fait moins peur que la démonstration. Finalement ce n'est pas nos talents de chanteurs qui sont exploités là, ce sont nos talents de jeu et d'écoute, notre précision et notre sensibilité. Le film de Christophe est sur un registre quotidien et naturaliste. C'était dur pour moi au début de me retenir : j'avais envie de mar- cher en rythme, de danser, de tourner sur moi-même, de bouger la tête ! On entendait la musique au haut-parleur, c'était très difficile de rester statique, de «dérythmer» tout ça.
Chacun réagit différemment à la disparition de Julie...
Ce que j'aime chez Christophe, c'est qu'il n'est pas dans le jugement, notamment vis-à-vis d'Ismaël, qui trouve refuge dans les bras d'un garçon. Jeanne, elle, se flagelle avec les détails matériels. Je la comprends très bien, cette réaction est très humaine, mais sublimée ici par la comédie musicale. Les Chansons D'amour fait écho à Une Femme Est Une Femme. Le film se passe dans le même quartier de Paris, une femme a envie d'un enfant... Godard avait lui aussi une façon très légère de traiter l'adultère, le couple à trois. En surface, les dialogues sont très légers mais finalement, l'histoire racontée est tragique.
Comment s’est passé le travail avec Louis Garrel ?
Louis est devenu un pilier dans le cinéma de Christophe. Il a une aura, une singularité, une liberté dans le jeu et une manière de restituer son époque qui n'est pas artificielle. Il est dans un décalage jubilatoire à regarder. Face à lui, j'étais dans le cinéma que j'aime. Christophe Honoré a une façon particulière de travailler ? Il est très détendu et consacre énormément de temps aux acteurs. Il y a une complicité entre lui et les acteurs, il aime bien les toucher, se mettre à leur place, se mettre dans leurs marques, on a l'impression d'être un peu en fusion avec lui. J'aime bien quand le metteur en scène est le double de ses acteurs, qu'il est avec nous en train de jouer.
La famille de Julie est très présente...
J'aime beaucoup cette scène où toutes ces sœurs sont allongées sur le canapé avec le père, qui est comme un gros matou avec ses petites poulettes. Dès la lecture du scénario, j'avais l'impression de connaître cette famille. Il y avait quelque chose d'évident. Christophe a un sens du dialogue absolument dément. Il a de l'humour, un sens du détail et des connivences. J'adore le personnage de la petite sœur (Alice Butaud). Elle a un cynisme incroyable, elle est détachée, c'est un peu la gamine que j'aurais pu jouer avant.
On peut entendre la fin d’un cœur trop agité ?
Julie s'est attachée à Alice mais elle a aussi envie d?avancer dans son couple. Profondément, je crois qu'elle est dans une forme d'abnégation, elle vit ce schéma à trois pour faire plaisir à son homme. Il y a de la dévotion dans son personnage. Julie a une haute vision de l'amour, et elle attend que son homme fasse pareil. Ce qu'elle n'a pas compris c'est que les hommes sont égoïstes ! Le film ne raconte pas l'égoïsme d'Ismaël mais en filigrane pourtant, il pose la question : «Pourquoi moi je te donne tout ce que j'ai et pourquoi toi, tu ne me donnes pas tout ton amour ? Pourquoi tu ne me dis pas que tu m'aimes, pourquoi tu ne me dis pas que tu veux des enfants, pourquoi tu tournes autour du pot et pourquoi tu ne me dis pas ce que je veux entendre ?» Julie attend quelque chose de durable, elle lutte contre les amours passagères, elle a une vision assez classique de l'amour. Parfois on meurt sans cause, c'est toute la brutalité de la vie... Ce que j'aime dans le film, c'est que le couple à trois n'est pas conçu comme une forme de libertinage ou de transgression. Le cinéma de Christophe n'est pas dans la subversion, il est dans l'acceptation de ce qui peut arriver. Ce qui est un peu symptomatique de notre époque, qui essaye de se laver des années Sida, de se déculpabiliser vis-à-vis du sentiment amoureux. À cet égard, le personnage d'Erwann est magnifique : c'est l'ange de la rédemption.
Entretien avec Chiara Mastroianni
Chiara_MastroianniVous connaissiez le cinéma de Christophe Honoré avant de jouer dans Les Chansons D’amour?
J'avais vu et beaucoup aimé Dans Paris, notamment la chanson entre Romain Duris et Joana Preiss, qui était mon moment préféré. Quand il m'a présenté le projet des Chansons D'amour, je ne pouvais qu'être enchantée qu'il pousse plus loin l'expérience de la chanson dans un film. J'aime la spontanéité de Christophe. Il est timide et audacieux à la fois.
Pour vous, qu’est-ce que la chanson permet d’exprimer dans le film ?
Déjà, elle permet de s'amuser ! La chanson a une dimension très ludique. Même si on ne peut pas dire que j'interprète la chanson la plus joyeuse du film !... Jeanne parle peu, c'est un personnage assez renfermé. Dans la chanson «Parc de la Pépinière», enfin, elle peut s'exprimer. Christophe tenait à ce que ce moment soit dramatique. Il m'avait dit que si je pleurais, ce ne serait pas plus mal... Je trouve très beau que Christophe ait voulu passer par le chant pour raconter cette histoire douloureuse. La chanson est une bouffée d'air qui allège la peine des personnages. La chanson ne se prend jamais au sérieux.
Malgré votre expérience de chanteuse, vous aviez peur de ces moments chantés ?
Oui, j'avais peur. J'ai toujours peur de toutes manières ! Mais ma peur était stimulante, pas du tout paralysante. Je ne suis pas sûre que mon expérience de chanteuse m'ait vraiment servie car c'est très différent de chanter seule dans un studio et d'être filmée en train de chanter. Mais j'étais encouragée par mon amour de la comédie musicale, de Minnelli à Jacques Demy. Et puis Christophe dédramatisait l'enjeu de ces scènes chantées. Il les abordait simplement, sans en rajouter. Il «banalisait» presque son projet pour ne pas nous intimider.
Vous aimez les chansons d’amour ?
Evidemment, surtout les tristes ! Je suis très bon public.
Jeanne, votre personnage, est peut-être celle dont la tristesse est la plus grande quand Julie s’en va. Par opposition à Ismaël ou Alice, son chagrin la cloue sur place...
Jeanne n'a pas une vie personnelle très remplie. Alors forcément que la tristesse y prend beaucoup de place quand elle perd sa sœur. Jeanne a moins de ressorts que les autres. Ce deuil arrive très tôt dans sa vie, trop tôt... Surtout, la mort de Julie reste inexpliquée, comme si le destin était venu frapper à la porte de cette famille. D'où le sentiment de culpabilité de Jeanne : pourquoi est-ce Julie et non pas elle qui est morte ?
Jeanne porte la culpabilité de celle qui reste. Ismaël rebondit mieux. Le deuil de Julie le chamboule et le recadre en même temps, l'oblige à se ressaisir, à se réveiller. Il est animé d'une pulsion de vie.
Julie subit un «arrêt du cœur». Symboliquement, croyez-vous qu’on peut mourir de trop souffrir sentimentalement ?
Oui, je pense qu'on peut mourir à cause de ses sentiments, se laisser mourir. Cela arrive bien aux animaux, alors pourquoi pas aux hommes ?! J'aime le film de Christophe aussi pour ça : il assume de raconter une histoire damour, au premier degré, sans snobisme.
En faisant ce film, pensiez-vous aux Parapluies De Cherbourg, au rôle qu’avait tenu votre mère ?
Pas du tout. Christophe n'avait d''ailleurs pas évoqué cette référence. C'est seulement en voyant des photos de tournage de Ludivine dans son petit manteau blanc que j'y ai pensé. Mais à la lecture du scénario et sur le tournage, pas du tout. Ce film s'est fait de manière très spontanée, dans des conditions très légères. Christophe a monté son film très vite, il voulait saisir un instant de vie. J'ai l'habitude de ces petits films produits par Paulo Branco et cette économie de moyens ne me gêne pas. Du moment que le metteur en scène peut faire le film qu'il veut, tant qu'il y a assez de pellicule !
Entretien avec Clotilde Hesme
Clotilde_HesmeComment êtes-vous arrivée sur le projet des Chansons D’amour?
J'avais déjà travaillé avec Christophe Honoré au théâtre, dans une pièce de lui qui s'appelle « Les Débutantes». Hélas, il n'y avait eu que quatre représentations, à Dijon. C'était un grand regret et l'on s'était promis de retravailler ensemble. Il m'a appelée pour un rôle dans Dans Paris mais je jouais au théâtre. Avec Les Chansons D'amour, je ne pouvais plus louper le coche ! J'ai une grande admiration pour Christophe, pour son travail d'écrivain, de cinéaste, de dramaturge, de directeur d'acteur. Il est très lié au langage et à la parole sans pour autant tomber dans la cérébralité. Avec lui, les répétitions sont très physiques, le langage passe par le corps.
C’est d’autant plus vrai dans le cas de la pétillante Alice, le personnage que vous jouez...
Oui, Alice a un débit infernal, un débit de mitraillette qui menace toujours de partir en vrille. Quand Christophe me faisait travailler le fait qu'Alice parle vite, j'avais l'impression de me muscler la diction !
Vous n’aviez pas peur d’avoir à chanter ?
Au Conservatoire, j'étais complètement passée à côté des cours de chants parce que j'étais terrorisée à l'idée de devoir chanter. Cela déclenchait chez moi des crises de larmes, à tel point que le professeur croyait que cela cachait un traumatisme, que peut-être ma mère était une célèbre cantatrice ! Ce n'est que plus tard que j'ai repris des cours. J'ai suivi un stage à l'année avec un professeur formidable qui m'a donné envie de chanter. Et heureusement ! Sans le savoir, je m'étais préparée au film de Christophe...
Vous aimez les chansons d’amour ?
J'adore ! Je suis très variété. Ma sœur écrit des chansons, je suis très liée à cette culture.
Selon vous, qu’est-ce que les chansons apportent à cette histoire ?
Elles permettent de parler de la mort en restant dans la vie, en étant joyeux. La joie est très présente chez Christophe. C'est un créateur farouchement du côté de la vie. Comme Alex Beaupain, d'ailleurs. Je crois que c'était très important pour eux de raconter cette histoire ensemble. J'avais trouvé fabuleuse la scène chantée au téléphone entre Romain Duris et Joana Preiss dans Dans Paris. J'aurais voulu que cela dure encore plus longtemps, qu'il y ait davantage de scènes de ce genre. C'est chose faite avec Les Chansons D'amour et je suis contente et fière d'avoir fait partie de l'aventure.
Quel regard portez-vous sur les liens qui unissent le couple que forment Julie, Alice et Ismaël ?
L'amour est possible entre eux parce qu'ils sont trois. Dès que Julie disparaît, tout devient bancal, l'amour entre Ismaël et Alice n'a plus de raison d'être. Il serait presque indécent pour Alice de continuer à aimer Ismaël maintenant que Julie n'est plus là. Alice a un double deuil à faire : celui de Julie et celui de son amour pour Ismaël. Le deuil de Julie lui a révélé l'amour qu'elle porte à Ismaël. Jusque-là, sa bisexualité la protégeait de son amour pour Ismaël, elle se réfugiait derrière ses sentiments pour Julie.
Dans Les Chansons D’amour, Christophe Honoré aborde frontalement le sentiment amoureux...
Oui, il n'a pas du tout peur de l'émotion et des sentiments. Il y va, sans cynisme aucun, mais avec parfois un peu d?auto-dérision, notamment par le biais de mon personnage, quand elle se moque de l'amour entre Julie et Ismaël : «Tant de sentimentalisme, ça me dégoûte !» Mais il entre aussi une part d'envie chez Alice. D'une certaine manière, elle rêverait d'être à leur place... Avec Les Chansons D'amour, Christophe met en scène des gens qui s'aiment et je trouve ça très noble et courageux d'être comme ça aujourd'hui, de raconter une telle histoire. On est dans une époque qui n'assume tellement pas d'avoir des sentiments grands et nobles...
Entretien avec Grégoire Leprince-ringuet
Gr_goire_Leprince_RinguetComment êtes-vous arrivé sur le projet des Chansons D’amour ?
Je connaissais tous les films de Christophe. J'avais vu Dans Paris le jour de sa sortie et j'écrivais des textos à tout le monde : «Courez voir ce film, c'est génial !». Le lendemain, coïncidence totale, on m'a appelé pour le casting des Chansons D'amour...
Comment décririez-vous Erwann, votre personnage ?
Erwann n?est pas quelqu'un de mystérieux, ni de très compliqué. C'est un jeune homme qui a toute l?existence devant lui et qui vit une histoire d'amour au lieu d'aller au lycée. C'est très beau, on a tous rêvé de faire ça ! Erwann accepte en toute insouciance de tomber amoureux d'un garçon de dix ans son aîné et pas forcément homosexuel. Erwann a la naïveté de croire que s'il donne tout son amour, en le criant sur les toits, ça va marcher...
Savez-vous pourquoi Christophe Honoré vous a choisi ?
Déjà parce que j'ai une tête de breton, même si je suis normand ! Dans le scénario, Erwan était décrit comme un rayon de soleil et j'ai essayé de retranscrire cette caractéristique en chantant des notes un peu plus hautes, en ajoutant des tierces dont certaines ont été gardées, notamment sur la dernière chanson : «J'ai cru entendre je t'aime».
La chanson vous a aidé à composer le personnage, à savoir qui il était...
Oui, l'envie d'aller dans des sons aigus et clairs m'a aidé à concevoir mon personnage. Je me dis d'ailleurs que ce serait un super exercice de toujours avoir à chanter une chanson pour savoir à quoi ressemble son personnage... Quand on chante, le travail sur la voix est d'emblée plus évolué. Ne serait-ce que pour être juste. On s'écoute beaucoup plus chanter que parler, on se rend davantage compte de la teinte de sa voix, de ses intonations. J'ai fait du chant tout petit, j'étais aux chœurs d'enfants de l'Opéra de Paris, en alto.
Comment caractériseriez-vous le cinéma de Christophe Honoré ?
Le cinéma de Christophe est très moderne dans ses idées et dans ses personnages, qui sont à la pointe des aventures et des tristesses d'aujourd'hui. La mélancolie est un sentiment très actuel. Christophe est quelqu'un de moderne dans sa façon d'être et de vivre et cela se reflète dans Les Chansons D'amour, qui met en scène une liberté sexuelle - et aussi sentimentale, avec beaucoup de simplicité. (Comme au Cinéma. com)

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29 avril 2008

Chacun sa nuit

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Sortie en France 20 septembre 2006
France

Réalisateur : Pascal Arnold, Jean-Marc Barr
Producteur : Pascal Arnold, Jean-Marc Barr, Lene Borglum 
Vibeke Windelov 
Producteur délégué : Karina Grandjean
Scénariste : Pascal Arnold
Directeur de la photographie : Jean-Marc Barr 
Compositeur : Irina Decermic 
Monteuse Chantal Hymans 
Monteur son : Agnès Ravez 
Mixage : Thierry Delor 
Conseiller technique : Chris Keohane 
Décorateur : Serge Borgel 
Costumière : Mimi Lempicka, Antigone Schilling 
Maquilleuse : Catherine Bruchon 
Ingénieur du son : Pascal Armant 
Directeur de production : Julien Berlan
Interdit aux moins de 12 ans
Drame
95 mn
Distribution :
Lizzie Brocheré (Lucie), Jean-Christophe Bouvet (Vincent Sylvaire), Valérie Mairesse (Agnès), Nicolas Nollet (Baptiste), Guillaume Baché (Nicolas), Pierre Perrier (Sebastien), Arthur Dupont (Pierre), Karl E. Landler (Paul), Matthieu Boujenah (Damien), Pierre Beziers (Le Lieutenant), Antoine Coesens (M. Saunier), Guillaume Gouix (Le Skinhead), Claude Lecat (Mme Saunier), Stéphane Dauch (Le Psychiatre), Marion Donon (Julie), Fabrice Michel (Serge), Rémi Laugier (L'Employé Du Crématoire).
Synopsis :
Nicolas, Sébastien, Baptiste, Lucie et Pierre sont cinq adolescents unis dans une amitié indéfectible qui se concrétise dans la création d'un petit orchestre pop-rock et dans une sexualité des plus libérée. Lucie et Pierre sont frère et soeur et leur proximité dépasse de loin les tranquilles rapports incestueux. Lorsque ce dernier est trouvé sauvagement assassiné, dans la clairière d'un sous-bois, les soupçons se portent aussi bien dans le milieu homosexuel de la région que dans la sphère des gens du voyage .....
Propos de Jean-Marc Barr et de Pascal Arnorld
Critiques
Bande-annonce
Site officiel
Photos censurées

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Secrets de tournage :
Une esthétique nouvelle...
Les deux réalisateurs Pascal Arnold et Jean-Marc Barr souhaitent créer un cinéma novateur dans le paysage français et ont la volonté de faire "autrement". Ainsi, leur long-métrage est filmé en numérique, sur le modèle du cinéma indépendant américain mais avec la touche intimiste française en plus, le film opte pour des sons réels et des images naturelles cadrées au plus près avec cependant une inclination pour l'esthétisme des corps d'adolescents parfaits et certaines scènes en ombres chinoises (comme le générique ou l'on voit les cinq silhouettes des protagonistes danser). Certains passages musicaux intenses (notamment dans la boîte de nuit) viennent rythmer le film assez lent, d'une manière générale.
Inspiré d'une histoire vraie...
Le scénario du long métrage de Pascal Arnold et Jean-Marc Barr est inspiré d'un fait divers monstrueux qui est survenu dans le sud de la France il y a quelques années et dont les protagonistes n'ont jamais expliqué les raisons et les actes : un jeune homme a été retrouvé, battu à mort. " Lésions cérébrales, hémorragie interne "... Pascal Arnold explique : C'est dans un journal que j'ai découvert le fait divers qui a inspiré Chacun sa nuit. Le fait que les protagonistes de ce fait divers n'ont jamais expliqué leurs actes a provoqué mon imaginaire. S'il y avait eu des raisons précises derrière tout ça, je n'aurais jamais écrit cette histoire. En passant un tel fait divers au prisme de la fiction, je cherchais à cerner comment des adolescents pouvaient arriver à cet extrême-là. Régulièrement des adolescents ou des jeunes adultes passent à l'acte, dans une révolte à priori inexplicable, dans la sphère de l'intime. Notre film n'entend pour rien démontrer, ni livrer de quelconques explications psychologiques. On souhaitait juste questionner un manque de repères de plus en plus évident dans notre société, où, par voie de fait, la trahison comme ce meurtre est le point ultime. 
Jean-Marc Barr faisait partie du casting
Le réalisateur Jean-Marc Barr devait tenir un rôle dans le film. La scène a du être supprimée au montage pour éviter que le film ne soit trop long. Cela n'a posé aucun problème à l'acteur-réalisateur-producteur qui préférait, pour cette fois, rester derrière la caméra. Il s'explique : "J'avais aussi un rôle dans Chacun sa nuit, une des fausses pistes censées expliquer le meurtre de Pierre. Mon personnage s'appelait Philippe. Cela n'a pas fait grand mal à mon ego de me voir sacrifié au montage ! (rires) Que je joue ou non [...] ne modifie pas notre manière de travailler. Ce qui compte c'est que le bateau avance." 
Un vrai couple parmi les acteurs du film !
Lors d'une émission télévisée, à la question "Etant donné le casting, constitué de jeunes gens du même âge, y a t'il eu des rapprochements entre eux?", Jean-Marc Barr a répondu "Oui". En effet, l'actrice principale Lizzie Brocheré qui incarne Lucie et Pierre Perrier qui interprète Sebastien vivent une belle histoire depuis leur rencontre sur le plateau. (Allociné)

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Chronique d'un scandale

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Sortie en France 28 février 2007
Titre original : Notes On A Scandal
Grande-Bretagne
Réalisateur : Richard Eyre
Producteur : Robert Fox, Scott Rudin 
Producteur exécutif : Redmond Morris
Scénariste : Patrick Marber 
D'après l'oeuvre de Zoe Heller
Directeur de la photographie : Chris Menges 
Compositeur : Philip Glass 
Monteur : John Bloom, Antonia Van Drimmelen 
Monteur son Stuart Stanley 
Directeur artistique : Hannah Moseley 
Chef décorateur : Tim Hatley 
Costumier : Tim Hatley 
Coiffeuse : Lisa Westcott 
Maquilleuse : Lisa Westcott 
Effets spéciaux : Stuart Brisdon 
Directrice du casting : Maggie Lunn, Shaheen Baig 
Coordinateur des cascades : Nrinder Dhudwar
Drame
92 mn
Distribution :
Cate Blanchett (Sheba Hart), Judi Dench (Barbara Covett), Tom Georgeson (Ted Mawson), Michael Maloney (Sandy Pabblem), Joanna Scanlan (Sue Hodge), Shaun Parkes (Bill Rumer), Syreeta Kumar (Gita), Phil Davis (Brian Bangs), Wendy Nottingham (Elaine Clifford), Bill Nighy (Richard Hart), Juno Temple (Polly), Alice Bird (Saskia), Philip Scott (Pete), Andrew Simpson (Steven Connelly), Emma Kennedy (Linda), Debra Gillett (Lorraine), Adrian Scarborough (Martin), Benedict Taylor (Eddie), Miranda Pleasence (La Femme D'Eddie), Anne-Marie Duff (Annabel), Jeff Lipman (L'Officier De Police).
Synopsis :
Enseignante, à la veille de la retraite dans un collège de Londres, Barbara Covett n'a rien d'autre dans sa vie que son travail et un chat. Sa solitude prend fin avec l'arrivée du nouveau professeur d'art, Sheba Hart. La jeune femme se révèle l'amie idéale dont Barbara avait toujours rêvé. Lorsque Barbara découvre que sa nouvelle amie a une liaison avec un de ses jeunes élèves, leur relation prend un tour plus redoutable. Barbara menace de révéler le scandale à tout le monde, à commencer par le mari de Sheba... Dans ce jeu trouble et cruel, ce sont les propres secrets et les obsessions de Barbara qui font surface. Entre les deux femmes, commence un affrontement qui va les emmener au bout de leurs faux-semblants et de leurs mensonges...
Critiques
Notes
Bande-annonce
Site officiel

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Secrets de tournage :
Une pluie de nominations
Chronique d'un scandale a été nommé aux Oscars 2007 dans plusieurs catégories : meilleure actrice pour Judi Dench, meilleure actrice dans un second rôle pour Cate Blanchett, meilleur scénario adapté et meilleure musique. Le film a également été nommé dans d'autres pretigieuses remises de prix, telles que les Golden Globes avec trois nominations (meilleure actrice dans un drame pour Judi Dench, meilleure actrice dans un second rôle pour Cate Blanchett et meilleur scénario), les BAFTA Awards avec trois nominations (meilleure actrice, meilleur scénario, meilleur film britannique de l'année) et les Screen Actors Guild Awards avec deux nominations (meilleure actrice et meilleure actrice dans un second rôle).
Retrouvailles
Le tournage de Chronique d'un scandale a été l'occasion pour plusieurs acteurs de se revoir, notamment pour Judi Dench qui a retrouvé le réalisateur Richard Eyre cinq ans après le film Iris, Cate Blanchett quatre ans après Terre Neuve, et enfin Michael Maloney, à qui elle a donné deux fois la réplique auparavant dans Henry V et Hamlet. De son côté, Maloney retrouve Cate Blanchett, avec qui il a tourné récemment dans Babel.
Une vision déjà établie
Les deux producteurs du film ont acheté les droits du roman de Zoe Heller, et ont proposé l'adaptation à Richard Eyre, qui avait déjà lu le livre. Ce dernier raconte :  "J'ai trouvé le roman drôle, touchant et remarquablement observé. C'est précisément le genre de matière qui m'attire. Je l'ai vu comme une histoire d'amitié et d'attirance. C'est aussi l'histoire de deux obsessions, de deux femmes en proie à des passions irrépressibles et autodestructrices."
Attentes
Le réalisateur a certaines attentes vis-à-vis du public, et de la vision de celui-ci sur le film : "J'espère réellement que les gens trouveront ce film amusant, mais aussi effrayant, choquant et tragique. Il y a quelque chose d'à la fois comique, d'épouvantable et de terriblement humain dans l'illusion que se fait Barbara de son amitié passionnée avec Sheba. Les sentiments de Barbara pour Sheba sont comparables à ceux de Sheba pour Steven. Ces deux femmes ne contrôlent rien ? pas plus que n'importe lequel d'entre nous ne contrôle quoi que ce soit quand il s'agit d'amour."
Un rôle de composition pour Judi Dench...
Après avoir prêté ses traits au personnage de la reine Elizabeth I dans Shakespeare in Love, et incarnée le rôle d'une veuve cynique dans Madame Henderson présente, Judi Dench interprète dans Chronique d'un scandale, une enseignante en Histoire.  Cette dernière, amie et confidente de Sheba jouée par Cate Blanchett, se révèle en réalité, être une femme jalouse. Malgré les défauts qu'on peut prêter à son personnage, Judi Dench considère cette enseignante avant tout  comme une femme seule et désespérée  qui a soif de contacts humains. Zoe Heller, l'auteur du livre What Was She Thinking: Notes on a Scandal dont le film en est l'adaptation, a été séduite par le casting et en particulier par Judi Dench. Selon elle, Judi Dench est une des rares actrices pouvant exprimer l'ambiguïté qui caractérise ce personnage tout en lui apportant une dimension humaine.
Un rôle original
Judi Dench interprète Barbara Covett, un personnage à l'opposé de ses rôles habituels. Elle explique pourquoi elle a accepté de jouer dans ce film : "J'ai d'abord trouvé que c'était une histoire très choquante. Mais la difficulté de la jouer me tentait beaucoup. Je trouvais excitant que l'on me demande de faire quelque chose de tellement différent de ce que j'ai fait jusqu'à présent !". Elle ajoute à propos de son personnage : "Aussi méchante Barbara puisse-t-elle être, j'ai trouvé chez ce personnage des éléments qui la rendent touchante. J'ai connu beaucoup de gens comme elle. C'est une personne très seule qui a terriblement envie d'affection. Beaucoup de gens lui ressemblent mais peu vont jusqu'où elle va. Lorsque Barbara exerce ce chantage sur Sheba pour l'obliger à devenir son amie, les choses se gâtent...".
Une collaboration étroite
Afin de développer un rapport juste entre les deux actrices principales, Cate Blanchett et Judi Dench ont travaillé en étroite collaboration. Judi Dench commente : "Ce fut un travail intense et très difficile, mais nous avons aussi beaucoup ri. Cate était géniale. C'est une actrice phénoménale, avec qui il était extraordinaire de travailler. Elle est fantastique, très imaginative et elle m'a beaucoup inspirée.".
Un personnage compris...
Cate Blanchett interprète Sheba Hart, celle par qui le scandale arrive. Afin de jouer au mieux cette femme qui transgresse la morale, l'actrice a du analyser ce personnage et comprendre comment elle en est arrivée là. Elle confie : "Cinématographiquement parlant, je crois que pour jouer quelqu'un qui transgresse un interdit moral comme le fait Sheba, il faut apprendre à la connaître. Plusieurs éléments m'ont frappée dans le roman, et je me suis efforcée de les faire passer à l'image. Sheba est une jeune femme qui a épousé un homme plus âgé qu'elle, un homme qui l'aime, mais elle a l'impression d'avoir mis trop tôt fin à sa jeunesse. Elle a le sentiment de ne pas s'être accomplie, de ne pas avoir de but à sa vie. Elle est résolue à faire en sorte que cela change, et de manière assez bizarre, son acte de rébellion consiste à entamer une liaison avec un garçon de 15 ans. On pourrait dire qu'elle essaie de rattraper sa jeunesse perdue. Elle est incapable de fonctionner dans le monde des adultes."
... mais délicat à interpréter
Même si Cate Blanchett arrive à comprendre le désarroi dans lequel se trouve Sheba, ce rôle n'a pas été facile à interpréter. Elle explique comment Sheba en arrive à passer à l'acte, à braver l'interdit : "C'est le parcours de "connexion" le plus difficile que j'aie jamais eu à faire avec un personnage. Je comprends la relation avec un homme plus âgé, mais quand je regarde un garçon de 15 ans, tout ce que je vois, c'est un enfant... Je crois qu'en fait, Sheba elle-même en est surprise. Elle n'a pas sciemment jeté son dévolu sur un adolescent. Elle dirait plutôt qu'au début il s'agissait d'un grand amour... mais une partie de son évolution consiste à reconnaître avec autant de courage que d'effroi son moi intérieur.".
Un mari bafoué... mais sympathique
Bill Nighy joue le rôle du mari trahi, Richard. A son sujet, il commente : "J'ai trouvé sympathique que pour une fois, le mari trompé ne soit pas le moins du monde un sale type. Richard a épousé Sheba quand elle avait 20 ans, et il est considérablement plus âgé qu'elle. C'est un homme vraiment gentil, qui aime sa femme et ses deux enfants. Ils ont l'air d'un couple heureux, équilibré, et pourtant, soudain, Sheba dérape sur une liaison avec un gamin de 15 ans. Cela rend la situation bien plus intense et plus riche que si mon personnage avait été détestable !"
Un rôle à saisir
Les cinéastes ne voulaient pas d'un acteur connu pour le rôle de l'amant de Sheba, un adolescent de quinze ans. Ils ont donc organisé des auditions à grande échelle, et c'est en Irlande qu'ils ont trouvé l'acteur Andrew Simpson. Alors que ce dernier se trouvait en Australie et aux îles Fidji pour une série de matchs de rugby, il a été rappelé pour faire une lecture avec Cate Blanchett en Angleterre. Une fois que les cinéastes les ont vus face à face, ils ont su qu'ils avaient trouvé Steven. Cate Blanchett ajoute, à propos de son jeune collègue : "A la minute où je l'ai rencontré,  Andrew m'a semblé remarquablement maître de lui et concentré. En tant que Steven, il danse sur la frontière entre l'innocence et la maturité de telle sorte qu'il échappe aux archétypes et aux jugements faciles.".
La maturité nécessaire
L'acteur Andrew Simpson voit son personnage comme "un peu effronté et un peu dangereux aussi . Steven est un gamin comme tous ceux de son âge, qui a un faible pour son professeur, sauf qu'il est plus préparé que la moyenne à passer du simple flirt à un cran plus loin. Lorsqu'il obtient une réponse de Sheba, il se lance dans l'aventure sans trop se poser de questions.".
Une garde-robe réaliste
Tim Hatley, à la fois costumier et chef décorateur sur ce long métrage, a acheté tous les vêtements du film à Londres (là où le film a été tourné) dans des magasins ou dans des dépôts-ventes. Selon lui, "Cette approche a aussi permis d'accroître le réalisme du film. J'ai acheté une garde-robe de base pour chacune d'elles, et ensuite nous nous sommes amusés à assortir les différents vêtements dans des combinaisons multiples, exactement comme on le fait dans la vie. J'ai essayé aussi de répéter souvent les mêmes vêtements. Je trouve énervants ces films où les personnages ont une nouvelle tenue dans chaque scène ! Cela ne reflète pas la réalité. Dans la vie, quand on aime un jean, des chaussures, une jupe, un pull, on a tendance à le porter souvent. Et le fait que Barbara et Sheba sont installées dans leur style fait partie de ce qu'elles sont."
Une musique subjective
Le réalisateur et le compositeur ont rencontré des difficultées pour composer une musique adaptée au mode de narration du fim. Comme le roman est écrit sous la forme d'un journal intime tenu par Barbara Covett, le film se déroule aussi selon son point de vue. Richard Eyre souligne : " Le livre Chronique d'un scandale est entièrement raconté à la première personne. Aucun film ne peut atteindre ce genre de subjectivité ; nous voulions donc une musique qui contribuerait à renforcer le sentiment que l'histoire est vue à travers les yeux du personnage principal. La musique reflète et révèle sa vie intérieure, aide à souligner son délire personnel et sa vision des événements. En outre, elle offre un rythme à l'histoire de deux femmes qui sont attirées, par la solitude et l'obsession, dans un vortex émotionnel. " (Allociné)

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