Ciné Gay & Lesbien

Cinéma gay

15 avril 2008

W

Walking on Water (2002)
Wallie Catcha

Warning

Wave of you
Weapons of Mass Destruction
Welcome (2008)
Were the World Mine (2008)
What Grown-Ups Know (2003)
Whirlwind (2008)
Wild Generation (2007)
Wilhelm von Gloeden
Window Shopper (2002)
Women (The) (2008)

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16 avril 2008

Whatever Lola Wants

Whatever_Lola_Wants__2008_

Sortie en France 16 avril 2008
Titre original : Whatever Lola Wants
France, Canada
Réalisateur : Nabil Ayouch
Producteur : Jake Eberts, Leonard Glowinski, Pierre Grunstein
Scénariste : Nabil Ayouch, Nathalie Saugeon, Jane Hawksley
Directeur de la photographie : Vincent Mathias 
Compositeur : Krishna Levy 
Musiques additionnelles (compositeur) : Trans-Global Underground 
Interprète (chansons du film) : Natacha Atlas 
Monteur : Hervé De Luze 
Monteur son : Thomas Desjonqueres 
Mixage : Dean Humphreys 
Directeur artistique : Ghizlane Hassani Ouazzani 
Chef décorateur : Pierre-François Limbosch 
Costumier : Albert Oikine 
Coach : Mélinda Gillet
Drame
115 mn
Distribution :
Laura Ramsey (Lola), Assaad Bouab (Zack), Achmed Akkabi (Yussef), Carmen Lebbos (Ismahan), Hichem Rostom (Nasser Radi), Achmed Akkabi (Youssef), Nadim Sawalha (Adham), Rim Ayouch (Reem), Abdelkader Lotfi (Choukri), Mariam Fakhr El Din (Madame Aïda), Hend Sabri (Faïza).
Synopsis :
Lola, 25 ans, vit à New York où elle travaille pour la Poste en rêvant d'une carrière de danseuse. Youssef, son meilleur ami, est un jeune Egyptien gay installé à New York pour y vivre comme il l'entend. C'est par lui que Lola découvre l'histoire d'Ismahan, star de la danse orientale, véritable légende au Caire. Dans le restaurant où Youssef travaille, Lola rencontre un autre Egyptien, Zack. L'idylle tourne rapidement court quand Zack prend conscience des différences culturelles qui les séparent et rentre en Egypte. Sans réfléchir, Lola, aussi impulsive que naïve, décide immédiatement de le suivre, sous les yeux effarés de Youssef. Arrivée au Caire, déçue par l'accueil de la famille de Zack autant que par l'attitude du jeune homme, Lola se met en tête de retrouver la fascinante danseuse Ismahan.
Bande-annonce, Extraits
Album Photos
Site officiel
Critiques :
Un hymne à la femme et à la vie
Tout ce que Lola veut, Lola l'obtient, même l'impossible : apprendre la danse orientale avec la plus grande danseuse de tous les temps, celle qui se cache après le scandale, celle qui a renoncé par amour.
Whatever Lola wants est avant tout une histoire de femmes, deux femmes qui donnent, deux femmes qui se donnent. C'est aussi la rencontre de deux cultures, de deux univers. C'est encore la découverte de la danse orientale dans un pays où le poids des traditions et des interdits prédomine.
A voir Ismahan (Carmen Lebbos), tout en délicatesse, guider Lola (Laura Ramsey), on se prend à rêver au « Tarab », cette extase intense procurée par la danse. On sent les mains d'Ismahan sur nos hanches et la transe s'emparer de notre corps. Qui n'aurait pas, après avoir vu le film, l'idée d'essayer de faire un huit avec son bassin ?
Emotion, musicalité et beauté sont au rendez-vous de Whatever Lola Wants.
Emotion d'abord avec cette histoire et ces femmes. Carmen Lebbos est magistrale, bouleversante de sensualité et de charme. Elle éclipse un peu Laura Ramsey, pourtant déjà excellente en apprentie danseuse.
Musicalité ensuite avec les adaptations et la voix de Natacha Atlas. Le refrain de « Whatever Lola wants, Lola gets » (chanson célèbre de Sarah Vaughn) adapté à l'orientale s'insinue au plus profond de nous et revient sans cesse nous hanter, même après le film.
Beauté, enfin, des corps, des visages et des costumes.
Nabil Ayouch livre, avec ce troisième long métrage, un hymne sincère à la femme et à la vie. A voir absolument pour se mettre du baume au cœur. (Stéphanie Viards, Comme au Cinéma.com)
Rencontre avec l'authentique Nabil Ayouch
Whatever_Lola_Wants__2008__021Rencontre avec un homme authentique et avide de relations humaines.
J'arrive dans cet appartement hôtel, au cœur du Marais, illuminé par un rayon de soleil. C'est un signe car en ce moment il fait plutôt moche. Et je ne me trompe pas : Nabil Ayouch m'accueille avec le sourire. Il paraît à l'aise et du coup, je me décrispe. Et puis surtout, les filles, il est charmant !
Il joue le jeu des photos avec une gentillesse presque déconcertante.
Je m'installe dans le canapé en face de lui. Il fume sa cigarette et attend mes questions. Voici ce qu'il ressort de ce tête-à-tête fort sympathique.
Pouvez-vous nous dire quelques mots à propos de l'histoire de Whatever Lola wants ?
En 1999, sur le tournage d'Ali Zaoua, ma co-scénariste a beaucoup discuté avec une femme qui avait un tout petit rôle. Cette femme avait une carrière et un destin assez étonnants puisque, dans les années 70, elle était danseuse orientale dans les plus grands clubs de Casablanca. A l'apogée de sa carrière, elle prit des amants. Un jour, pour échapper à son mari qui l'avait surprise dans une chambre d'hôtel avec un de ses amants, elle sauta par la fenêtre et se brisa les deux jambes. Sa carrière s'arrêta net et elle devint clocharde. A l'époque, j'étais un peu hermétique à d'autres idées que mon film en cours. Avec le suivant, Une Minute De Soleil En Moins, je suis allé au Caire pour la deuxième ou troisième fois. J'y ai rencontré des danseuses qui avaient dû, à un moment, faire un choix entre leur carrière et leur vie de femme, d'épouse et de mère. J'avais du mal à comprendre et j'ai eu envie de m'y intéresser un peu plus. Petit à petit l'histoire s'est construite.
Au début du film, Lola, jeune danseuse américaine, tombe amoureuse de Zack, un jeune égyptien. Qu'est-ce que cet amour symbolise pour vous ?
C'était un prétexte. La rencontre entre ces deux femmes prend plus de place dans le film que cette histoire d'amour, faite tout simplement pour nous emmener des États-Unis vers l'Égypte. C'était une façon aussi de montrer à quel point le poids de la société et des traditions peut être lourd pour ces jeunes gens qui vont étudier dans les pays étrangers et qui sont différents de ce qu'ils sont vraiment quand ils rentrent chez eux. Cette espèce de « schizophrénie » est palpable et concrète.
Un petit peu comme le personnage de Youssef ?
Oui, dans l'autre sens, absolument. Il a dû s'exiler du fait de son homosexualité.
C'était important pour vous de parler d'homosexualité?
L'important pour moi était de dresser un portrait authentique de l'Orient. J'en ai assez de ces visions du monde arabe où on laisse peu de place à l'être humain et à la complexité. J'avais envie d'être vrai dans ce que je disais. Le monde arabe a de belles choses à offrir mais il a aussi des choses qui ne fonctionnent pas. Et notamment la place faite à la femme ou le refus d'accepter certaines formes de différences comme l'homosexualité. Ca me tient à cœur.
Vous disiez tout à l'heure que vous avez rencontré des danseuses orientales. Qu'est-ce qui vous a attiré dans la danse orientale ? Le côté esthétique ? La musique ?
Les deux. On a coutume de voir la danse orientale uniquement comme une danse de séduction. Mais dans le film elle est aussi un lien organique entre les deux cultures. Elle permet aujourd'hui à des gens de cultures différentes de se rencontrer et de créer de l'émotion parce qu'elle abolit les frontières du langage. Elle va au-delà de la sensualité et de la séduction. C'est une danse millénaire, une danse de la procréation. Elle a accompagné le développement de la civilisation égyptienne et a ensuite rayonné dans tout le monde arabe. La danse orientale est parmi les belles choses que l'Orient offre à l'Occident depuis longtemps déjà. Elle est donc un lien très fort.
Est-ce que vous vouliez faire passer un message au public avec ce film ?
J'évite de parler de message parce que je fais confiance au public. Il est capable d'avoir plusieurs degrés de lecture et surtout de prendre d'un film ce qu'il a envie d'y prendre. Certains verront dans Lola un film divertissant, populaire et grand public, d'autres des choses plus personnelles que j'ai eu envie d'exprimer. J'ai voulu montrer ce qui a trait à nos différences. Depuis quelques décennies, on entend beaucoup parler de choc des cultures. Je pense qu'il n'y a qu'un choc des méconnaissances. Et la méconnaissance est souvent à l'origine de grands malentendus. Certains veulent nous faire croire que, parce que nous sommes différents, le dialogue est impossible.
Une projection test du film a eu lieu dans la banlieue de Los Angeles, à Pasadena. A l'issue de celle-ci, les 300 américains qui y assistaient et qui, pour la plupart, n'étaient jamais sortis des États-Unis, ont été interrogés. Leur réaction première, outre l'envie d'apprendre la danse orientale, fut le désir de connaître l'Égypte. Si le film parvient à provoquer cette envie, je serai comblé.
Pouvez-vous nous expliquer votre choix de Carmen Lebbos pour le rôle d'Ismahan ?
Les deux castings ont été très différents. Pour le personnage de Lola, c'était très mécanique, très exhaustif et très classique : on a balayé tous les champs du possible. C'était long et épuisant et on ne devait pas se tromper. Pour Carmen, j'avais dessiné ce personnage d'Ismahan dans ma tête et je ne la trouvais pas. Et puis un jour, au Caire, je « castais » une actrice qui, sentant qu'elle ne me plaisait pas, m'a recommandé sa meilleure amie libanaise pour le rôle. C'était Carmen Lebbos. Je me suis alors souvenu des films de Carmen que j'avais vus 10 ans avant. Et quand je l'ai rencontrée au Caire, c'était une évidence. Elle était l'Ismahan de mes rêves !
Etait-ce difficile de faire tourner et de diriger votre fille ?
C'est très difficile de passer du rapport père-fille, qui est toujours un rapport particulier, au rapport réalisateur-actrice. A 6 ans, son père est un modèle. Il se réveille le matin, l'accompagne à l'école, est attentionné. Et du jour au lendemain, elle retrouve un homme, sur un plateau, très directif. C'était difficile pour elle. Et pour moi aussi parce que j'avais envie de la protéger. Je n'ai jamais voulu la faire tourner. C'est un hasard. Je pense qu'inconsciemment elle m'a beaucoup influencé dans l'écriture du film. J'imaginais une enfant avec un regard parfois triste, dans sa bulle. Rim est très profonde, et parfois, lors de rencontres, son visage s'illumine. C'est ce que je souhaitais pour ce rôle. Je m'en suis rendu compte après, mais c'est le personnage que je voulais.
Et justement comment se passe un tournage avec d'un côté votre fille qui ne parle pas anglais et de l'autre des comédiens de nationalités et de langues différentes ?
C'était compliqué. De manière générale, Lola était un film lourd, avec trois pays de tournage, l'Égypte, le Maroc et les États-Unis, donc trois pays en préparation et en repérage. Comme j'avais des envies précises d'acteurs et d'actrices j'ai élargi le casting à dix pays. Ensuite, il fallait que des gens qui ne s'étaient jamais vus de leur vie et qui habitaient dans des régions très différentes du monde fonctionnent les uns avec les autres. Les décalages horaires étaient épuisants et il fallait garder une certaine lucidité. Ce n'était pas simple, y compris sur le plateau entre le français, l'arabe, l'anglais...
Parlez-nous de la musique du film et du choix de Natacha Atlas.
Natacha a une voix envoûtante, unique. Elle est une des rares artistes à faire le lien entre l'Orient et l'Occident : elle est profondément orientale mais dans ses arrangements et ses mixages elle est aussi profondément occidentale. Elle a réussi à faire la passerelle entre les deux et c'est ce dont j'avais envie pour ce film. Je voulais trouver des standards égyptiens, les réorchestrer et les réarranger. J'avais aussi envie d'orientaliser quelques standards occidentaux. Ses chansons me laissaient croire qu'on pouvait y arriver. « Whatever Lola Wants », la chanson des années 50 interprétée par Sarah Vaughan, est une proposition de sa part. Nous avons travaillé un an et demi sur toutes les recherches avec elle et Tim Whelan, le leader du groupe Trans-global Underground. Tim et Natacha m'ont beaucoup apporté pendant cette quête : on a pris certaines de leurs chansons, ils en ont créé d'autres spécialement pour le film, ils m'ont aidé à en trouver...
On va parler un petit peu de vous. Qu'est-ce qui vous a donné le goût du cinéma et de la réalisation ?
Je suis venu au cinéma par le théâtre. J'avais des choses enfouies à faire sortir depuis longtemps. J'ai pris des cours pendant trois ans à Paris avec Sarah Boréo et Michel Granvale. Et finalement, ça ne me convenait pas. C'est le cinéma, comme mode d'expression, comme outil de revendication par rapport à mes problématiques sociales, politiques et plus personnelles qui m'a permis véritablement de m'exprimer. J'ai commencé avec la thématique de la quête identitaire dès mon premier court-métrage.
Quels sont vos projets de cinéma ?
Prendre du temps. Je ne fais pas partie de ces cinéastes capables d'enchaîner les films les uns après les autres. J'ai besoin de respirer, de faire des pauses et de digérer ce que je fais avant de repartir sur un projet. Je me rends compte que j'ai un temps de maturité assez long pour chacun de mes films. Je me nourris de la vie et des rencontres humaines. J'ai évidemment des idées en tête, mais qui ne me hantent pas encore suffisamment pour en faire un film.
Pour finir, que diriez-vous aux internautes pour leur donner envie d'aller voir le film ?
C'est une question difficile, d'autant plus que le film a plusieurs degrés de lecture. Chacun va y prendre ce qu'il aura envie d'y prendre. Ce qui m'intéresse c'est ce que les internautes auront envie de dire et de me dire sur le film, ce qu'ils en auront compris. (Propos recueillis par Stéphanie Viards (Paris – Avril 2008) Comme au Cinéma.com)
Note d’intention du réalisateur :
Un échange, un rapprochement, une rencontre
« La seule image du Monde arabe véhiculée aujourd’hui par les médias occidentaux passe par la guerre, le terrorisme et l’extrémisme religieux. Ce qui nous amène à penser que c’est tout ce que le Monde arabe propose.
Comme s’il s’était soudainement déshumanisé, incapable d’échanger et de transmettre sa culture. Comme si l’être humain, dans toute sa complexité, n’avait plus sa place dans le Monde arabe d’aujourd’hui.
L’Orient et L’Occident sont deux Mondes, certes, que beaucoup sépare, ou que l’on veut séparer. Ces deux Mondes ont leurs différences, leur culture, leur histoire. À travers les siècles, ces histoires se sont croisées, des échanges et des transmissions de savoir et d’art ont eu lieu.
J’ai voulu faire un film où l’humain retrouve sa vraie place au cœur de la problématique identitaire qui préoccupe ces deux mondes ; où la transmission soit à la base de toute forme d’échange : apprendre à donner pour mieux recevoir ; où ce qui nous unit et nous désunit, ce n’est plus le terrorisme ou les bombes, mais ce que nous sommes avec nos défauts et nos qualités, et au-delà, notre capacité à les transcender pour mieux nous connaître.
Cette simple connaissance de l’Autre est primordiale si l’on souhaite se rapprocher.
La danse peut permettre ce rapprochement. La danse orientale comme danse millénaire, porteuse d’une culture riche, élément primordial d’une civilisation ; la danse orientale, comme danse du ventre, de la procréation, qui a donné naissance à tant de beaux « mouvements. »
Quand Ismahan transmet à Lola sa passion pour la danse, quand elle lui parle du « Tarab », cet état extatique si particulier, elle lui transmet un peu d’elle-même, de ses craintes, ses souffrances, son histoire.
Quand Lola transmet à Ismahan sa passion pour la vie, elle la ramène dans un présent qui lui permet de découvrir tout ce qu’elle avait enfoui de beau au plus profond d’elle-même.
Apprendre à voir ce qu’il y a de beau en l’être humain, à voir en l’Autre son miroir, sans le juger, juste en l’écoutant.
Lola et Ismahan nous racontent une histoire simple, la rencontre de deux femmes appartenant à des cultures différentes, mais dont les destins sont liés. » (Nabil Ayouch, Comme au Cinéma.com)
Nabil Ayouch nous parle de son film
Extrait de Narcisse Et Goldmund de Hermann Hesse
« Goldmund : Tu parles toujours de différences – j’ai constaté, à la longue, que c’est là ce qui te caractérise le mieux. Lorsque tu parles de la grande différence qui existe par exemple entre toi et moi, j’ai toujours l’impression que cette différence ne consiste en rien d’autre qu’en ton bizarre acharnement à découvrir partout des différences.
Narcisse : Bien sûr tu es dans le vrai. Les distinctions en effet n’ont pas grande importance pour toi ; pour moi, elles sont la seule chose qui compte. Je suis, par tout mon être, un savant ; mon destin, c’est la science. Et faire de la science, ce n’est, pour parler comme toi, rien d‘autre que de s’acharner à découvrir des différences. On ne saurait mieux définir son essence. Pour nous, hommes de science, rien de plus important que d’établir des distinctions ; la science, c’est l’art des distinctions. Ainsi, découvrir sur chaque homme les caractères qui le distinguent des autres, c’est apprendre à le connaître. »
Aller au bout
Cette aventure a commencé sur mon précédent film, Ali Zaoua en 1999. Ma coscénariste, Nathalie Saugeon, vint me raconter le destin tragique d’une vieille femme qui jouait le rôle de la sorcière Aïcha Kandicha. Mariée très jeune, devenue star de la danse orientale dans un célèbre cabaret casablancais, elle prit des amants jusqu’au jour où, en pleine gloire, son mari la surprit au lit avec l’un d’eux. Elle se jeta du haut de la fenêtre de sa chambre d’hôtel pour échapper à la colère de ce dernier et se fractura les deux jambes. Sa carrière s’arrêta net et elle se clochardisa en vendant des cigarettes au détail dans la rue.
Entre cette histoire et celle du film, beaucoup de choses ont changé, liées à des influences diverses, de nombreux voyages en Egypte, et surtout des aspects personnels de ma vie.
En avril 2004, nous étions, Nathalie et moi, en train de réécrire une troisième version de ce scénario. Elle m’a alors demandé pourquoi j’avais envie, au fond, de faire ce film…
Je me suis confié à elle comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Je lui ai parlé de mon enfance et du sentiment de toujours courir après mes racines. Nous sommes restés silencieux. J’essayais de comprendre pourquoi je lui avais dit tout ça, et Nathalie était encore en train de le recevoir.
Ce jour-là, nous nous sommes promis d’aller jusqu’au bout.
Mes racines
Je suis né à Paris en 1969, d’une mère française, juive et d’un père marocain, musulman. J’ai été éduqué à l’école publique, avec des principes républicains. Après cinq ans, ballotté entre Paris et Casablanca, on a fini par s’installer avec ma mère à Sarcelles, près de mes grands-parents. Toute mon enfance a été un choc permanent, culturel, religieux, social. Même si ma mère a veillé à ce que mon éducation soit laïque, la religion était partout présente autour de moi. J’ai vu les ravages qu’elle provoquait sur les êtres, le mal qu’elle faisait partout où elle s’ancrait, la manipulation derrière les textes. Je suis devenu profondément déiste et totalement anti-clérical.
Pendant l’année scolaire, je vivais une existence modeste mais digne. Avec son salaire de professeur et la pension que lui versait mon père, ma mère faisait attention à ce que nous ne manquions de rien, mon jeune frère et moi.
Pendant les vacances, nous changions de monde, de pays, de continent et de milieu social. En allant voir mon père au Maroc, mon frère et moi passions, en 3 heures, des corvées de ménage, vaisselle et des courses chez ED aux femmes de ménages, au luxe, au confort, tout en étant confrontés à la misère sociale qui s’étalait partout.
Pendant longtemps, je ne suis pas arrivé à trouver ma place. La France me donnait une culture, une éducation, des principes, des valeurs, mais pas une identité, et encore moins des racines. Le Maroc me donnait le début de cette identité et ces racines, quelques réponses, mais dans une société que je n’arrivais ni à comprendre, ni à cerner, et à laquelle je me sentais aussi étranger. Je me retrouvais tiraillé entre deux religions devant parfois mentir pour exister.
Le théâtre et le cinéma m’ont permis de m’exprimer et de trouver un certain équilibre. Depuis Les Pierres Bleues Du Desert mon premier court-métrage avec Jamel Debbouze en 1992, jusqu’à WHATEVER LOLA WANTS, les histoires se sont succédées mais les thèmes ont peu varié : la transgression, l’isolement, la rencontre, la quête initiatique, le rêve. Le cinéma, comme mode d’expression, comme outil de revendication sociale, politique et identitaire, m’a fait comprendre que ce déracinement était aussi une force.
Mon équipe
Ce film est né d’une gestation personnelle mais sa fabrication est un travail collectif. Tous ceux qui l’ont approché y ont mis tout leur cœur et leur hargne. Nathalie a travaillé gratuitement trois ans sur l’écriture avec moi, avant que Pathé ne décide de le produire. Ce film existe grâce à la détermination de toute mon équipe : Dominique, la scripte, Nadine, la perle, David, l’assistant, Frantz, le directeur de production, Pascale, la chef maquilleuse, Julie, l’habilleuse, Vincent, le directeur photo, Renaat, le cadreur, Hervé le chef monteur, Thomas le monteur son, Mélinda, la coach…
Ils m’ont soutenu, guidé, aidé, conseillé, donné de l’espoir chaque jour.
Mélinda
Lorsque que j’ai rencontré Melinda (le coach de Laura Ramsey en danse orientale), je me suis dit que nous n’allions pas nous entendre. J’avais tort. Je la trouvais maniérée alors que c’était sa façon de parler, et bavarde alors qu’elle avait simplement des choses à dire.
Notre rencontre a duré une heure. Je savais à quel point le rôle du coach sur ce film allait être déterminant. Laura Ramsey, l’actrice américaine, ne savait absolument pas danser et on avait 4 mois avant le début du tournage pour faire d’elle une danseuse orientale crédible.
Mélinda a su insuffler à Laura tout ce dont elle avait besoin pour incarner ce personnage de Lola. Elle lui a appris la technique, la grâce, les mouvements, les rythmes. Elle lui a transmis sa douceur, sa vision si pure de la danse.
Natacha Atlas
La voix de Natacha Atlas m’a envoûté il y a plusieurs années. Elle a accepté de travailler sur la bande originale avec son ancien groupe, TransGlobal Underground et notamment Tim Whelan qui fut, avec Natacha, une véritable source d’inspiration dans le choix de toutes les musiques du film.
Pendant un an, ils ont recherché, composé, arrangé, réarrangé toutes sortes de musiques et nous avons écouté ensemble, à Londres, des centaines de chansons existantes du répertoire de la musique égyptienne et de TransGlobal Underground. Nous avons également exploré le répertoire de jazz pour la partie américaine. Le titre « Whatever Lola Wants » est d’ailleurs une proposition de Natacha, en réponse à mon envie d’orientaliser un vieux standard des années 50. La version que TGU et Natacha en ont faite pour le générique de fin est un magnifique hommage à cette chanson interprétée à l’origine par Sarah Vaughan.
Comme sur ALI ZAOUA, c’est Krishna Levy qui a composé toute la musique originale du film, interprétée par les membres de l’orchestre philharmonique de Paris.
Mes interprètes
Laura Ramsey (Lola)
Laura a été choisie après un casting de plusieurs mois. Elle était la seule qui n’avait jamais pris de cours de danse mais quelque chose m’avait immédiatement touché chez elle. Elle avait une espèce de fêlure dans le regard, quelque chose qui la rendait fragile et vraie. Elle dégageait une grâce et une sensualité naturelle.
Lorsque je l’ai rencontrée à Los Angeles pour une deuxième série d’essais, j’ai vu à quel point elle était forte, conquérante, volontaire. Les essais étaient décevants mais un professeur de danse orientale m’a dit en voyant Laura danser : « This girl has it. ».
En revoyant les bandes à Paris, avec du recul, les comédiennes qui m’avaient convaincu pendant les essais étaient devenues parfois fades et n’incarnaient plus le personnage. Laura, au contraire, irradiait la pellicule et sa danse était certes encore maladroite mais agréable à regarder. Elle devenait une évidence.
Laura et son agent ont accepté que l’apprentissage de la danse orientale se fasse au Maroc puis au Caire. Pendant quatre mois, Laura a suivi le parcours initiatique de Lola. Elle s’est littéralement métamorphosée. Elle a appris, écouté, ouvert son corps et son esprit jusqu’à devenir Lola.
J’étais impressionné par ses capacités et sa force de travail. Le matin, elle prenait des cours de modern jazz avec Yasmina et l’après-midi elle enchaînait sur la danse orientale avec Mélinda, qui assistait également aux cours du matin pour que l’apprentissage global soit cohérent.
Sa rage en a fait une danseuse orientale qui a forcé le respect de professeurs respectés dans le milieu comme Aïda Noor, avec qui elle a également pris des cours au Caire ou « Morocco » (Carolina Varga Dinicu) qui lui a enseigné certaines chorégraphies du film à New-York.
Carmen Lebbos (Ismahan)
Je l’avais vue dans les films de Ziad Doueiri, West Beyrouth et Lila Dit Ca, où je l’avais trouvé très belle et digne dans ses rôles de mère. Nous nous sommes retrouvés au Caire.
Au téléphone, elle m’avait prévenu : « Je ne suis pas bonne pour les essais, et je ne parle pas couramment anglais ». Je l’ai rassurée en lui disant que la rencontre humaine avait bien plus d’importance pour moi.
Deux jours après mon départ du Liban, cet été 2006, la guerre éclatait. Carmen devait venir nous retrouver à Casablanca pour répéter des scènes de danse et travailler le texte. Quelques jours après, elle quittait enfin Beyrouth, sous les bombes. Après une semaine passée avec nous, malgré mon insistance pour qu’elle reste en sécurité au Maroc, elle a décidé de rentrer chez elle.
Rim (Reem)
La petite fille qui interprète le rôle de Reem est ma fille. Même si j’ai clairement écrit ce rôle en pensant à elle, jamais je n’aurais imaginé qu’elle pourrait l’interpréter. Le casting du rôle de Reem est l’un de ceux qui m’a donné le plus de mal. J’ai vu des dizaines de petites filles sans succès jusqu’au jour où ma fille s’est proposée d’essayer.
Le tournage fut parfois difficile pour elle. Elle devait non seulement parler anglais mais aussi jongler avec un emploi du temps chargé entre coaching, école et plateau sans oublier un père autoritaire. Heureusement, le trio Laura-Carmen-Rim fonctionnait à merveille et les deux femmes ont su la soutenir dans les scènes les plus difficiles. Je suis très fier de tout ce qu’elle a accompli dans ce film.
Le film de la réconciliation
Quant on aime vraiment un être, un pays, un peuple, il est difficile d’en parler sans le critiquer. Quand on en aime deux, c’est encore plus difficile car les forces de l’un sont souvent les faiblesses de l’autre, et inversement. Ce film est pour moi celui de la réconciliation. (Comme au Cinéma.com)

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08 août 2008

Wild Side

Wild_Side__2004_

Sortie en France 14 avril 2004
Belgique, France

Réalisateur : Sébastien Lifshitz
Scénaristes : Stéphane Bouquet & Sébastien Lifshitz
Compositeur : Jocelyn Pook
Producteurs : Gilles Sandoz
Producteur exécutif : Christian Tison
Directeur de production Olivier Guerbois
Directeur artistique : Agnès Godard
1er assistant réalisateur : Philippe Thiollier
Montage : Stephanie Mahet
Mixage : Cyril Holtz
Son : Yolande Decarsin
Drame
93 mn
Distribution :
Stéphanie Michelini (Stéphanie), Yasmine Belmadi (Djamel), Edouard Mikitine (Mikhail), Josiane Stoléru (La mère)
Synopsis :
La rencontre d'un trio de marginaux, composé d'un émigré russe, d'une transsexuelle et d'un jeune Maghrébin, dans le Paris contemporain, et l'amour qui naît entre eux. Leur alliance sera d'autant plus forte qu'elle se déroulera sur fond de clandestinité et de mort.
Bande-annonce

Secrets de tournage :
Les intentions du cinéaste
"(...) j'ai conscience que le film démarre sur trois stéréotypes de la marginalité : une prostituée transsexuelle, un jeune beur qui zone et se prostitue à l'occasion et un émigré clandestin russe (...) Ce qui m'intéressait, c'était justement de partir de ces archétypes, de ce que tout le monde croit savoir de ces gens-là, avec un certain mépris d'ailleurs, et, le temps du film, dévoiler la part humaine et commune à tout un chacun de la vie de ces trois éclopés (...) Au départ, ce sont trois solitudes qui se rencontrent. Seuls, ils ne sont presque plus rien, ils se dissolvent, ils sont au bord du précipice. Ce qui m'a intéressé, c'est comment ce lien qu'ils créent à trois va les aider à vivre, à donner un sens à leur vie."
Primé à Berlin
Wild side a été présenté en 2004 au Festival de Berlin dans la section Panorama. Il y a été récompensé par le jury du Teddy Bear, qui prime depuis 1987 le meilleur film gay de la Berlinale, "pour la beauté sans compromis et l'honnêteté de son histoire, et le portrait tendre de ses personnages."
Un film sur la transsexualité ?
Dans son premier long-métrage, Presque rien, le cinéaste racontait une histoire d'amour entre deux garçons. Il récuse cependant l'idée de films sur l'homosexualité ou la transsexualité : "Pour moi, la transsexualité n'est pas un sujet (...) Mes autres films n'étaient pas des films sur l'homosexualité mais avec de l'homosexualité, ce qui est très différent. Ici, il y a de la transsexualité puisque l'un des personnages est transsexuel, mais ça s'arrête là. J'ai banalisé cet état, cette nature des choses. Je n'ai pas voulu faire du phallus de Stéphanie un événement dans le film. C'est pour ça que je l'ai mis dans le générique de début, pour éviter qu'on se pose la question, créer une attente. En quelque sorte, il fallait me dégager du sujet pour aller vers la personne.
Coécrit par Bouquet
La scénario a été écrit par Sébastien Lifshitz et Stéphane Bouquet, collaborateur habituel du cinéaste. Ancien critique aux Cahiers du cinéma, ce dernier était notamment le héros de La Traversée, documentaire de Lifshitz dans lequel il partait aux Etats-Unis à la recherche de son père.
Take a walk with Lou Reed
Sébastien Lifshitz explique que le titre de son film fait référence au morceau de Lou Reed, Walk on the wild side : "Ce n'est pas tant la drogue à laquelle la chanson fait allusion qui m'intéressait, mais plutôt une référence à un monde, presque une communauté, fait de marginaux de tous bords. J'aurais aussi bien pu parler de Bowie dans sa période glam rock. Ce refus des modèles dominants, le goût du travestissement, repenser l'identité masculine et la porter dans ses limites les plus extrêmes... Wild side recouvre tout ça pour moi, particulièrement aujourd'hui où une certaine uniformité règne (...) Et puis le hasard a voulu qu'Antony, le garçon qui chante au début du film, soit un ami proche de Lou Reed. Il chante sur son dernier album d'ailleurs."
Retrouvailles
Sébastien Lifshitz retrouve le jeune comédien Yasmine Belmadi, qu'il avait fait tourner dans son court-métrage  Les Corps ouverts, ainsi que dans Les Terres froides, film tourné pour Arte dans le cadre de la série sur l'an 2000.
Le beau travail d'Agnès Godard
C'est Agnès Godard, la chef-opératrice attitrée de Claire Denis, et qui a également travaillé avec André Techiné ou encore Noémie Lvovsky, qui signe la photographie de Wild side. Précisons que Sébastien Lifshitz est l'auteur de Claire Denis, la vagabonde, un documentaire consacré la cinéaste.
Famille et amis
Le réalisateur, pour qui les trois héros de Wild side forment un peu une famille, confie qu'au-delà des personnages, il a voulu filmer les personnes : "(...)Agnès Godard me disait souvent : "j'ai l'impression que c'est la père, le mère et le fils", ce que je trouvais étrange. Ce que je voulais surtout, c'était filmer au plus près ces personnes, leur vérité. Il y a une frontière limite, malgré le dispositif classique du tournage, à essayer de les filmer eux tels qu'ils sont, car, si je les ai choisis, c'est que j'aimais profondément ce qu'ils étaient d'abord dans la vie. J'espère que le film a réussi à préserver ce regard de désir que je leur porte."
Ears wide open
Pour la musique, Sébastien Lifshitz a fait appel à Jocelyn Pook, la compositrice d'Eyes wide shut de Kubrick et de L' Emploi du temps de Cantet.(AlloCiné)
Critiques :
Un film malheureusement brouillon
Avant d'avoir vu ce film, quand on vous dit "wild side" on pense surtout à Lou Reed : " tu, tutu, tutu, tututututu…hey babe, take a walk on the wild side ! " ; et il faut dire qu’après avoir vu le long-métrage, on continuera à penser au bon vieux Lou. Car, malgré toute la justesse des propos et des personnages du film de Sébastien Lifshitz WILD SIDE reste malheureusement un tantinet brouillon.
Le réalisateur nous balance ses personnages comme on pourrait balancer une tomate sur un mauvais chanteur, sans prévenir, sans expliquer et laisse presque toutes nos questions sans la moindre réponse. On ne comprend pas vraiment les enchaînements entre le trio dans le Nord, auprès de la mère mourante de Stéphanie et les scènes de rue, de prostitution, de cul.
WILD SIDE est tout de même un film marquant et pas seulement parce qu’il nous plonge dans la vie pas facile d’un transsexuel ou parce qu’il nous fait part d’un ménage (de fortune) à trois – un trans et deux paumés - ; Non, pas que pour tout ça. Le réalisateur crée une ambiance, une véritable ambiance de cinéma, disons-le, malsaine; elle ne donne pas au spectateur une sensation de culpabilité, mais le marque tout de même.
Alors on ne sait pas trop quoi penser. On a envie d’aimer WILD SIDE pour sa fragilité, ses propos mais dans ce cas, uniquement entant qu’œuvre inachevée, qu’œuvre brouillon. (Pablo Chimienti, Comme au Cinéma.com)
Notes de Sébastien Lifshitz
Wild Side
J’ai dû trouver un titre dans l’urgence, un soir, à la demande de la production. Je n’avais pas d’idée. Je trouvais difficile de trouver un terme générique capable de résumer tout le film. L’histoire est faite d’éléments si opposés. J’ai passé ma soirée à chercher dans des recueils de poèmes, sur mes pochettes de disques, ou dans le scénario lui-même… et c’est là que je suis tombé sur un cd de Lou Reed. Wild Side m’a semblé juste dans ce qu’il pouvait évoquer de vie marginale. Ce n’est pas tant la drogue à laquelle la chanson fait allusion qui m’intéressait mais plutôt une référence à un monde, presque une communauté, fait de marginaux de tous bords. J’aurais aussi bien pu parler de Bowie dans sa période glam rock. Ce refus des modèles dominants, le goût du travestissement, repenser l’identité masculine et la porter dans ses limites les plus extrêmes… Wild Side recouvre tout ça pour moi, particulièrement aujourd’hui où une certaine uniformité règne. Je ne compare pas le film à la chanson de Lou Reed, mais je pense simplement qu’il y a une parenté, un monde commun entre les deux. Et puis le hasard a voulu qu’Antony, le garçon qui chante au début du film, soit un ami proche de Lou Reed. Il chante sur son dernier album d’ailleurs.
Les personnages
Je suis attiré par les personnages opaques, qui se construisent en dehors des schémas habituels. J’ai un véritable amour des marginaux, de ceux qui ne correspondent pas à des archétypes de fiction. Ceci dit, j’ai conscience que le film démarre sur trois stéréotypes de la marginalité : une prostituée transsexuelle, un jeune beur qui zone et se prostitue à l’occasion et un émigré clandestin russe. Vous ajoutez à cela un voyage dans le Nord de la France pour assister à la mort de la mère de la transsexuelle, et vous avez un scénario très chargé, limite même. Tout tient à un fil. Ce qui m’intéressait, c’était justement de partir de ces archétypes, de ce que tout le monde croit savoir de ces gens-là, avec un certain mépris d’ailleurs, et, le temps du film, dévoiler toute la part humaine et commune à tout un chacun de la vie de ces trois éclopés. Très vite, le film se dégage de ce qui les caractérise socialement et se concentrent alors sur leur intimité, leur monde intérieur. Au départ, ce sont trois solitudes qui se rencontrent. Seuls, ils ne sont presque plus rien, ils se dissolvent, ils sont au bord du précipice. Ce qui m’a intéressé, c’est comment ce lien qu’ils créent à trois va les aider à vivre, à donner un sens à leur vie. Créer un espoir, les sauver non pas de leur marginalité, parce que là, il n’y a rien à sauver, mais de cette désespérante solitude. Dans le fond, Wild Side est un film d’amour.
La transsexualité
Pour moi, la transsexualité n’est pas un sujet, comme l’homosexualité n’en est pas plus un et je ne veux pas réduire le film à ça.
Mes autres films n’étaient pas des films sur l’homosexualité mais avec de l’homosexualité, ce qui est différent. Ici, il y a de la transsexualité puisque l’un des personnages est transsexuel, mais ça s’arrête là. J’ai banalisé cet état, cette nature des choses. Je n’ai pas voulu faire du phallus de Stéphanie un événement dans le film. C’est pour ça que je l’ai mis dans le générique de début, pour éviter qu’on se pose la question, créer une attente. En quelque sorte, il fallait me dégager du sujet pour aller vers la personne. Je voulais la regarder vivre, être ce qu’elle est pleinement. Je trouve qu’il se dégage d’elle un vrai mystère : à la fois une vérité féminine et, par bribes, cette origine masculine. Je trouve ce mélange troublant, magnifique même. Personnellement, j’ai toujours regardée Stéphanie comme une femme.
Stéphanie
Dès que j’ai vu Stéphanie dans un café, une nuit, j’ai été saisi. Elle avait une allure, un port de tête, une douceur incroyable. Avant elle, j’avais casté beaucoup de transsexuelles mais sans être convaincu. Stéphanie, c’est presque par hasard que je l’ai rencontrée, puisqu’elle vit quasiment en dehors du milieu trans. J’ai eu de la chance. Lorsqu’elle est venue pour les essais caméra, elle a tout de suite été d’une justesse étonnante. Elle s’est imposée à moi. Pourtant, c’est une personne très réservée, presque méfiante dans la vie. Elle a une fâcheuse tendance à rentrer dans sa coquille. J’ai du passé tout le film à lui dire de s’abandonner sans risque. Pour la séquence du train, à la toute fin du film, elle avait beaucoup de mal à pleurer. C’était le dernier jour du tournage et son dernier plan. Elle savait qu’après ça, l’aventure du film, à laquelle elle avait pris goût, se terminerait. Finalement, elle a éclaté en sanglots et ça m’a bouleversé. Ce n’était pas des larmes de cinéma. Cette séquence du train, c’est aussi un chant d’adieu à sa famille, à son enfance. Lorsqu’elle finit par tourner le dos à ce petit garçon, il y a quelque chose de libérateur mais aussi d’incroyablement triste.
Le choix du Nord
J’ai filmé le Nord comme le prolongement ou la transposition du corps de la mère mourante. C’est le même territoire, celui de la ruine, de la désolation, de la mort au travail. D’où, tous ces plans de nature hivernale, de rues désertes, de maisons abandonnées, etc… Il y a une chose qui m’a particulièrement marqué là-bas, c’est la trace du temps. Comme rien n’est véritablement rénové, les choses vieillissent sans qu’on ne puisse rien y faire. Un jour de repérage, je suis tombé comme cela sur une superette des années 70. Rien n’avait changé vraiment. Elle était juste à l’abandon. Il y avait encore quelques articles qui traînaient là. J’étais ému, rempli d’un temps révolu. La même chose est arrivée dans une église, une école… Tous ces lieux étaient comme des tombeaux ouverts. Certains pourront trouver ça morbide, mais pas moi, au contraire. (Comme au Cinéma.com)

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12 août 2008

Wonder Boys

Wonder_Boys__2001_

Sortie en France 10 janvier 2001
USA

Réalisateur : Curtis Hanson
Producteur : Curtis Hanson, Scott Rudin 
Producteur associé : Lisa Grundy 
Producteur exécutif : Adam Schroeder, Ned Dowd
Scénariste : Steve Kloves
Directeur de la photographie : Dante Spinotti 
1er assistant réalisateur : Douglas C. Metzger 
Compositeur : Christopher Young 
Musique du générique : Bob Dylan 
Monteuse : Dede Allen 
Directeur artistique : Don Woodruff 
Chef décoratrice : Jeannine Oppewall 
Costumier : Mark Forbes, Stacy M. Basil 
Maquilleur : Michael Bigger 
Effets spéciaux : John D. Milimac 
Ingénieur du son : Kirk Francis 
Régisseur général : Mark Roybal 
Directrice du casting : Mali Finn 
Scripte : Eva Z. Cabrera 
Chef accessoiriste : Charles M. Stewart 
Cascadeur : Jeff Imada 
Chef éclairagiste : Jim Malone 
Chef machiniste : Eddie Quinn jr 
Habilleur : Kendall Errair
Comédie dramatique
90 mn
Distribution :
Michael Douglas (Grady Tripp), Tobey Maguire (James Leer), Katie Holmes (Hannah Green), Robert Downey Jr. (Terry Grabtree), Frances Mcdormand (Sara Gaskell), Rip Torn (Q), Richard Knox (Vernon Hardapple), Jane Adams (Oola), Michael Cavadias (Miss Sloviak), Richard Thomas (Walter Gaskell), Alan Tudyk (Traxler), Philip Bosco (Le Père D'Emily), George Grizzard (Fred Leer), Kelly Bishop (Amanda Leer), Bill Velin (Le Policier Pupcik), Charis Michaelson (Carrie), Yusuf Gatewood (Howard), June Hildreth (La Mère D'Emily), Elisabeth Granli (Emily (En Photo)), Richard Hidlebird (Le Videur Du Hi-Hat), Béatrice Wick (Invité Au Cocktail), Patricia Cray (Invité Au Cocktail), Marita Golden (Invité Au Cocktail), Victor Quinaz (Invité Au Cocktail), James Ellroy (Invité Au Cocktail), Lenora Nemetz (Invité Au Cocktail), Tracey D. Turner (Invité Au Cocktail), James Kisicki (Invité Au Cocktail), Anika Bobb (Étudiante), Rob Mcelhenney (Étudiant), Katherine Sweeney (Étudiante).
Synopsis :
Grady Tripp (Michael Douglas ; The Game) a eu la chance et l'infortune d'écrire durant sa jeunesse un roman culte salué par une critique unanime et vendu à des centaines de milliers d'exemplaires. Mais depuis sept ans, ce wonder boy dont on espérait tant n'a rien publié, se contentant d'un modeste poste d'enseignant.
Ecrasé par son précoce succès, Grady peaufine tel un maniaque un roman autobiographique qu'il refuse obstinément de livrer à son directeur littéraire, Terry Crabtree (Robert Downey Jr. ; Tueurs nés). Venu relancer son poulain à l'occasion du Festival du Livre de Pittsburgh, Crabtree retrouve Grady en pleine crise existentielle.
Sa femme Emily (Elisabeth Granli ; L.A. Confidential) l'a quitté du jour au lendemain et sa maîtresse Sara Gaskell (Frances McDormand ; Fargo), lasse de ses tergiversations, menace de rompre alors qu'elle attend un enfant de lui. Parallèlement, la jeune et charmante étudiante Hannah Green (Katie Holmes ; Mrs. Tingle) multiplie les avances de manière insistante.
Bande-annonce, Extraits

Secrets de tournage :
Dede Allen, monteuse de prestige
Monteuse d'Arthur Penn (Bonnie and Clyde, Little big man, La fugue, Missouri breaks), de Robert Wise (Le coup de l'escalier), de Sidney Lumet (Serpico, Un après-midi de chien, The Wiz), de Robert Rossen (L'arnaqueur), de Paul Newman (Rachel, Rachel, L'affrontement) et d'Elia Kazan (America, America), Dede Allen a également travaillé sur Reds (Warren Beatty), Abattoir 5 (George Roy Hill), La castagne (id.), Milagro (Robert Redford) et Henry & June (Philip Kaufman).
Tobey Maguire (James Leer)
Tobey Maguire a tenu le rôle principal de Pleasantville (Gary Ross, 1998) et de L'?uvre de Dieu, la part du diable (Lasse Hallström, 2000).Il est également apparu dans Ice Storm (Ang Lee, 1997), Harry dans tous ses Etats (Woody Allen, id.), Las Vegas Parano (Terry Gilliam, 1998) et Blessures Secrètes (Michael Caton-Jones, 1993).
Curtis Hanson définit son héros
« Wonder Boys raconte l'entrée dans l'âge adulte d'un homme déboussolé, à la recherche de lui-même. A cinquante ans, Grady n'a pas encore trouvé sa voie, et ceux qui l'entourent dans ce film sont aussi incertains que lui de leur avenir. Ils nous ressemblent? mais en plus drôle. »
Plus grave encore, le protégé de Grady, James Leer (Tobey Maguire ; Blessures secrètes), romancier en herbe surdoué, fragile et mythomane, paraît au bord du goufre ou prêt à lui ravir sa couronne.
Sommé de boucler en l'espace d'un week-end son interminable opus, Grady va devoir se battre sur tous les fronts tout en s'efforçant de devenir plus mature. Un cap singulièrement périlleux pour qui a su l'éviter jusqu'aux abords de la cinquantaine.
Wonder Boys de Curtis Hanson (L.A. Confidential) est l'adaptation cinématographique du roman homonyme de Michael Chabon. (AlloCiné)

Posté par guy63 à 10:12 - W - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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